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Le sort du professeur de violon Claude Trachy entre les mains de la Cour d'appel de l'Ontario

On voit Claude Trachy qui entre dans sa voiture pour échapper à la vigilance des médias en sortant du tribunal.
Claude Trachy a tenté d'échapper à la vigilance des médias en sortant du tribunal mardi après-midi. Photo: Radio-Canada / Turgut Yeter
Jean-Philippe Nadeau

La Cour d'appel de l'Ontario a mis en délibéré la cause d'un professeur de musique à la retraite qui a été acquitté il y a un an d'une cinquantaine d'accusations de nature sexuelle. Claude Trachy demandait à ses élèves de lui montrer leur sein pour prendre les mesures appropriées pour ajuster l'épaulière de leur violon. La Couronne veut que l'individu de 73 ans soit reconnu coupable.

Mme E., qui tient à garder l’anonymat, est l’une des victimes présumées de Claude Trachy, qui enseignait le violon dans la région de Chatham dans les années 1970 et 1980. Elle affirme qu’elle a été touchée de façon inappropriée et qu’elle devait jouer le violon les seins nus lorsque ses parents l’ont inscrite à 16 ans chez son ancien professeur de violon. J’étais jeune, naïve, vulnérable et trop honteuse pour en parler à mes parents, se souvient-elle.

Vingt autres femmes porteront plainte à la police en 2015, certaines notamment dans la foulée du mouvement #MeToo. Mes enfants avaient grandi et je n’avais plus raison d’avoir peur, poursuit Mme E. à l’extérieur du tribunal. J’ai également décidé de le dénoncer lorsque j’ai su qu’il avait recommencé à enseigner la musique au début des années 1990. Je voulais protéger ses élèves.

Il est clair que le juge avait pris davantage de temps à soupeser la crédibilité de l’accusé que celle des victimes, plutôt que de se concentrer sur les faits présentés en preuve.

Mme E., l’une des victimes présumées de Claude Trachy

La police déposera au total une cinquantaine d’accusations allant de l’attouchement à l’exploitation sexuelle contre Claude Trachy. Les présumées victimes étaient des préadolescentes ou des adolescentes. Une seule d’entre elles était une jeune adulte.

On voit Mme E. de dos en train de parler à la presse sous le couvert de l'anonymat.Mme E. a accepté de parler à la presse sous le couvert de l'anonymat. Photo : Radio-Canada / Turgut Yeter

Selon leur témoignage, l'accusé leur demandait de se dévêtir pour mesurer la distance entre leur clavicule et leur sein gauche pour permettre de choisir l'épaulière de violon qui leur conviendrait. Certaines d'entre elles devaient également jouer du violon à moitié dévêtues.

Le juge de première instance, Thomas Carey, avait toutefois acquitté le septuagénaire à l'issue d'un procès sans jury devant la Cour supérieure de l'Ontario, en croyant notamment à la sincérité de l'ancien professeur. Il n'avait eu aucune intention malicieuse à l'époque, avait-il conclu. Mme E. dit qu'elle avait été choquée par le verdict de l'an dernier.

Dans son appel, la Couronne explique toutefois que le magistrat a commis des erreurs de droit concernant la nature et les circonstances des accusations.

Il ne s'agissait pas seulement de savoir lors du procès si l'accusé avait une raison légitime de nature sexuelle à leur demander de se dénuder comme on le fait dans un cabinet médical.

John Patton, procureur de la Couronne

Le juge Carey n'a donc pas évalué selon lui d'autres éléments essentiels et objectifs pour déterminer si un crime avait bien été commis, comme le fait de caresser les mamelons des jeunes filles avec son pouce ou sa règle à mesurer.

La Couronne fait en outre valoir que l'accusé ne demandait pas aux garçons de se dévêtir de la sorte ni à sa propre fille d'ailleurs. Le magistrat de première instance avait par ailleurs refusé l'expertise de son témoin-clef, un professeur de musique de l'Université Wilfrid Laurier qui n'avait jamais entendu parler d'une telle façon d'ajuster des épaulières à des violonistes.

Un violon.Claude Trachy demandait à ses élèves de dévêtir la poitrine pour mesurer l'écart entre leur épaule et leur sein gauche. Photo : Radio-Canada / Kassandra Nadeau-Lamarche

Les procureurs au procès n’avaient par ailleurs pas cru bon de mentionner un premier procès en 1993 à l’issue duquel Claude Trachy avait été reconnu coupable d’une accusation de nature sexuelle sans rapport avec la cause de l’époque. Il avait obtenu un pardon en 2005. Le juge Carey avait néanmoins relevé cette omission dans son verdict en avril 2018.

La défense de M. Trachy accuse la Couronne d’avoir concocté une thèse de la responsabilité fondée sur un crime qui n’a jamais eu lieu. Or, rappelle-t-elle, le juge Carey avait conclu à l’issue du procès que son client n’avait aucune motivation sexuelle d’agir de la sorte.

Un acquittement déraisonnable n’existe pas dans la loi comme argument valable pour casser un jugement de première instance.

Matthew Gourley, avocat de la défense

L’avocat Matthew Gourley soutient donc que cet appel n’a aucun mérite juridique. Il affirme que le magistrat a eu raison de porter uniquement son attention sur la raison d’être du toucher, à savoir si elle était de naturelle sexuelle, parce qu’il s’agissait d’un élément de preuve incriminante crucial compte tenu des circonstances.

On voit l'entrée de la Cour d'appel de l'Ontario à Toronto.
La Cour d'appel de l'Ontario, où trois juges entendaient mardi à Toronto la cause de la Couronne contre Claude Trachy. Photo : Radio-Canada / Turgut Yeter

M. Trachy avait expliqué lors du procès qu'il ne pensait pas que ses méthodes mettraient ses élèves mal à l'aise et le fait qu'il a abandonné cette méthode de mesurage dans les années 1990 ne prouvait pas qu'il avait commis un acte d'inconduite sexuelle des années plus tôt.

Il savait très bien ce qu'il faisait, répète Mme E. sur le parvis de la Cour d'appel de l'Ontario.

Toronto

Procès et poursuites