•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'Arabie saoudite affirme que deux de ses pétroliers ont été attaqués

Un homme masqué regarde le pétrolier saoudien.
Le pétrolier Al-Marzoqah, photographié lundi au port de Fujaïrah, serait l'un des deux pétroliers saoudiens victimes de sabotage. Aucun dommage n'est toutefois apparent sur cette photo. Photo: Reuters / Satish Kumar Subramani
Radio-Canada

Deux pétroliers saoudiens ont été victimes d'« actes de sabotage » près du détroit d'Ormuz, par où transitent la plupart des exportations de pétrole des pays du golfe Persique, selon ce que rapportent l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

L’affaire survient alors que l’armée américaine a renforcé sa présence dans la région la semaine dernière, sur fond de tensions croissantes avec l’Iran. L'affaire suscite l'inquiétude sur les marchés, où les cours du pétrole sont en hausse lundi.

Selon le ministre saoudien de l'Énergie Khalid Al-Falih, cité par l'agence officielle SPA, les pétroliers saoudiens ont été touchés dimanche vers 6 h, heure locale, « dans la zone économique exclusive des Émirats arabes unis, au large des côtes de l'émirat de Fujaïrah, alors qu'ils étaient sur le point de pénétrer dans le golfe d'Arabie ».

L’un d’eux était en route pour être chargé de pétrole au terminal saoudien de Ras Tanura en vue d'une livraison à des clients américains, a-t-il précisé.

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a par la suite « condamné » cet « acte criminel » qui constitue une « sérieuse menace » à la navigation maritime et a « une incidence néfaste sur la paix et la sécurité régionale et internationale ».

Le ministre saoudien de l'Énergie a indiqué pour sa part que les actions contre les pétroliers saoudiens n'avaient causé ni victime ni marée noire, mais qu'ils avaient provoqué « des dégâts significatifs aux structures des deux navires ».

Dimanche, les Émirats arabes unis, alliés de l’Arabie saoudite, avaient fait état d'« actes de sabotage » contre quatre navires commerciaux à l'est de Fujaïrah, en qualifiant l'événement de « grave ».

Peu d’informations disponibles

Ni Riyad ni Abou Dhabi n’ont désigné de responsable, et ni l’un ni l’autre n’ont précisé la nature des actes de sabotage en question, ce qui contribue à envelopper toute cette affaire d’une aura de mystère.

Les autorités de Fujaïrah, l’un des sept émirats qui forment les Émirats arabes unis, ont pour leur part refusé de donner des détails sur l’affaire à l'Associated Press.

Ils ont aussi empêché des journalistes de l’agence de prendre un bateau pour aller voir les embarcations visées au large.

Sky News Arabia, qui appartient à la famille émiratie régnante, a diffusé des images d’un pétrolier qu’elle a identifié comme étant Al-Marzoqah. Elle n’a toutefois montré qu’un côté du pétrolier, qui ne présentait aucun signe de dommage.

L'Association internationale des armateurs indépendants de pétroliers (Intertanko) dit pour sa part avoir vu des photos montrant « qu’au moins deux bateaux ont des trous sur le côté en raison d’un impact causé par une arme ».

Des sources de Reuters affirment que les pétroliers touchés appartiennent à la compagnie maritime nationale saoudienne Bahri. Il s’agirait du Al-Marzoqah et du Amjad. Bahri n’a fait aucun commentaire.

Le pétrolier saoudien Amjad, vu au large. Le pétrolier saoudien Amjad, photographié lundi près de Fujaïrah, aurait aussi été victime de sabotage. Photo : Getty Images / AFP/KARIM SAHIB

La firme Thome Ship Management a pour sa part affirmé lundi qu’un pétrolier enregistré en Norvège, le MT Andrea Victory, a été « frappé par un objet inconnu sur la ligne de flottaison », créant un trou dans la coque.

L’affaire est d’autant plus mystérieuse que des sites d’informations pro-iraniens et pro-russes avaient préalablement rapporté dimanche une série d'explosions dans le port de Fujaïrah, affirmant qu'au moins sept pétroliers étaient en flammes.

Les Émirats arabes unis avaient démenti la nouvelle, avant de confirmer en début de soirée des « actes de sabotage » contre quatre navires commerciaux.

Washington avait fait état de menaces

L'annonce de ces incidents par deux proches alliés de Washington survient dans un contexte de regain de tension entre les États-Unis et l'Iran après le renforcement des sanctions américaines contre Téhéran, qui menace de suspendre certains de ses engagements nucléaires.

Vendredi, le Pentagone a annoncé l'envoi dans la région d'un navire de guerre transportant des véhicules, notamment amphibies, et d'une batterie de missiles Patriot, s'ajoutant au déploiement d'un porte-avions et de bombardiers B-52.

Dimanche soir, le département d'État a annoncé que le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo se rendrait lundi à Bruxelles pour discuter de « questions urgentes », et notamment de l'Iran, avec des responsables européens.

Il a annulé en conséquence son passage à Moscou, après avoir fait de même ces derniers jours pour des déplacements prévus à Berlin et au Groenland.

Jeudi dernier, la U.S. Maritime Administration, qui relève du secrétariat américain aux Transports, avait publié un avertissement aux compagnies de transport maritime, en montrant du doigt « l’Iran ou des mandataires régionaux ».

Il y a une « possibilité accrue » que ces derniers « attaquent des intérêts américains ou alliés, y compris des infrastructures de production de pétrole », disait-elle, en rappelant que les Iraniens ont récemment menacé de fermer le détroit d’Ormuz.

« L’Iran et ses mandataires pourraient répondre en visant des navires commerciaux, dont des pétroliers, ou des navires de guerre américains dans la mer Rouge, le détroit de Bab el-Mandeb ou le golfe Persique », précisait-elle.

Les sanctions américaines récemment imposées par Washington contre Téhéran visent notamment ses exportations de pétrole, qui constituent une importante source de devise pour la République islamique.

Un homme regarde un navire au port de Fujaïrah, aux Émirats arabes unis. Le port de Fujaïrah est le seul terminal des Émirats arabes unis situé sur la côte de la mer d'Arabie, près du détroit d'Ormuz, par où passent la plupart des exportations de pétrole du Golfe. Photo : Getty Images / AFP/KARIM SAHIB

L’Iran nie tout

Les autorités iraniennes ont cependant jugé « préoccupants » les « actes de sabotage ». Elles ont appelé à une enquête et ont mis en garde contre « l'aventurisme [d'acteurs] étrangers » pour perturber la navigation maritime.

« Ces incidents dans la mer d'Oman sont préoccupants et regrettables », a commenté Abbas Moussavi, porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Téhéran.

L’Iran est à couteaux tirés non seulement avec l’administration Trump, mais aussi avec les principaux alliés de Washington dans la région, soit Israël, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Ces deux derniers pays sunnites sont d’ailleurs engagés dans une guerre sans merci au Yémen, où ils soutiennent le gouvernement reconnu par la communauté internationale contre les rebelles houthis, des chiites réputés avoir le soutien de l’Iran.

Riyad et Téhéran soutiennent aussi des factions rivales en Syrie et au Liban.

Donald Trump a mis en garde l'Iran lundi après-midi. « S'ils font quelque chose, ils vont souffrir énormément », a-t-il déclaré, en marge d'une rencontre avec le premier ministre hongrois Viktor Orban à la Maison-Blanche.

« Nous sommes très inquiets du risque qu'un conflit se produise par accident en raison de l'escalade des tensions », avait déclaré plus tôt le ministre britannique des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, sans faire précisément référence aux actes de sabotage rapportés.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

Industrie pétrolière

International