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45 minutes de route pour faire ses courses : l'insécurité alimentaire, un enjeu pour des électeurs

Portrait de Josephine Marshall.

Josephine Marshall est la coordonnatrice d'un projet pilote à Pool's Cove, qui vise à améliorer la sécurité alimentaire de cette communauté isolée.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Patrick Butler

À Terre-Neuve-et-Labrador, les partis politiques s'engagent à réduire l'importante dépendance de leur province aux aliments frais importés. Dans certaines régions de la province, comme dans la petite communauté côtière de Pool's Cove, sur la côte sud de l'île de Terre-Neuve, de nouveaux programmes visent déjà à accroître la sécurité alimentaire des populations isolées.

Josephine Marshall surveille son jardin, sa grande fierté. Ce potager communautaire, elle et son mari l'ont aménagé de leurs propres mains.

Quatre rangées de paniers jaunes affichent des étiquettes aux noms des résidents de Pool’s Cove. La serre du jardin a récemment été agrandie.

Quinze poules et une vingtaine de cailles ont été commandées, et des arbres fruitiers seront plantés sur un deuxième terrain. Des congélateurs communautaires, situés dans un autre bâtiment, fournissent du saumon et de la viande aux aînés.

Depuis 2017, Josephine Marshall coordonne ce projet pilote, financé par le gouvernement provincial et Food First NL, un organisme sans but lucratif qui lutte contre l’insécurité alimentaire dans la province.

L’année dernière, presque la moitié des 188 habitants de Pool's Cove ont mangé des légumes cultivés dans son jardin.

Le besoin d'un tel projet est évident : Pool’s Cove se situe à 45 minutes de route du supermarché le plus proche et ses résidents, pour la plupart des aînés, éprouvent des problèmes de nutrition.

Dans cette région, la région des Coast of Bays, nous avons une des incidences de diabète les plus élevées de la province, explique Mme Marshall.

Si les gens ne mangent pas assez de fruits et légumes, s’ils ne peuvent pas en acheter au magasin du coin, il faut aller [au supermarché] à Harbour Breton. Et même là, ils n’ont pas toujours des aliments frais.

Carte de la région Coast of Bays.

Pour se rendre au supermarché de Harbour Breton, les gens de Pool's Cove doivent conduire 45 minutes.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Le projet mené par Mme Marshall et Food First NL semble changer la donne. Les gens ont maintenant plus régulièrement accès à des fruits et légumes, mais on observe aussi une transformation de la façon dont les gens abordent l’alimentation.

Une dizaine de familles ont construit leur propre serre depuis le début du projet. Deux familles ont acheté des poules et distribuent des oeufs aux voisins. Et le jardin communautaire est devenu un lieu de rassemblement pour bien des résidents.

Une main qui tient un oeuf frais.

Depuis le début du projet, deux familles ont acheté des poules et produisent maintenant des oeufs frais.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

N’importe quelle communauté qui décide de faire ce qu’on a fait sera heureuse du résultat, estime Darlene Dominic, la mairesse de Pool's Cove, qui espère agrandir le jardin l'année prochaine.

Des problèmes répandus

Selon Kristie Jameson, la directrice générale de Food First NL, beaucoup de collectivités de Terre-Neuve-et-Labrador ont aussi des problèmes de sécurité alimentaire.

Environ 90 % des fruits et légumes consommés dans la province sont importés. Et lorsqu'il arrive que le système de distribution des aliments frais est interrompu - à cause de problèmes avec le traversier qui relie l’île de Terre-Neuve au reste du Canada, par exemple - les tablettes de magasins se vident rapidement.

On estime que la province a des provisions pour deux ou trois jours dans le cas d’une telle interruption. [...] Quand ça se passe, on le remarque à Saint-Jean, mais les effets sont amplifiés dans les communautés rurales.

Kristie Jameson, directrice générale de Food First NL

Mme Jameson estime également que la qualité et la variété des produits disponibles dans certaines communautés rurales ne permettent pas aux résidents de suivre le guide alimentaire canadien.

Le guide présente quelque chose que beaucoup de gens de la province ne pourraient jamais obtenir, affirme-t-elle. Je pense que l’on devrait se demander ce qu’il faut changer pour faire en sorte que l’assiette illustrée dans ce guide devienne possible.

Des efforts pour augmenter la production agricole

Les trois principaux partis espèrent accroître la production d'aliments frais et leur disponibilité à Terre-Neuve-et-Labrador. Des programmes pour aider les fermiers à acheter des terres agricoles et de l’équipement figurent notamment dans chacune de leurs plateformes.

La plateforme libérale rappelle que les libéraux ont financé le développement de 278 acres de terres agricoles depuis 2016, l’équivalent de 211 terrains de football. Les progressistes-conservateurs espèrent créer un programme de prêts pour les nouveaux fermiers, tandis que le Nouveau Parti démocratique (NPD) promet de créer son propre programme de location de terres agricoles.

Selon des agriculteurs comme Krista Chatman, la gestionnaire de Farm and Market Clarenville, il demeure très difficile pour les nouveaux fermiers d'acquérir des terres agricoles.

Je suis très chanceuse parce que j’ai repris les terres de mon grand-père. Pour des gens qui ont besoin d’acheter de nouvelles terres, de nouveaux équipements, ça peut coûter très cher, soutient-elle, ajoutant que l’acquisition des nouvelles terres agricoles peut aussi être un processus compliqué et bureaucratique.

Portrait de Krista Chatman.

Krista Chatman, la gestionnaire de Farm and Market Clarenville

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Merv Wiseman, le président de la Fédération de l’agriculture de Terre-Neuve-et-Labrador, indique qu’il peut aussi être très coûteux de développer des terres agricoles dans la province.

Dans notre province, il coûte en moyenne 3000 $ pour défricher un acre de terrain. Le prix moyen dans d’autres parties du Canada est plus près de 700 $ à 800 $, soutient-il. On ne nous a pas donné le surnom “The Rock” pour rien.

Les coûts pour chauffer les serres peuvent aussi être très élevés, selon Mme Chatman. Elle paie environ 1200 $ en propane annuellement pour chauffer sa serre. Sans le soutien du Clarenville Inn, l’hôtel qui a financé la construction de la serre et du marché, Mme Chatman croit qu’il n’y aurait jamais eu de marché des fermiers à Clarenville.

Mme Chatman loue pourtant le travail de l’ancien gouvernement libéral qui a établi un programme de plants à Terre-Neuve-et-Labrador. Ce programme vend aux agriculteurs des plants issus d’une serre provinciale et réduit considérablement les coûts de démarrage pour les fermiers.

Typiquement, il faut payer pour le sol, les graines et aussi le chauffage des serres pendant plusieurs mois, raconte-t-elle. Ce sont des coûts énormes pour nous. Et il faut attendre jusqu’en août, quand on vend nos produits, pour les récupérer.

Doubler la production d'ici 2022, c'est possible?

Les libéraux ont promis de doubler la production agricole dans leur plan stratégique de 2016. Mais certains dans l’industrie croient que cette cible sera ratée.

Nous sommes sur la bonne voie, mais je ne sais pas si nous allons atteindre l’objectif de doubler la production.

Merv Wiseman, président de la Fédération de l'agriculture de Terre-Neuve-et-Labrador

Nous avons un plan, mais ça va prendre des investissements et il va falloir que le gouvernement en fasse une priorité, estime M. Wiseman.

À Pool's Cove, Josephine Marshall indique qu’elle est fière de faire partie de cette lutte contre l'insécurité alimentaire, même si son projet ne soutient qu’une très petite population.

Je suis tellement heureuse de savoir que je fais une différence dans ma communauté. Plus les gens participent au programme, plus je me sens bien d’en faire partie.

Terre-Neuve-et-Labrador

Politique provinciale