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Maison de retraite : la longue attente des aînés francophones

La longue attente des aînés pour une place en maison de retraite
Pierre Verrière

Au Manitoba, les aînés francophones se retrouvent face à une double difficulté lorsqu'il est temps de quitter leur maison. Face à une communauté qui vieillit et de plus en plus en demande de services, la pénurie de logements spécialisés en milieu francophone se fait sentir et les temps d'attente contraignent parfois les gens à rester chez eux malgré leurs besoins.

À respectivement 78 et 79 ans, Denise et Hubert Balcaen cherchent un nouveau logement plus adapté à leurs besoins.

Ce couple, qui vit depuis cinquante ans dans sa maison du quartier Saint-Norbert, souhaiterait déménager dans une résidence pour retraités.

Reste que pour ces personnes actives trouver un logement qui leur ressemble relève du casse-tête. Les endroits qu'ils ont visités jusqu'ici ne leur conviennent pas.

« Souvent nous visitons des endroits où les gens qui vivent viennent d'une génération plus élevée que nous. Je sais qu'on s'en va là nous autres aussi, mais on veut être dans une communauté où les gens sont quand même très actifs », confie Denise Balcaen qui a longtemps été impliquée avec la Fédération des aînés franco-manitobains (FAFM).

L'autre problème qui se pose est celui du temps d'attente. Car, dans certaines résidences, il faut s'y prendre à l'avance pour réserver sa place. Parmi les options qui s'offrent à lui, le couple a repéré une résidence pour retraités à Saint-Boniface connue pour accueillir des francophones.

« Ils nous on dit au moins deux ans pis on était les cinquantièmes sur la liste », explique Denise Balcaen.

« C'est triste à dire, mais il faut quasiment que quelqu'un meurt pour qu'une place soit libérée et qu'on puisse entrer », constate la retraitée.

Cette attente, elle existe aussi en milieu rural.

À Sainte-Anne, une communauté située au sud-est de Winnipeg, la Villa Youville est l'une des deux seules maisons de retraite désignées comme francophones au Manitoba. L'établissement offre des services à trois types de clientèles : les personnes autonomes recherchant un logement, les personnes autonomes nécessitant des soins et les personnes qui ont besoin de soins constants.

Un homme âgé joue au billard.Un résident de la Villa Youville à Sainte-Anne pendant une partie de billard. Photo : Radio-Canada / Pierre Verrière

« Au pavillon, nous avons 24 unités et nous avons une douzaine de dossiers d'admission en attente. Cette année nous avons pu répondre aux besoins d'une personne », indique le directeur général de la Villa Youville, Paul Ruest, pour qui la pénurie de logements spécialisés dans la province ne fait aucun doute.

Il souligne également le fait que les gens qui déposent un dossier de candidature le font parfois de nombreuses années à l'avance.

Un homme en chemise blanche porte des lunettes assis dans un bureau.Paul Ruest, le directeur général de la Villa Youville à Sainte-Anne, estime que la pénurie de logements spécialisés dans la province pour les aînés francophones ne fait aucun doute. Photo : Radio-Canada

« Nous avons des gens qui ont mis leurs noms sur la liste pour des logements autonomes il y a une douzaine d'années, mais si on les appelle aujourd'hui ils ne rentreront pas parce qu'ils ne sont pas prêts à rentrer », indique-t-il.

Selon lui, il existe un vrai manque concernant les options pour accueillir les aînés francophones.

« On n’a peut-être pas été suffisamment sensible à cette population-là qui a augmenté et la question qui se pose c'est est-ce que la génération montante voudra les mêmes choses ? », s'interroge Paul Ruest.

Profil statistique 2016 des personnes âgées francophones au CanadaProfil statistique 2016 des personnes âgées francophones au Canada Photo : Radio-Canada

Au Canada, la proportion des francophones âgés de plus de 50 ans a augmenté de façon significative depuis les derniers recensements.

Au Manitoba, 50 pour cent des francophones sont âgés de plus de 50 ans.

Pourtant, les lieux francophones et bilingues pouvant les accueillir sont encore limités dans la province y compris dans les communautés traditionnellement francophones.

Selon la présidente de la Fédération des aînés franco-manitobains, Thérèse Dorge, ce manque de logements a des conséquences.

« Les gens restent plus longtemps dans leurs maisons s'ils en sont capables. Sinon, s'ils doivent absolument déménager ils iront dans un environnement anglophone, même si ce qu'ils désirent c'est rester avec les leurs », souligne-t-elle.

Pour l’instant, la seule alternative qui s’offre à Denise et Hubert Balcaen est de rester chez eux. Ils savent qu’ils peuvent encore compter sur leur famille qui les aide.

Tous n’ont pas cette chance.

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