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Fumer du cannabis dans les parcs de Montréal? Ça dépendra des arrondissements

Un parc de Montréal et des bâtisse, de nuit.

Un parc de Montréal, la nuit.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Anne Marie Lecomte

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, salue l'ouverture du gouvernement de François Legault, qui va permettre la consommation du cannabis dans certains lieux publics, mais les arrondissements montréalais qui l'interdisent déjà pourront continuer à le faire, affirme-t-elle.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, déposera sous peu des amendements au projet de loi 2, ce qui permettra aux consommateurs de cannabis d'en fumer notamment dans les parcs municipaux. À la condition, toutefois, que ces consommateurs soient âgés d'au moins 21 ans, soit l'âge légal fixé par Québec pour ce faire.

Il s'agit d'une bonne nouvelle pour la mairesse de Montréal qui, en commission parlementaire, en février dernier, s'était inquiétée du sort des locataires qui se voient interdire de consommer du cannabis dans leur logement. À Montréal, 60 % de la population est locataire « et on ne peut pas nécessairement confiner les gens à fumer chez eux », a réexpliqué mardi Valérie Plante.

« Donc, les espaces publics demeurent l’endroit, étant donné que le cannabis est légal, il faut le rappeler », a dit la mairesse Plante en impromptu de presse mardi à l'hôtel de ville de Montréal.

Mme Plante félicite le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) d'avoir assoupli sa position à cet égard, « parce que notre réalité est somme toute différente de peut-être celle d’autres municipalités », a-t-elle expliqué.

Approche coercitive de certains arrondissements

Cinq arrondissements de Montréal (sur un total de 19) ont déjà adopté un règlement qui interdit de consommer du cannabis dans des lieux publics : Saint-Laurent, Saint-Léonard, Pierrefonds-Roxboro, Montréal-Nord et Rivières-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles.

Si les arrondissements décident d’avoir une approche plus coercitive, plus prohibitive, c’est leur droit.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Cependant, Valérie Plante « encourage » les arrondissements à épouser l'approche de la Direction de la santé publique, qui vise à réduire les méfaits. La directrice régionale de santé publique de Montréal, Mylène Drouin, a pour sa part mis en garde contre les effets néfastes de la concentration de fumée secondaire dans un lieu fermé.

L’approche de réduction des méfaits consiste à respecter le droit des personnes à consommer des substances, à promouvoir une consommation à risque plus faible et à traiter les facteurs de risque et de protection liés aux méfaits.

- Extrait du mémoire des directrices et directeurs régionaux de santé publique du Québec, février 2019

Valérie Plante affirme qu'il sera « plus simple pour tout le monde » que l'administration municipale régisse la consommation de cannabis comme elle le fait pour le tabac. Exemple : il sera interdit de fumer dans les aires extérieures de jeu destinées aux enfants et sur les terrains sportifs. Les fumeurs devront s’éloigner à plus de 9 mètres de toute partie d’un de ces lieux.

Des clients devant une succursale de la SQDC à Montréal

Des clients devant une succursale de la SQDC à Montréal.

Photo : Radio-Canada

Une question de « valeurs », dit Alan de Sousa

Dans Saint-Laurent, le règlement proscrivant la consommation de marijuana dans l'espace public « reflète les valeurs de notre communauté », affirme Alan De Sousa, maire d'arrondissement.

Quand je fais ma course le matin, passer dans un nuage de cannabis, c’est pas nécessairement la meilleure chose au monde. Et je ne suis pas seul : tous les citoyens à qui on parle ont la même tendance.

Alan de Sousa, maire d'arrondissement, Saint-Laurent

Pour M. De Sousa, « on ne permet pas de consommer l’alcool dans nos parcs ni dans le domaine public, c’est sage de faire la même chose [pour le cannabis] ». Le maire de Saint-Laurent ajoute qu'il appartient au gouvernement de chercher des solutions et de trouver des endroits pour fumer du cannabis, « mais pas nécessairement dans le domaine public », dit-il.

Alan De Sousa fait remarquer par ailleurs que les villes de Hampstead et de Côte-Saint-Luc interdisent de consommer du cannabis dans des lieux publics. « C’est une question de respecter les valeurs et les volontés de la population locale », dit-il.

D'ajouter M. De Sousa : « Si le centre-ville ou le Plateau [Mont-Royal] et autres [...] veulent consommer dans le domaine public », ce sera à leurs élus d'en juger.

Un débat qui aura duré deux ans

La responsabilité de faire appliquer ces interdictions reviendra au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), dit de son côté Lionel Perez, chef de l'opposition à l'Hôtel de Ville de Montréal.

M. Perez est persuadé que les contrevenants seront l'exception : « la grande majorité de la population va respecter les réglementations en place ».

C'est le 12 juin dernier que le gouvernement du Québec, alors dirigé par les libéraux de Philippe Couillard, avait adopté le projet de loi sur l'encadrement du cannabis.

Le projet de loi 2, du ministre caquiste Lionel Carmant, vise lui à resserrer cet encadrement, notamment en haussant à 21 ans l’âge minimal requis pour acheter du cannabis, en posséder et accéder à un point de vente de cannabis.

La CAQ avait fait de l'interdit de fumer de la marijuana en public un engagement électoral et la première mouture du projet de loi 2 allait dans ce sens.

Mais le gouvernement Legault s'est ravisé : « Je suis sensible au fait que les gens qui sont moins riches, qui sont locataires, n'ont peut-être pas d'endroit pour fumer du cannabis », a déclaré le premier ministre François Legault, mardi, quelques heures avant l'annonce des « ajustements » présentés par le ministre Carmant.

Depuis le mois d'octobre, les Canadiens peuvent fumer et consommer de la marijuana en toute légalité, après un un débat houleux qui aura duré plus de deux ans au pays.

Avec la collaboration de Jean-Sébastien Cloutier et Benoît Chapdelaine

Grand Montréal

Politique municipale