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Les compressions envisagées à l’immersion française soulèvent l'inquiétude

Une enseigne devant un édifice en briques
Le conseil scolaire public anglais de Toronto envisage des compressions de plus de 12 M$ aux programmes d’immersion. Photo: La Presse canadienne / Frank Gunn
Radio-Canada

L’annonce des compressions importantes envisagées à l’immersion française par le conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB) suscite l’indignation auprès du corps enseignant et des parents ainsi que dans l'arène politique.

Quand [les coupes] touchent l'éducation des enfants, c'est vraiment problématique et dangereux, a averti la conseillère municipale et parent d’élèves en école d’immersion à Brampton, Charmaine Williams.

Le conseil scolaire a réalisé jeudi dernier que son manque à gagner sera plus important que prévu, soit 67 millions de dollars au lieu de 54 millions, le poussant ainsi à envisager des compressions dans les programmes d'immersion.

Le français permet d'améliorer leurs capacités scolaires, ça leur permet d'éveiller leur curiosité et d’être plus à l’aise avec les langues et au Canada c’est important pour les enfants d’apprendre à parler français pour les opportunités d’emploi qui sont meilleures, estime Mme Williams.

La directrice générale de l'Association canadienne des professionnels de l'immersion, Chantal Bourbonnais, espère que ces mesures ne se concrétiseront pas, les qualifiant d'irréfléchies.

Couper des postes d'enseignants en immersion, ça coûte la même chose qu'un autre enseignant. Pourquoi cibler l'immersion? Pourquoi cibler un programme populaire qui a ses défis et ses enjeux, s’interroge-t-elle.

Selon Chantal Bourbonnais, le moment est mal choisi pour envisager ces mesures alors qu'Ottawa s'engage à remédier à la pénurie d'enseignants francophones en milieu minoritaire.

C'est le temps d'investir en immersion. Je pense que les autres provinces pourraient vouloir en recruter. [...] Ce n’est pas le temps de faire ça, on est en croissance, on a de l'argent qui s'en vient, estime-t-elle.

Indignation dans l'arène politique

C’est complètement inacceptable, a fustigé la ministre des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly.

On coupe en éducation, on force les commissions scolaires à prendre par la suite des décisions difficiles [...] Ça fait en sorte de diminuer les taux de bilinguisme au pays, et ça affecte directement le fait d’avoir des francophones et des francophiles partout à travers le pays, a déploré Mme Joly.

Mélanie Joly parle en entrevue. Mélanie Joly a défendu la stratégie fédérale qui prévoit 31,3 millions de dollars au recrutement des enseignants spécifiquement dans les écoles d'immersion. Photo : Radio-Canada

La ministre a également rappelé l’investissement fédéral de 62,6 millions de dollars pour s'attaquer à la pénurie des enseignants dans les écoles françaises en situation minoritaire et dans les écoles d'immersion.

Lorsqu’il y a des gouvernements conservateurs qui abdiquent de leurs responsabilités par rapport au système scolaire en français, nous on va pouvoir travailler avec les organisations pour qu’elles puissent arriver avec des solutions, affirme-t-elle.

Sur la scène provinciale, la députée du Nouveau Parti démocratique (NPD) en Ontario, France Gélinas, a aussi vivement critiqué le premier ministre Doug Ford.

M. Ford n'a pas une bonne relation avec la francophonie, il se fout un peu de nous autres.

France Gélinas, députée néo-démocrate de Nickel Belt

Il y a plein de familles qui vont perdre leur français [...] parce que si tu ne vas pas à l'école en français en Ontario, c'est très difficile de le garder, a-t-elle déclaré. [...] l'accès c'est le nerf de la guerre. Une fois qu'on nous l'enlève, on nous met devant des montagnes insurmontables.

La députée libérale de Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers, s’est également dite très préoccupée. Diminuer les programmes d'immersion ça a un effet direct sur les services éventuellement. Si on a moins de gens bilingues, il y aura moins de services aux francophones, a-t-elle mis en garde.

Le gouvernement pointe la gestion financière du conseil

Le premier ministre Doug Ford a contesté ces chiffres, mardi, au cours de la période des questions, dénonçant des tactiques alarmistes. Il a déclaré que les conseils scolaires étaient hors de contrôle en estimant que le TSBD n'a pas fait preuve de responsabilité sur le plan financier depuis plusieurs années.

La ministre de l'Éducation, Lisa Thompson, déplore que l’affaire prenne un tournant politique, affirmant que le conseil scolaire doit être capable de redresser la barre.

Si l’on regarde l’histoire du TDSB, on note que depuis au moins cinq ans, ils font face à un déficit. Et maintenant, ils essaient de faire de la politique et ne font que créer de l’inquiétude. Nous voulons travailler avec eux. Ils reçoivent 3 milliards de dollars pour l’an prochain, ils devront gérer plus efficacement.

Dans les autres conseils scolaires

Le vent d’inquiétude ne semble toutefois pas souffler sur d'autres conseils scolaires.

Nos programmes d'immersion française continuent de croître et nous ne prévoyons aucun changement pour eux cette année, a rassuré le porte-parole du conseil scolaire catholique anglais de Windsor-Essex, Stephen Fields.

De son côté, le conseil scolaire public anglais de Windsor-Essex a indiqué qu'aucune décision n'a encore été prise, son budget n'étant pas encore déterminé.

Avec les informations de Camille Feireisen

Éducation

Société