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Le deuil d'un ami proche plus douloureux qu'on ne le pensait

Deux amis.

Les gens qui perdent un ami proche subissent un déclin de leur santé physique et mentale.

Photo : AFP / Cecilie Arcurs

La Presse canadienne

Le traumatisme qui accompagne la perte d'un ami proche dure quatre fois plus longtemps qu'on ne le pensait jusqu'à présent, selon une nouvelle étude australienne.

Une telle perte peut avoir une incidence sur la santé physique, psychologique et sociale pendant quatre ans, précisent les chercheurs de l'Université nationale d'Australie. Les études précédentes évoquaient des répercussions pendant environ 12 mois.

« Je ne suis pas surprise de voir qu'une recherche confirme ce dont on se doutait déjà en psychologie, assure la professeure Valérie Bourgeois-Guérin, une experte du deuil au Département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Comme certains théoriciens du deuil nous l'avaient dit, ce qui fait probablement la différence dans l'ampleur, l'intensité et la durée du deuil, c'est le niveau d'attachement à la personne que l'on vient de perdre. »

Les chercheurs australiens tirent leurs conclusions d'une vaste étude regroupant plus de 26 500 Australiens, dont environ 9600 avaient perdu au moins un ami proche. L'auteur principal de la recherche, le docteur Wai-Man Liu, et ses collègues ont constaté que les gens touchés par le décès d'un ami proche subissaient un déclin de leur santé physique et mentale, de leur stabilité émotionnelle et de leur vie sociale.

Cela n'a rien d'étonnant, quand on considère toutes les répercussions d'un décès, avance Mme Bourgeois-Guérin.

« Cette recherche-là nous parle aussi des pertes secondaires qui viennent avec cette perte-là », reprend-elle.

Si on perd un ami, on perd aussi une personne avec qui on faisait des activités, on perd un réseau social qui venait avec cette personne-là. Toutes ces pertes-là peuvent venir nous affecter beaucoup plus que la perte d'un membre de notre fratrie qu'on voit très peu ou dont on se sent un peu moins proche.

Valérie Bourgeois-Guérin, professeure au Département de psychologie de l'UQAM

Le Dr Liu souligne dans un communiqué que la perte d'un ami proche est souvent traitée avec moins de sérieux que celle d'un membre de la famille, que ce soit par les employeurs, par les médecins ou par la société, ce qui signifie que les gens n'auront souvent pas accès aux services et au soutien dont ils ont besoin pendant une période très traumatisante de leur vie.

Selon Mme Bourgeois-Guérin, on a tenu pour acquis que les pertes les plus importantes étaient celles d'un parent, d'un enfant ou d'un conjoint. Ce sont donc celles qui sont les plus reconnues, notamment dans le monde du travail ou même dans le monde social en général.

« Les gens commencent à reconnaître de plus en plus qu'il y a d'autres types de pertes qui devraient peut-être être reconnues, qui sont significatives, qui peuvent être importantes, explique-t-elle. Au niveau social, il y a encore du chemin à faire, notamment au niveau des politiques ou des congés qui sont accordés aux personnes endeuillées. On est encore dans un modèle où on reconnaît très peu d'autres pertes que celles qui sont les pertes des membres de la famille immédiate ou du conjoint ou de la conjointe. »

Les personnes endeuillées qui sont fortement affectées par une perte ne sont pas dans un état optimal pour retourner au travail, précise Mme Bourgeois-Guérin. Le fait de retourner trop rapidement au travail pourra même interférer avec le processus de deuil de certaines personnes.

« Il y a des gens pour qui ça peut être extrêmement violent de se retrouver au travail, alors qu'ils vivent quelque chose psychiquement qui est très exigeant », prévient-elle.

Les conclusions de cette étude sont publiées par le journal médical PLOS One (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Psychologie

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