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  • Depuis quelques décennies, la lutte contre l'homophobie au Canada s'organise

    Manifestation contre la violence homophobe dans une rue de Montréal
    En 2003 était lancée au Québec la première journée de lutte contre l'homophobie qui deviendra la Journée internationale de lutte contre l'homophobie et la transphobie. Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    Le 17 mai est célébrée à l'échelle mondiale une initiative d'inspiration montréalaise : la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie. Plusieurs reportages de Radio-Canada montrent l'évolution au cours des dernières années de la lutte pour le respect des droits des minorités sexuelles au Canada.

    Une journée nécessaire

    Malheureusement, il reste encore beaucoup de chemin à faire. Aujourd’hui, on fait la journée nationale de lutte contre l’homophobie parce qu’il y a encore dans la société un certain nombre de personnes […] qui sont mal à l’aise avec l’orientation homosexuelle.

    Laurent McCutcheon, Fondation Émergence et Gai Écoute, 4 juin 2003
    L'heure du midi, 4 juin 2003

    Le 4 juin 2003, l’animatrice de L’heure du midi Pascale Nadeau interviewe Laurent McCutcheon, qui est un des principaux porte-parole de la première Journée nationale de lutte contre l’homophobie.

    Laurent McCutcheon explique aux téléspectateurs de Radio-Canada pourquoi une telle journée s'avère nécessaire.

    C’est en 1973 que l’Association américaine de psychiatrie cesse de considérer l’homosexualité comme une maladie mentale.

    En 1977, le Québec adopte une Charte des droits et libertés qui inclut l’interdiction de discrimination sur la base de l’orientation sexuelle.

    Laurent McCutcheon constate d'emblée que le Québec a beaucoup évolué. C’est une société qui a connu de très importantes avancées au niveau du respect des droits des minorités sexuelles.

    Mais du même souffle, il affirme être convaincu que du travail, notamment de conscientisation, reste à faire.

    Les enquêtes d’opinion semblent donner raison au militant.

    Un sondage effectué par Léger et publié à l’occasion de la première Journée nationale de lutte contre l’homophobie soutient que 60 % des hommes et 53 % des femmes sont mal à l’aise lorsqu’ils voient deux homosexuel(le)s s’embrasser.

    La conquête des droits

    Jusqu’en 1969, l’homosexualité devait au Canada se vivre dans le placard sous peine d’avoir des ennuis avec la justice.

    C’est Pierre Elliott Trudeau qui, en déclarant que « l’État n’avait rien à voir dans les chambres à coucher des citoyens » et en faisant adopter le projet de loi C-195, a de fait décriminalisé l’homosexualité au pays.

    Mais les mentalités n’évoluent pas nécessairement aussi rapidement que le souhaiterait la communauté homosexuelle.

    La méfiance entre les corps policiers et la communauté gaie par exemple ne s’efface pas facilement.

    C'est d'autant plus vrai que des confrontations avec certains corps policiers font les manchettes à travers les années.

    C’est le cas à Montréal le 21 octobre 1977, plus de 200 gais sont arrêtés au bar Truxx, à Montréal.

    Le lendemain, l'Association pour les droits des gai(e)s du Québec organise une manifestation pour réclamer la fin de la répression policière.

    Combattre la violence homophobe

    13 meurtres, est-ce que c’est petit? Non! En moyenne 10 agressions par semaine, est-ce que ça, c’est petit?

    Elizabeth Neve, Comité sur la violence Centre des gais et lesbiennes de Montréal, 1993

    Tu vas te promener toute seule sur la rue, ils vont dire « t’es une lesbienne ». Parce que tu parles à une femme ou que tu fais ça, ils vont te le dire pareil. C’est quand même un petit peu nuisant dans le quartier t’sé.

    Une résidente du village gai de Montréal, 1993

    Le combat pour les droits et pour que la violence homophobe cesse s'accèlere au Québec et un peu partout dans le monde.

    Montréal ce soir, 14 juillet 1993

    Le 14 juillet 1993, la journaliste Doris Vasiloff présente au Montréal ce soir un portrait du phénomène des crimes haineux et homophobes dans la métropole.

    Son constat est sans équivoque.

    Les crimes haineux et homophobes existent à Montréal. Ça peut se produire dans les parcs que fréquentent plusieurs membres de la communauté gaie et aussi dans ce qu’on appelle à Montréal « le village gai ».

    Les crimes haineux contre les gais sont d’autant plus fréquents que les victimes n’osent souvent pas porter plainte.

    C’est la peur d’être exposé à ses parents, à ses amis, à ses collègues qui en paralysent plusieurs.

    Il y a aussi le fait que les homosexuels font très peu confiance aux corps policiers qui sont fréquemment considérés comme faisant partie du problème.

    Quand l’homophobie frappe à ta porte

    Téléjournal, 17 mai 2007

    Le 17 mai 2007, la journaliste Karine Bastien présente aux auditeurs du Téléjournal Pierre Langevin.

    L’homme termine des boîtes pour son déménagement.

    Il le fait presque en sifflant.

    Changer d’adresse signifie pour lui tourner la page d’un chapitre cauchemardesque de sa vie.

    Pierre Langevin a eu pendant quatre ans un voisin homophobe.

    Au début, ce sont des quolibets et des remarques désobligeantes que reçoit Pierre Langevin de sa part.

    Mais la situation s’aggrave petit à petit.

    Un jour, le voisin fonce avec une bicyclette sur Pierre Langevin et le blesse.

    C’est la goutte qui fait déborder le vase.

    Pierre Langevin décide de porter plainte à la Commission des droits de la personne du Québec pour harcèlement et discrimination fondée sur l’orientation sexuelle.

    Le tribunal de la commission donne raison au plaignant. Le voisin est accusé de voie de fait et doit verser une amende de 3500 $ à Pierre Langevin.

    Quant au propriétaire du logement où réside Pierre Langevin, l’Office municipal d’habitation de Montréal, il lui trouve un nouveau toit.

    À la suite de cette affaire, l’organisme municipal a mis en place un plan de sensibilisation contre l’homophobie qu’il distribuera à ses 550 employés et 40 000 locataires.

    Lancée en 2003, l'initiative de la Fondation Émergence s'est répandue à travers la planète.

    En 2005, la Journée nationale de lutte contre l'homophobie s'internationalise et est transférée dans le calendrier au 17 mai.

    Ce choix n'est pas fortuit.

    Le 17 mai 2005, il y avait 15 ans jour pour jour que l'Organisation mondiale de la santé avait supprimé l'homosexualité de la liste des maladies mentales.

    En 2014, la notion de lutte contre la discrimation des transgenres est intégrée à la Journée du 17 mai.

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