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L'immigration, un enjeu électoral peu abordé, mais de plus en plus important à T.-N.-L.

Portrait d'Omar, Louran, Raghad et Ali Alsayed Ali.

Omar Alsayed Ali et ses enfants (de gauche à droite) Louran, Raghad et Ali. Cette famille de refugiés est arrivée à Gander en 2016 et souhaite y rester.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Patrick Butler

L'immigration n'a pas souvent été abordée lors de la campagne électorale à Terre-Neuve-et-Labrador, même si la province affronte d'énormes défis démographiques : une population vieillissante, un taux de natalité faible et une main-d'oeuvre en décroissance. Rencontre avec un groupe de résidents qui lutte pour retenir les nouveaux arrivants dans leur communauté.

Dans un anglais approximatif, mais avec assurance, Omar Alsayed Ali raconte comment il ne parlait que l’arabe quand sa famille est arrivée à Gander en 2016.

Il ne connaissait presque rien de cette petite ville de 10 000 habitants avant d'atterrir à l'aéroport, souligne-t-il.

Les Alsayed Ali avaient passé trois ans dans un camp de réfugiés syrien au Liban avant d’arriver au Canada. Difficile de comparer cette ancienne vie avec sa nouvelle réalité, explique Omar.

Trois ans se sont depuis écoulés et il travaille maintenant les soirs à LouisGee’s, une pizzeria. Ses enfants parlent l’anglais avec facilité et apprennent le français à l’école. La famille s’enracine de plus en plus dans la communauté et s’est même trouvée un médecin arabophone.

La petite dernière de la famille, Louran, est Terre-Neuvienne de naissance. Elle est née il y a un an.

Portrait de Louran Alsayed Ali

Louran Alsayed Ali est née à Gander il y a un an. Elle est la première Terre-Neuvienne de la famille.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Cette intégration réussie est exactement ce qu'espéraient les membres du Gander Refugee Outreach Project , un groupe fondé en 2016 par une vingtaine de résidents de cette ville au centre de Terre-Neuve. Le groupe avait deux objectifs : accueillir des familles déplacées par le carnage de la guerre civile en Syrie, puis assurer la rétention de ces nouveaux arrivants.

Nous étions au courant des problèmes démographiques à Gander , explique Diane Davis, une bénévole du groupe. Nous avons besoin des jeunes, des entrepreneurs, mais aussi des travailleurs qui sont prêts à travailler […] pour le salaire minimum. Nos familles étaient très contentes d'avoir l’occasion de travailler en sécurité.

Portrait de Diane Davis

Diane Davis, une bénévole du Gander Refugee Outreach Project, espère que les familles de réfugiés accueillies par sa communauté depuis 2016 décideront de rester.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Depuis l’arrivée des Alsayed Ali en juin 2016, trois autres familles de réfugiés syriens ont déménagé à Gander. Une cinquième famille devrait arriver plus tard cette année.

Les bénévoles comme Diane Davis aident ces nouveaux arrivants à rédiger un curriculum vitae, à postuler des emplois, à se familiariser avec les services publics et à inscrire leurs enfants à l’école. Mme Davis, une enseignante à la retraite, a même traduit quelques formations à l’aide de son cellulaire et de Google Traduction.

Ils se sont rendu compte qu’ils étaient pas mal gâtés à Gander. Il y avait du monde qui prenait soin d'eux , explique Diane Davis. Ce n’est pas toujours la même chose dans les grandes villes. […] Jusqu’à maintenant, toutes les familles sont bien contentes ici.

Des tendances démographiques troublantes

Pendant des décennies, la communauté de Gander s’est bâtie autour de l’aéroport international, un arrêt de ravitaillement nécessaire pour des milliers d’avions qui traversaient l’Atlantique.

Mais avec l’arrivée des appareils long courrier, l’importance de l’aéroport a nettement diminué.

Carte de Gander

La communauté de Gander accueille quatre familles de réfugiés syriens.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Gander se transforme de plus en plus en centre de services régional. Et bien que sa population reste stable, les autres communautés de la région abritent une population de plus en plus vieillissante et qui tend à diminuer. C’est une tendance démographique inquiétante pour le maire de Gander, Percy Farwell.

Notre économie dépend en grande partie de ce qui se passe dans les communautés qui nous entourent. Ce qui se passe dans ces endroits a un énorme effet sur ce qui se passe ici , indique Percy Farwell.

Portrait de Percy Farwell

Percy Farwell, le maire de Gander, craint l'effet du vieillissement de la population sur la vitalité des communautés à Terre-Neuve.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Ces défis démographiques sont partagés par un grand nombre de communautés dans la province. Terre-Neuve-et-Labrador a une population vieillissante, un taux de natalité faible, et une main-d’oeuvre en décroissance.

Ces problèmes suscitent de réelles craintes, même s’ils n’ont pas souvent été abordés lors de la campagne.

Les trois principaux partis provinciaux espèrent inverser ces tendances.

Les libéraux s’engagent à accueillir 1700 immigrants par année d’ici 2022. Annoncé par l’ancien gouvernement en 2016, cet objectif devrait être atteint, mais selon Ken Walsh, un coordonnateur pour l’Association des nouveaux Canadiens, l'augmentation sera essentiellement attribuable à un projet pilote d’immigration lancé par Ottawa.

De son côté, le programme progressiste-conservateur parle de retenir les nouveaux arrivants grâce aux crédits d’impôt pour les diplômés et aux subventions pour les services de garde. Les conservateurs s'engagent ainsi à augmenter l’immigration à Terre-Neuve-et-Labrador de 15 % de plus que les 1700 nouveaux arrivants par année promis par les libéraux.

Les partis reconnaissent également que les programmes destinés aux immigrants doivent être améliorés.

La plateforme libérale promet que le parti aidera les immigrants à se familiariser avec les services et les communautés où ils s'établissent. Le programme néo-démocrate assure que le parti, s'il est élu, augmenterait l’accès aux formations linguistiques.

Des préjugés persistent

Mimie Carroll reconnaît qu’il existe maintenant plus de services et de soutien pour les immigrants à Terre-Neuve-et-Labrador qu'il y a 39 ans, lorsqu'elle a immigré dans la province. Alors qu'elle n'avait que 2 ans, sa famille s’est enfuie du Laos et a été parrainée par l’église unie de New-Wes-Valley. Dans leur communauté d'adoption, les Sihapanya ont vite été connus de tous ce qui ne les a pas empêchés de vivre l'isolement.

Mes parents pensaient qu’ils avaient besoin de s'assimiler à la culture terre-neuvienne et de mettre leur culture et leurs croyances de côté , remarque-t-elle. Les gens n’étaient pas aussi ouverts à la diversité culturelle.

De nos jours, les gens sont mieux éduqués, ils comprennent mieux la valeur de cette diversité.

Portrait de Mimie Carroll

Mimie Carroll est arrivée à Terre-Neuve à l'âge de 2 ans. Sa famille de quatre, des réfugiés laotiens, s'est installée à New-Wes-Valley en 1980.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Mimie Carroll soutient pourtant que les nouveaux arrivants à Terre-Neuve-et-Labrador peuvent encore devoir faire face à des préjugés.

J’entends des commentaires comme “Nous aidons ces réfugiés ou ces immigrants, mais que fait-on pour les gens qui sont déjà ici?”.

Mimie Carroll, immigrante et résidente de Gander

Les pires exemples de ces commentaires se trouvent sur les médias sociaux, selon plusieurs intervenants interviewés par Radio-Canada.

Geneviève Beaudoin Vallée, la coordonnatrice de Compas, le nouveau service d’accueil et de soutien aux immigrants francophones à Terre-Neuve-et-Labrador, estime cependant que les gens commencent de plus en plus à reconnaître le besoin d’accueillir des nouveaux arrivants.

La province comprend qu’elle a besoin d’agir et elle prend des actions en ce sens , indique-t-elle. À mon avis, c’est certain que l’immigration, ça peut être vu comme une solution pour répondre à des défis démographiques .

Ça ne peut être que bénéfique pour la province.

Terre-Neuve-et-Labrador

Politique provinciale