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Peut-on parler de génocide en Acadie?

Un drapeau acadien planté dans la pelouse devant plusieurs drapeaux du Canada.
La Coopérative des Arcadiens veut faire reconnaître la déportation des Acadiens comme génocide ethnique (archives). Photo: Getty Images / Instants
Radio-Canada

Ils sont plusieurs à demander qu'on reconnaisse la déportation des Acadiens comme étant un génocide ethnique. Bien que la question ait fait couler beaucoup d'encre ces derniers temps, tous ne sont pas d'accord avec la sévérité du terme employé.

Jean-Paul Savoie milite depuis longtemps pour une meilleure reconnaissance du contexte historique et social de l’Acadie. Avec la Coopérative des Arcadiens, dont il est le porte-parole, il tente de faire reconnaître par les gouvernements que son peuple a été victime d’un génocide.

Avant de pouvoir travailler en commun sur de grands projets, reconnaissons entre nous qu’il y a eu traumatisme par la Déportation et que nous vivons aussi un syndrome post-traumatique, insiste Jean-Paul Savoie lors d’une consultation publique à Kedgwick, mardi.

Lorsque la question est apparue dans le débat public en 2018, l’historien Maurice Basque avait expliqué que le terme était peut-être trop sévère pour qualifier le Grand Dérangement de 1755.

Un génocide, c’est l’intention de faire disparaître physiquement ou de faire disparaître le plus possible sur le plan culturel une communauté. Les historiens ne voient pas dans l’intention des Britanniques une réelle volonté de faire disparaître physiquement les Acadiens, avait illustré l’historien.

En désaccord avec Maurice Basque, Jean-Paul Savoie et son équipe ne lâchent pas prise.

Des gens sont assis devant une salle comble.La Coopérative des Arcadiens a toujours comme objectif de faire reconnaître la déportation des Acadiens comme un génocide. Photo : Radio-Canada

La Coopérative des Arcadiens, sous la signature de son porte-parole, s’est adressée à la Société acadienne du Nouveau-Brunswick (SANB) pour faire avancer ce projet de reconnaissance du génocide. Bien que l'idée de reconnaissance ait été lancée il y a quelques mois, M. Savoie et son équipe n’ont pas reçu d’appui de la part de la SANB et ils espèrent qu’un appel public l'incitera à se joindre à eux.

Le président de la SANB, Robert Melanson, a affirmé que le sujet mérite une réflexion, sans toutefois s’avancer sur les intentions de la Société. Il affirme ne voir aucun problème à ce que la question se retrouve au coeur de l’Assemblée générale annuelle de la SANB, qui se tiendra à Fredericton le mois prochain.

Que dit l'histoire?

L’historien Nicolas Landry est du même avis que Maurice Basque : bien que les Acadiens traînent derrière eux une histoire belle et bien tragique, la caractériser de génocide serait inadéquat.

On ne peut sûrement pas utiliser le terme génocide ethnique dans la même perspective qu’on utilise pour le cas, par exemple, du génocide juif de la Deuxième Guerre mondiale , lance l’historien Nicolas Landry

Dans le cas de l’Acadie ou de la Déportation comme telle, il n’a jamais été question pour les autorités britanniques de rassembler les Acadiens dans des camps ou de les interner avec l’intention bien arrêtée de les exterminer physiquement.

Un homme parle à la caméra.Nicolas Landry ne pense pas que le terme génocide soit approprié pour décrire la déportation des Acadiens. Photo : Radio-Canada

Il raconte toutefois que les historiens sont d’accord sur le fait que Charles Lawrence (le gouverneur britannique responsable de la Déportation) avait l’intention de faire disparaître la notion de peuple ou d’identité culturelle et sociale des Acadiens.

Malgré la gravité de l’histoire des Acadiens, je ne crois pas qu’on puisse utiliser ce terme-là [génocide], renchérit-il.

Il admet que les historiens peuvent parfois donner l’impression d’être indifférents à certains principes historiques qui touchent personnellement les gens. Il est tout à fait d’accord avec Jean-Paul Savoie sur le fait que la déportation des Acadiens n’est pas un événement à prendre à la légère.

Il pense que c’est plutôt vers le gouvernement fédéral que les Acadiens devraient se tourner s’ils cherchent réellement à changer les choses quant à cette question qui les touche encore aujourd’hui.

[Le gouvernement] se contente de dire les torts causés au peuple acadien, alors que je pense que son énoncé devrait être plus fort et plus affirmatif, explique M. Landry.

Si on pense à toute la série d’excuses que le premier ministre Trudeau a formulées envers divers groupes de Canadiens aujourd’hui, je pense que nous, en Acadie, on a intérêt à rouvrir notre dossier, si c’est ce qu’on veut faire.

Un mémorial à Kedgwick

Un mémorial dédié au « génocide » acadien est en construction dans la région de Kedgwick, le tout chapeauté par Jean-Paul Savoie et son équipe.

Un homme montre les plans d'un mémorial qui sera construit à Kedgwick.La Coopérative des Arcadiens construira à Kedgwick un mémorial dédié au génocide acadien. Photo : Radio-Canada

Ce mémorial sera une croix, symbole éternel du triomphe de l'amour sur la haine et de la victoire de la vérité sur le mal [...] Cette croix sera surmontée d'un immense capteur de rêve, clin d'oeil aux Premières Nations qui subissent encore aujourd'hui un génocide culturel. Au centre du capteur de rêve se retrouvera la chouette acadienne, petite nyctale symbole de la résilience acadienne, peut-on lire dans le communiqué de la Coopérative des Arcadiens.

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