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Effet Labeaume : plus d'hommes s'interrogent, mais faut-il dépister le cancer de la prostate?

L'entreprise GlyCa BioSciences Inc. d'Edmonton veut améliorer le diagnostic du cancer de la prostate.

Photo : iStock / IS

Jonathan Lavoie

Depuis que le maire Labeaume a annoncé être atteint du cancer de la prostate, les hommes de 50 ans et plus sont plus nombreux à se poser des questions sur cette maladie diagnostiquée chez plus de 20 000 hommes au pays chaque année.

Le trafic en provenance de la région de Québec sur le site web de Procure, un groupe de soutien et d’information sur le cancer de la prostate, a notamment augmenté d’environ 30 % depuis la sortie de Régis Labeaume.

« Le cancer de la prostate, c’est un cancer silencieux, il n’y a pas nécessairement de gros symptômes. Or, le fait d’être sensibilisé, de se poser au moins la question et de poser la question à son médecin, c’est déjà un bon départ », estime le président-directeur général de Procure, Laurent Proulx.

Le maire a une soixantaine d’années. C’est le groupe d’âge qui est touché, alors c’est sûr que les gens vont faire cette association-là.

Laurent Proulx, président-directeur général de Procure

Les dangers du dépistage

Au groupe de médecine familiale Laurier, certains médecins notent que leurs patients posent davantage de questions sur le cancer de la prostate et sur le dépistage.

La Dre Hélène Landry souligne que s’il est « important de se questionner sur sa santé », le cancer de la prostate est toutefois un cas de figure particulier.

« Dans le cas du cancer de la prostate, c'est un peu dommage, parce que les gens sont alertés. Ils pensent qu'ils ont besoin d'un dépistage quand en 2019, c'est clairement dit qu'on ne devrait plus offrir le dépistage du cancer de la prostate », explique la médecin enseignante.

On a réalisé qu'on causait beaucoup plus de tort aux hommes en les dépistant qu'on les aidait.

Hélène Landry, médecin enseignante au GMF universitaire Laurier

Les études sur le sujet ont démontré que le dépistage systématique des hommes entre 50 et 69 ans permettait de sauver environ une seule personne sur 1000.

En contrepartie, 180 hommes souffriront des effets néfastes du dépistage ; faux positifs, complications liées aux biopsies et traitements inutiles en cas de surdiagnostic.

Les risques liés au dépistage du cancer de la prostate

Comment se fait le dépistage du cancer de la prostate?

Le cancer de la prostate est dépisté par un toucher rectal, pour détecter une inflammation de la prostate, et une prise de sang. L'échantillon sanguin sert à mesurer l'antigène prostatique spécifique (APS), une enzyme produite par la prostate. Un résultat d'APS élevé peut indiquer la présence d'un cancer de la prostate, mais les résultats ne sont pas toujours fiables.

Les dangers des faux positifs et du surdiagnostic

Les résultats faussement positifs d’un dépistage peuvent avoir de graves conséquences sur un patient. Ces personnes vivront notamment avec le stress intense d’être possiblement atteint d’un cancer alors qu’il n’en est rien.

« Même le maire Labeaume nous l'a dit dans les journaux : ç’a quasiment été plus difficile d'attendre les résultats que d'avoir le verdict », souligne Hélène Landry.

Dre Hélène Landry.

Dre Hélène Landry

Photo : Radio-Canada

Les biopsies qui seront faites pour infirmer le test de dépistage entraîneront aussi des complications chez de nombreux patients, et certains auront besoin d’être hospitalisés.

Cela dit, ce sont surtout les risques de surdiagnostic qui inquiètent la Dre Landry. « Le surdiagnostic, c'est un diagnostic qui est vrai : la personne a le cancer, mais elle ne serait jamais décédée de ce cancer-là. Elle n’en aurait jamais ressenti même de symptômes », résume-t-elle.

Les hommes victimes d’un surdiagnostic se feront donc traiter pour un cancer qui n’aurait jamais miné leur qualité de vie, notamment parce que le cancer de la prostate évolue habituellement très lentement.

Le surdiagnostic, c'est la plaie d'Égypte de nos temps en médecine.

Dre Hélène Landry

Symptômes à surveiller

Certains cancers de la prostate plus agressifs doivent malgré tout être diagnostiqués et traités.

« Je recommanderais aux gens, si vous avez des symptômes, probablement que vous n'aurez pas besoin de dépistage, mais parlez-en avec votre médecin », conseille Hélène Landry.

Les symptômes associés au cancer de la prostate sont principalement des problèmes urinaires. Toutefois, ces mêmes symptômes peuvent aussi indiquer une hypertrophie bénigne de la prostate, une condition bénigne comme son nom l’indique, qui touchera 70 % des hommes de 50 ans et plus au cours de leur vie.

Même s’il n’est pas recommandé de dépister le cancer de la prostate chez les hommes qui ne présentent aucun symptôme, le dernier mot revient toujours au patient.

Pour joindre Procure, un groupe de soutien et d’information sur le cancer de la prostate, composez sans frais le 1 855 899-2873.

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