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Système de paye Phénix : 137 M$ de plus pour IBM

Illustration montrant une main déposant un signe de dollar dans une boîte sur laquelle est écrit « Phénix ».
Depuis 2011, la valeur du contrat avec IBM est passée de 5,8 millions de dollars en 2011 à 393 millions de dollars aujourd'hui. Photo: Radio-Canada / Simon Blais
Estelle Côté-Sroka
Catherine Lanthier

Ottawa continue de verser des millions de dollars de plus que prévu à IBM pour assurer le fonctionnement du système Phénix, et ce, malgré les problèmes qui s'accumulent. Depuis le début de l'année, l'entreprise a reçu au moins 137 millions de dollars supplémentaires, une somme nettement supérieure aux investissements visant à remplacer Phénix.

Cette nouvelle entente conclue en mars 2019 avec le gouvernement constitue le 46e amendement au contrat initial signé en 2011 avec la multinationale responsable de la mise en oeuvre du système.

La valeur totale du contrat est ainsi passée de 5,8 millions de dollars à plus de 393 millions de dollars.

Contactée par Radio-Canada, l’entreprise a refusé de répondre à toute question sur la nature de cet imposant amendement au contrat.

Selon ce nouvel accord, environ 170 employés d’IBM seront intégrés à la fonction publique fédérale pour une période pouvant aller jusqu’à trois ans, afin d’assurer la stabilisation du système de paye des fonctionnaires.

Le ministère a également refusé d’accorder une entrevue à Radio-Canada, pour sa part, parce que ces modifications contractuelles font partie du processus régulier de gestion des contrats, a indiqué par courriel un porte-parole de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), Jean-François Létourneau.

Dans un autre courriel, un porte-parole du même ministère, Pierre-Alain Bujold, explique que les employés d’IBM s’occuperont des « opérations quotidiennes » du système Phénix.

Ils seront notamment responsables du soutien technique du système de paye, d’en assurer la mise à jour et d’y apporter certaines améliorations. Des employés d’IBM seront aussi affectés au traitement de la paye.

M. Bujold précise qu’en vertu du modèle d’affaires privilégié, IBM assure, de concert avec le fédéral, la gestion des services.

SPAC fait appel à l’expertise des ressources d’IBM qui sont davantage responsables de la concrétisation de résultats précis à un coût fixe, écrit-il.

Cela permet ainsi de libérer les fonctionnaires pour apporter des « améliorations stratégiques », ajoute-t-il.

Vers une sous-traitance?

Stéphane Aubry, vice-président de l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) et programmeur au gouvernement fédéral, admet que ces ressources supplémentaires apportent un certain soulagement à l’interne puisqu’elles vont alléger les tâches administratives répétitives et ainsi permettre aux experts de se concentrer à résoudre les problèmes causés par le système Phénix

Stéphane Aubry pendant une conférence de presse.Le vice-président de l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada, Stéphane Aubry. Photo : Radio-Canada

Cependant, M. Aubry déplore un tel recours à la sous-traitance.

C’est des opportunités d’emplois pour les fonctionnaires qui sont bloquées.

Stéphane Aubry, vice-président, Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC)

L’an dernier, des fonctionnaires fédéraux avaient confié à Radio-Canada que l’intégration des employés d’IBM à la fonction publique les faisait craindre pour leur avenir professionnel.

M. Aubry estime que les employés d’IBM intégrés au fédéral agissent à titre de « fonction publique fantôme », qui n’a pas à respecter les règles auxquelles sont assujetties les fonctionnaires, comme l’exigence de bilinguisme.

Toutes leurs connaissances, leur expertise sont gardées dans un vase clos. Ça développe une dépendance à utiliser la sous-traitance , s’inquiète Stéphane Aubry, vice-président de l’IPFPC.

On voit que les libéraux ont de la misère à régler le problème, estime pour sa part Karine Trudel, porte-parole en matière de Travail au Nouveau Parti démocratique (NPD). Le gouvernement devrait faire confiance aux employés de la fonction publique qui sont en place, souligne-t-elle.

Un montant fixe de 16 millions pour trouver une solution

Alors qu’Ottawa continue d’affirmer que le remplacement du système de paye Phénix demeure une priorité, les sommes accordées pour corriger la situation demeurent nettement supérieures à celles investies pour trouver une solution de remplacement.

Jusqu’ici, Ottawa a octroyé 16 millions de dollars répartis sur deux ans pour l’élaboration de la prochaine génération du système de paye du gouvernement fédéral, comme le décrivait le budget présenté en 2018.

Le dernier budget fédéral ne comptait toutefois aucune somme supplémentaire pour le remplacement du système actuel, ce qui continue d’alimenter les soupçons quant à la réelle volonté du gouvernement de le remplacer.

Un enjeu électoral

De son côté, le syndicat qui représente le plus grand nombre de fonctionnaires fédéraux, l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), a déjà manifesté son intention de faire de Phénix un enjeu central dans la campagne électorale fédérale à l’automne.

Pour sa part, l’Institut professionnel de la fonction publique, second syndicat en importance dans l’appareil fédéral, opte pour une autre stratégie.

On continue à pousser le gouvernement pour que la solution soit définie avant les élections fédérales, lance son vice-président, Stéphane Aubry.

Phénix est un enjeu aux élections fédérales. On va continuer de les talonner, continuer de demander à ce qu’une solution soit définie et mise en place le plus rapidement possible.

Stéphane Aubry, vice-président, Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC)

Malgré cette volonté – et avec le temps qui file – M. Aubry reconnaît qu’il ne croit pas vraiment que la solution va être écrite sur papier avant les élections.

Ottawa-Gatineau

Politique fédérale