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Comment préserver la première fortification de Québec?

Le reportage de Jean-François Nadeau
Jean-François Nadeau

Le travail de séchage et de préservation du bois de la palissade de Beaucours semble bien se dérouler pour l'instant. La restauration de la première fortification permanente de Québec est un travail minutieux, de longue haleine et peu connu du public. Les restaurateurs ont accepté d'ouvrir les portes du Centre de conservation du Québec pour nous montrer l'avancement des travaux.

Quand elles ont été découvertes l'automne dernier, les différentes pièces de bois qui formaient la palissade de Beaucours étaient gorgées d’eau et enfouies dans un sol argileux. Elles ont été retirées du sol. Il faut maintenant les sécher pour les préserver.

« On a un bon comportement du bois. On a commencé à descendre en poids. On a quelques petites fentes qui se produisent, mais ça, c'est normal. Je m'y attendais. Une chose est certaine, il ne faut pas brusquer les choses », explique le restaurateur du Centre de conservation du Québec, André Bergeron.

Observation de l'état du bois de la palissade de BeaucoursObservation de l'état du bois de la palissade de Beaucours Photo : Courtoisie ministère de la Culture et des Communications

Environnement contrôlé

Les plus gros morceaux, les soles, sont conservés dans un grand abri fait de toiles de plastique. On y contrôle le taux d'humidité. La température doit être la plus fraîche possible.

Les restaurateurs souhaitent que la température du site ne dépasse pas les 15 degrés Celsius durant les jours les plus chauds de l'été.

« Si on pouvait atteindre 10 degrés Celsius, je serais encore plus heureux. Si on atteignait 5 degrés, ce serait encore plus confortable pour nos pièces de bois. Ce n'est pas notre confort à nous qui est le plus important, c'est l'objectif final de préservation de nos pièces de bois », rappelle André Bergeron.

Le restaurateur André Bergeron dans l'abri qui sert à préserver les plus grosses piècesLe restaurateur André Bergeron dans l'abri qui sert à préserver les plus grosses pièces Photo : Courtoisie ministère de la Culture et des Communications

Traitement spécialisé

Les restaurateurs ont appliqué régulièrement, durant plusieurs semaines, un liquide transparent sur les plus grosses pièces. En pénétrant dans le bois, le polyéthylène glycol permet d'absorber tranquillement l'eau de façon uniforme, tout en l'empêchant de craquer.

« On doit répartir le stress du séchage sur la plus longue période de temps possible. Un mois, ce serait catastrophique. Un an, deux ans, trois ans, c'est tant mieux, parce que le stress a le temps de se résorber. Si on procède très rapidement, le bois va éclater, va se déformer et ce sera une perte totale », souligne André Bergeron.

Pulvérisation de polyéthylène glycol sur les vestiges de la palissade de BeaucoursPulvérisation de polyéthylène glycol sur les vestiges de la palissade de Beaucours Photo : Courtoisie ministère de la Culture et des Communications

Les plus petites pièces sont conservées dans une chambre froide. Elles peuvent être séchées plus rapidement, dans un appareil spécialisé. Pour l'instant, 40 des 76 traverses de bois ont été traitées. Elles sont congelées et traitées par lyophilisation. Le procédé permet de retirer l'eau du bois en moins de deux semaines.

« C'est un peu ce qui se produit dans votre congélateur, quand vous avez de la glace dans votre bac à glace et que, mystérieusement, la glace disparait après quelques mois. C'est la sublimation. La glace passe de l'état solide à l'état gazeux, sans la phase liquide », illustre André Bergeron.

Les pièces de bois sont pesées chaque semaine pour déterminer la quantité d'eau qu'elles contiennent.Les pièces de bois sont pesées chaque semaine pour déterminer la quantité d'eau qu'elles contiennent. Photo : Courtoisie ministère de la Culture et des Communications

Plus de deux ans de séchage

Les pièces de bois sont pesées chaque semaine pour déterminer la quantité d'eau qu'elles contiennent. Assécher les soles, les grandes poutres qui constituaient la base de la fortification, prendra possiblement plus de deux ans.

« Deux ans, ça semble très long, mais je peux vous dire que dans le monde de la conservation des bois gorgés d'eau, deux ans, c'est presque l'équivalent de la vitesse de la lumière. On a des embarcations, des navires, qui sont en traitement en Europe depuis plus de 30 ans », souligne André Bergeron.

Des mystères à élucider

La palissade de 1693 n'a pas fini de dévoiler ses secrets. Les restaurateurs ont récupéré des copeaux de bois de différentes tailles pour en apprendre davantage sur les techniques de construction de l'époque.

Certains morceaux de bois trouvés aux abords de la fortification seront aussi préservés.

Pièces de bois découvertes à proximité de la palissade de Beaucours Pièces de bois découvertes à proximité de la palissade de Beaucours Photo : Radio-Canada

« Ce sont des éléments qui ont été découverts au pied des remparts palissadés. Ce sont des éléments qui, on ne sait pas pourquoi, n'ont pas été utilisés ou ont été rejetés au moment de la construction de la palissade comme telle. Comme ils sont associés au rempart, on les traite », précise André Bergeron.

Une fois le bois séché et stabilisé, la prochaine étape consistera à placer les morceaux sur des supports pour pouvoir les manipuler plus facilement. Ces supports pourraient aussi être utilisés dans quelques années pour exposer les vestiges de la palissade dans un musée.

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