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Québec permet à la Fonderie Horne d'émettre 67 fois plus d'arsenic dans l'air que la norme provinciale

Un quartier résidentiel tout près d'une fonderie de cuivre.
Des enfants qui habitent dans le quartier Notre-Dame à Rouyn-Noranda, en Abitibi-Témiscamingue, sont surexposés à l'arsenic, une substance cancérigène. Photo: Radio-Canada / Mélanie Picard
Thomas Deshaies

Le ministère de l'Environnement du Québec autorise la Fonderie Horne de Rouyn-Noranda en Abitibi-Témiscamingue à émettre jusqu'à 67 fois plus d'arsenic, une substance cancérigène, dans l'air que la norme provinciale en vigueur depuis 2011. Une situation qui suscite des questionnements, alors que les résultats préliminaires d'une étude de biosurveillance concluent que les enfants du quartier Notre-Dame, limitrophe à la fonderie, sont surexposés à l'arsenic dans l'air.

Le Règlement sur l'assainissement de l'atmosphère impose que les activités des entreprises n'occasionnent pas une présence de plus de 3 ng/m3 d'arsenic (nanogrammes par mètre cube) dans l'air en moyenne par année.

Un droit acquis

Or, puisque la Fonderie Horne est en activité depuis une centaine d'années, elle bénéficie d'une forme de droit acquis, comme d'autres entreprises qui étaient en activité avant 2011, et doit plutôt se conformer à d'autres exigences qui sont prévues dans son attestation d'assainissement. Le ministère de l'Environnement y a prévu une norme de 200 ng/m3, qui sera resserrée à 100 ng/m3 en 2021.

Pourtant, un avis de 2004 préparé par le ministère de l'Environnement et d'autres ministères recommandait d'atteindre une concentration de 10 ng/m3 en 18 mois et, finalement, 3 ng/m3. Toujours selon cet avis, la concentration d'arsenic dans l'air ambiant au Québec est généralement de 1 à 2 ng/m3.

À titre de comparaison, la possibilité qu'une zone résidentielle de Montréal-Est soit exposée à une concentration moyenne annuelle de 6 ng/m3 avait fait grand bruit en septembre 2018.

La Fonderie Horne réagit

La superviseure aux communications de la Fonderie Horne, de Glencore, Stéphanie Lemieux, soutient qu'il serait irréaliste d'espérer atteindre une émission de 3 ng/m3 à court terme. Est-ce qu'il existe une technologie qu'on pourrait mettre en place demain matin pour atteindre le 3 nanogrammes? La réponse est non, tranche-t-elle. Ce que je peux vous dire, c'est qu'on s'engage fermement à continuer l'amélioration.

Questionnée pour savoir si l'entreprise avait un échéancier pour l'atteinte de la norme de 3 nanogrammes, Mme Lemieux répond que l'entreprise se conformera aux nouvelles cibles qui seront fixées par le gouvernement dans un nouveau plan d'amélioration qui sera élaboré à partir de 2021.

On a des équipes d'améliorations ici à l'interne, qui travaillent à l'élaboration possiblement de nouvelles technologies.

Stéphanie Lemieux, superviseure aux communications de la Fonderie Horne

Mme Lemieux affirme toutefois qu'en 2018, la moyenne annuelle à la « station légale » [d'échantillonnage] était de 98 ng/m3, donc en dessous des exigences du ministère de l'Environnement. On poursuit notre travail, on a encore 36 millions de dollars de projet à venir d'ici 2021 pour poursuivre cette amélioration dans le temps, ajoute-t-elle.

Le REVIMAT s'insurge

Le Regroupement vigilance mine de l'Abitibi-Témiscamingue (REVIMAT) estime qu'il faut agir maintenant pour protéger la santé de la population et ne pas se contenter d'une diminution progressive des émissions atmosphériques d'arsenic.

Si c'est une impossibilité [d'atteindre la norme de 3 ng/m3 rapidement], ce n'est pas vrai qu'on va en faire payer le prix aux enfants, s'exclame le porte-parole de l'organisme, Marc Nantel. Pour nous, c'est impensable, cela n'a ni queue ni tête ce genre d'argumentaires là.

Sans prendre position sur une solution préconisée, il croit qu'il existe des solutions, dont l'établissement d'une zone tampon autour de l'entreprise.

Il ne mâche pas ses mots pour déplorer le rôle du gouvernement dans ce dossier, qui ne protégerait pas assez la population, selon lui. Ce qu'on note, c'est qu'il y a un gros enjeu politique autour du ministère de l'Environnement, puis on doute fortement que les gens qui y travaillent aient des pressions politiques pour essayer d'être le moins dérangeants pour le développement économique, puis le plus accommodants possible, déplore-t-il.

Le ministère de l'Environnement n'avait pas encore répondu favorablement à notre demande d'entrevue au moment de mettre en ligne cet article.

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