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La chasse aux fichiers de Monsanto est lancée

Des bouteilles du désherbant glyphosate.
Le glyphosate a été déclaré « cancérigène probable » par l'OMS. Photo: Reuters / Yves Herman
Radio-Canada

Faisant face à des révélations de fichage illégal en France, Bayer, propriétaire de Monsanto, indique que d'autres listes de personnalités à influencer existent « probablement » ailleurs en Europe.

Lundi, Matthias Berninger, directeur responsable des affaires publiques de Bayer, n’a pas tenté de mettre le couvercle sur la marmite. « Je pars clairement du principe que d'autres pays européens sont également concernés […] il est très probable que de telles listes y existent », a-t-il déclaré lors d'une conférence téléphonique.

« Je n'ai pas d'informations certaines », mais le contrat entre Monsanto et l'agence de communication Fleishman Hillard, qui a établi ces fichiers, « s'étendait à toute l'Europe », a-t-il ajouté. M. Berninger a rappelé lundi que Bayer compte coopérer « pleinement » avec les enquêteurs et que les liens avec Fleishman Hillard étaient « suspendus ».

Cette sortie fait suite à l’ouverture par la justice française d’une enquête sur des soupçons de fichage illégal de centaines de personnalités et de médias. Le géant américain Monsanto voulait notamment connaître leur position vis-à-vis du glyphosate et des OGM, et leur propension à être influencés.

À la fin d'avril, Le Monde, dont l’un des journalistes figure dans les fichiers incriminés, a porté plainte pour « collecte de données personnelles par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite ».

Les documents en question datent de 2016, soit avant le rachat par Bayer du géant américain des pesticides et des OGM, finalisé l'an dernier pour 63 milliards de dollars.

Bayer a présenté dimanche ses excuses tout en estimant ne pas voir « pour le moment » d'éléments montrant que les listes établies pour le compte de Monsanto ont enfreint la loi.

Cependant, « cette manière de travailler avec des journalistes, des politiques, mais aussi des activistes est inappropriée », a déclaré M. Berninger, ajoutant qu'une enquête interne était en cours et qu'un cabinet d'avocats sera mandaté pour éclaircir les faits.

En entrevue à France Info, Corinne Lepage, ancienne ministre française de l’Écologie, a affirmé que cette façon de faire est « totalement illégale », entre autres parce le listage comprend des « informations personnelles ». On y trouve notamment le passe-temps de certaines personnes ou leur numéro de téléphone personnel, même si certaines d’entre elles ont demandé à ne pas figurer dans l'annuaire téléphonique.

Cette tentative controversée d’influencer l’opinion n’est pas la première de la part de Monsanto. En février 2019, l’émission Enquête avait relaté que le géant américain était passé par une firme canadienne pour recruter des scientifiques afin de défendre le glyphosate. L'entreprise était ensuite intervenue pour corriger certains éléments de leurs publications.

Le glyphosate est sous la loupe des autorités depuis quelques années. En 2015, ce pesticide avait été déclaré génotoxique et « probablement cancérigène » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence liée à l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Et au Canada?

Au Canada, l’homologation des herbicides à base de glyphosate a été reconduite pour 15 ans en 2017. En comparaison, l’Europe s’est fixé une limite de 5 ans avant de réévaluer le dossier.

Ce fichage de personnalités pourrait-il exister aussi au Canada? Pour l'instant, rien ne le prouve, mais Thibault Rehn, coordonnateur de Vigilance OGM, remarque qu’au Canada l’industrie fait appel à des organismes sans but lucratif pour « éduquer » la population.

Il mentionne notamment le cas du Centre canadien pour l'intégrité des aliments (CCIA). « Le message passe mieux que quand c’est Bayer ou Monsanto qui communique directement avec les citoyens », ironise M. Rehn.

Témoignant au début d'avril devant le comité parlementaire permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire, ce dernier avait dénoncé le fait que ces organismes étaient financés à la fois par l’industrie et le gouvernement, en plus d’avoir la possibilité d’obtenir des numéros d'enregistrement d'organismes de bienfaisance.

« Est-ce que le gouvernement financerait des compagnies de tabac pour nous faire croire que fumer n'est pas dangereux? Alors, pourquoi finance-t-il les fabricants de pesticides qui essaient de nous faire croire que manger quotidiennement des résidus de dizaines de pesticides n’est pas dangereux? », avait lancé M. Rehn.

Invité à commenter cette déclaration, un porte-parole du CCIA, Arnie Strub, a précisé « qu'en tant qu’organisme caritatif sans but lucratif, nous ne défendons aucune position spécifique ni aucun de nos membres. Nous fournissons de la recherche, des ressources, de la formation et de la collaboration afin de renforcer la confiance du public. Nous ne fournissons pas de relations publiques à nos membres ».

Avec les informations de Agence France-Presse

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