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Il y a 25 ans, une statue de Louis Riel enflammait le Manitoba

Radio-Canada

Il y a 25 ans, le Collège universitaire de Saint-Boniface (CUSB) décidait d'ériger la statue controversée de Louis Riel sur son terrain. Retour contemporain sur un emblème qui a vu s'affronter les passions de l'époque.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que, dans le domaine des arts, les avis divergent. Et quand il s’agit du père fondateur du Manitoba, ce sont les passions qui s’expriment à Winnipeg.

Érigée au début des années 1970 à l’arrière du Palais législatif à l'occasion des célébrations du centenaire du Manitoba, l’oeuvre conjointe du sculpteur Marcien Lemay et de l’architecte Étienne Gaboury a suscité de nombreuses critiques.

Dans les années 1990, l’Association des étudiants du Collège universitaire de Saint-Boniface (CUSB) avait eu l’idée de la déplacer pour l'installer devant leur établissement, une initiative à laquelle s’opposaient fermement de nombreux habitants de Saint-Boniface et membres de la communauté métisse.

« Je comprends que la majorité du peuple voulait une représentation du politicien. Ils voulaient voir l’homme habillé dans les vêtements d’époque, et je comprends leur déception avec la sculpture de M. Lemay à l’époque », concède la présidente de l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba, Paulette Duguay.

Certains étaient un peu scandalisés parce que c’était un personnage nu, montré comme ça.

Paulette Duguay, présidente de l'Union nationale métisse Saint-Joseph

« Moi, personnellement, je la trouve de toute beauté. Je comprends ce qu’elle représente, je suis d’accord avec ce qu’elle représente. J’ai connu l’homme qui l’a fabriquée, il avait une âme tendre », affirme-t-elle.

Jean Allard près de la statue Louis Riel.Jean Allard s'est opposé au déplacement de la statue de Louis-Riel en 1994. Photo : Radio-Canada

Au sein même de la communauté, les divisions étaient fortes. L’ancienne présidente de l’Union nationale métisse Saint-Joseph, Augustine Abraham, souhaitait la destruction pure et simple de l’oeuvre. Un autre leader métis, Jean Allard, est quant à lui allé jusqu’à s’enchaîner au monument pendant plusieurs jours, en 1994, pour protester contre son déplacement.

Comme Marcien Lemay, il souhaitait que l’oeuvre demeure au bord de la rivière. En vain.

Sur une estrade sur laquelle est écrit Riel, un homme avec une moustache, bien vêtu et portant la ceinture fléchée, brandit fermement un papier. La statue de Louis Riel qui se trouve actuellement à l'arrière du Palais législatif du Manitoba est l'oeuvre de l'artiste Miguel Joyal. Photo : Radio-Canada / Mathilde Monteyne

En 1994, l’oeuvre a été retirée du terrain du Palais législatif avant d'être remplacée par celle, plus conventionnelle, de l’artiste Miguel Joyal.

Au coeur du conflit intérieur

L’historien Philippe Mailhot confirme que la nudité et le côté torturé de cette représentation de Louis Riel ont incité, entre autres, la Fédération métisse du Manitoba à s’y opposer et à faire pression sur le gouvernement provincial à ce sujet.

« Parce que Louis Riel était un homme très important, parce que c’était l’une des premières choses que la Province du Manitoba a faites pour reconnaître Louis Riel comme le fondateur de la province, les gens attendaient peut-être autre chose que ce monument-là », avance-t-il.

Toutefois, cette représentation a une explication qui lui a été fournie par Étienne Gaboury lui-même, mentionne Philippe Mailhot. Les deux demi-cercles entourant le père fondateur représentent des aimants opposés. « Ça représente les forces qui divisaient le Canada à l’époque de Riel : Français, Anglais; protestants, catholiques; est et ouest… », précise l’historien.

« Louis Riel est pris au centre de ces forces parce qu’il représente un effort pour arranger les choses pour le futur Manitoba », ajoute-t-il.

Ce qu’on voit, ce n’est pas le corps de Louis Riel, c’est son esprit, son âme qui est tourmentée par ces forces qui divisaient le Canada.

Philippe Mailhot, historien

Aujourd’hui encore, certaines personnes continuent d'appelr la statue Twisted Louis (« Louis le tordu »), poursuit l’historien, qui pense qu’elle sera toujours un peu controversée. Toutefois, dit-il, lorsqu'on explique à ses critiques ce qu’elle représente, « ils sortent avec une attitude beaucoup plus positive ».

Une oeuvre spirituelle

Paulette Duguay estime que l’oeuvre est aujourd’hui très bien acceptée et est heureuse qu’elle ait été conservée. Quand elle regarde cette représentation de Louis Riel, elle voit l’âme du peuple métis.

« Je vois les luttes, je vois les déceptions, je vois le chagrin, mais aussi l’espoir, car il y a une force dans cette statue », conclut-elle avec fierté.

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