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La robe de chair : autopsie d'une controverse

Une photo de robe où on voit une robe en viande séchée est déposée sur une table de boucher. La robe est entourée de morceaux de boeuf. On y voit le manche d'un couteau.

Une photo de la robe de chair de l'artiste canadienne Jana Sterbak sur une table avec des morceaux de viande. Il s'agit d'une photo qui démontre le processus créatif de l'artiste.

Photo : Radio-Canada

Kevin Sweet

Jamais une robe n'aura fait autant réagir que celle de chair confectionnée par l'artiste canadienne Jana Sterbak. L'oeuvre, faite de morceaux de boeuf, a suscité une vive polémique lorsqu'elle a été exposée au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), en 1991. Près de 30 ans plus tard, les commissaires de la Galerie UQO (Université du Québec en Outaouais) reconstituent l'exposition pour comprendre le tollé.

Je suis convaincue que cette exposition-là a eu une influence décisive dans le fait que je suis aujourd’hui commissaire et directrice d’une galerie, lance Marie-Hélène Leblanc, directrice de la Galerie UQO.

Une femme avec de longs cheveux bruns porte des lunettes rondes foncées. Elle est debout devant un écran où on voit une reconstitution du point de presse fait par les dirigeants du MBAC lors du dévoilement de la robe de chair de Jana Sterbak.

Marie-Hélène Leblanc est commissaire et directrice à la Galerie UQO.

Photo : Radio-Canada

La trentenaire était toute petite, en 1991, quand la robe de chair avait été exposée au MBAC. Même du haut de ses 10 ans, Marie-Hélène Leblanc avait compris la démarche de l’artiste montréalaise d’origine tchèque Jana Sterbak.

J’avais saisi le propos de l’artiste. Ça ne m'avait pas choquée du tout. Ça m’avait fascinée que la viande pouvait devenir un matériau pour faire de l’art, souligne Marie-Hélène Leblanc.

Ça a marqué mon imaginaire.

Marie-Hélène Leblanc, directrice et commissaire, Galerie UQO

Elle ignorait alors que la robe de chair était au coeur d’une tempête médiatique comme on n’en avait rarement vu au Canada.

La tempête

La robe de chair, ou Vanitas: Flesh Dress for an Albino Anorectic, le titre original de l'oeuvre, était confectionnée avec 22 kilos de boeuf. L’oeuvre, devant être rafraîchie toutes les six semaines, était une métaphore du corps vieillissant.

Exposée en période d’austérité sous le gouvernement conservateur de Brian Mulroney, la sculpture a été vivement critiquée et qualifiée d’offensante par la critique, le public et la classe politique.

Plus de 300 articles ont été écrits sur la robe de chair en moins d’un mois, avec des manchettes sensationnalistes telles De l’art nazi grossier dans le Ottawa Sun du 1er avril 1991.

Conséquence : l’oeuvre et la démarche de Jana Sterbak sont demeurées incomprises et occultées par une controverse que personne n’a vue venir.

Une femme aux cheveux blancs, portant des lunettes rouges et un collier multicolore est debout devant une affiche sur laquelle on voit une photo de la robe de chair de Jana Sterbak.

Diana Nemiroff, ancienne conservatrice au Musée des beaux-arts du Canada

Photo : Radio-Canada

La raison de la controverse, c’est qu’on présumait que l’artiste voulait nous provoquer et voulait faire quelque chose de dégoûtant ou outrageux. Ce n’était pas du tout le cas, explique Diana Nemiroff, ancienne conservatrice du MBAC et responsable de l’exposition de la robe de chair qui y a été présentée en 1991.

Nous n’avons pas anticipé [la controverse]. Je pense que c’était une question d’éducation.

Diana Nemiroff, ancienne conservatrice du MBAC

Reconstituer pour comprendre

Près de 30 ans plus tard, l'équipe de la Galerie UQO reconstitue l’exposition afin de cerner les enjeux liés à l’indignation.

Une femme aux cheveux bruns, longs, est debout devant une affiche qui explique les différentes étapes du processus créatif de la robe de chair de Jana Sterbak.

Mélanie Boucher, cocommissaire à la Galerie UQO et professeure en muséologie et en histoire de l'art

Photo : Radio-Canada

On a décidé de reconstituer l’exposition de manière à mettre en perspective tous les discours qui ont été produits autour de cette exposition-là en 1991 à partir d’une perspective qui est la nôtre, c’est-à-dire contemporaine, souligne la cocommissaire Mélanie Boucher, aussi professeure en muséologie d’art et en histoire de l’art à l’UQO.

De revisiter cette exposition-là permet de prendre une nouvelle perspective, un nouveau regard sur un sujet qui est connu, qui est important sur le plan de l’histoire de l’art, mais qui est aussi important pour le monde.

Mélanie Boucher, professeure en muséologie d'art et en histoire de l'art à l'UQO

L’exposition didactique présente des documents d’archives, des tableaux explicatifs de la démarche artistique de l’artiste et même un dossier de presse regroupant des exemples des articles publiés au sujet de la robe à l’époque.

Tout est là... sauf la pièce de résistance.

Certains seront déçus que la robe n’est pas sur place, avoue Mme Leblanc, qui fait valoir qu’on la voit d'autres façons et que la robe de chair est présente plus que jamais.

Les commissaires espèrent attirer une plus jeune génération, moins au fait de cette exposition considérée comme l’une des plus marquantes de l’histoire de l’art contemporain au Canada.

POUR Y ALLER
La robe de chair au Musée national : expositions et reconstitution
Galerie UQO (101, rue Saint-Jean-Bosco, secteur Hull)
Du 15 mai au 22 juin

Ottawa-Gatineau

Arts visuels