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La jeunesse doit être « une priorité nationale », disent les patrons de la DPJ

Un jeune garçon assis par terre et recourbé sur lui-même, la tête baissée.
Les directeurs et directrices de la protection de la jeunesse du Québec ont signé une lettre commune dans laquelle ils disent vouloir donner leur entière collaboration à la mise en place des changements que nécessite le réseau. Photo: iStock
Isabelle Maltais

Quatre jours après les funérailles de la fillette décédée à Granby des suites de mauvais traitements, 20 directeurs et directrices de la protection de la jeunesse (DPJ) de toutes les régions signent une lettre dans laquelle ils assurent Québec de leur entière collaboration à la réflexion et à la mise en place des changements dont a besoin le réseau « afin d'éviter qu'un tel drame ne se produise à nouveau ». Le ministre délégué Lionel Carmant affirme être « déjà en action ».

Ils ajoutent que « notre réseau a besoin d'être soutenu différemment » et que la société doit confirmer l’engagement qu’elle a pris de protéger les enfants en donnant aux « instances qu'elle dédie à cette fonction […] les moyens d'agir avec célérité » pour leur permettre d’intervenir pour le mieux.

La maltraitance exige une intervention soutenue, spécialisée et collective, tant en matière de prévention que d'intervention. […] Cette tribune sera une occasion pour nous de réitérer notre invitation à faire de la protection de nos enfants une priorité nationale.

Extrait de la lettre signée par les 20 directeurs et directrices de la protection de la jeunesse du Québec

Interrogée à ce sujet à RDI, la directrice de la protection de la jeunesse de Montréal, Assunta Gallo, avait pourtant fort peu de solutions à proposer pour améliorer le système.

« On sait qu’il y a des examens en cours et des enquêtes en cours. Il faut attendre les résultats, qui vont mettre en lumière les changements et les modifications qui doivent être apportés », a-t-elle affirmé.

Mme Gallo a tout de même souligné que pour bien faire les choses, il serait d’abord nécessaire de pouvoir recruter plus d’employés qualifiés et de les retenir.

« En premier lieu, on a besoin d’employés. Au Québec, on a une pénurie de main-d’œuvre importante pour les travailleurs sociaux, les criminologues, les psychoéducateurs, les éducateurs. C’est vraiment un manque important », a-t-elle soutenu.

Selon elle, il est important que la DPJ puisse « faire valoir » le travail des intervenants sociaux pour réussir à les attirer.

Le « défi » qu'amène cette pénurie de main-d'oeuvre a aussi été souligné par la directrice de la protection de la jeunesse au CISSS de la Montérégie-Est, Josée Morneau, en entrevue un peu plus tard, qui a elle aussi fait remarquer qu'il fallait donner les moyens au réseau de pouvoir garder les employés qu'il réussit à recruter.

« Pour nous, c’est un travail qui est excessivement complexe, et cette complexité-là passe par la nécessité d’un bon encadrement, d’avoir du personnel formé, et surtout de prendre soin de notre nouveau personnel. Ces gens-là sont à apprendre un nouveau métier, on a besoin de bien les soutenir », dit-elle.

« On travaille dans des familles qui sont non volontaires pour la plupart. On est dans des familles aussi où des fois il y a la loi du silence. La vérité dans ces familles-là, elle est parfois difficile à bien saisir. Donc, [cela souligne] toute l’importance que notre personnel soit bien formé », a-t-elle insisté.

Le gouvernement dit déjà travailler à des changements

Ce souhait semble avoir été entendu par le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant. En entrevue lui aussi à Radio-Canada, M. Carmant a affirmé que son ministère « est déjà en action » afin d'améliorer le système.

« On a proposé de consolider les équipes, plus de supervision et de formation aux professionnels qui travaillent dans les équipes de la DPJ », a-t-il fait valoir.

M. Carmant pense qu'il faut qu’il y ait des changements dans le système actuel.

On veut vraiment qu’il y ait un filet de protection qui inclut non seulement la DPJ, mais aussi le système scolaire, le système judiciaire, les organismes communautaires. Il faut qu’on travaille tous ensemble pour améliorer l’avenir de nos enfants les plus vulnérables.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant

Pour Josée Morneau, ce filet de protection, en plus de passer par une meilleure formation des intervenants, doit également être amélioré par des mécanismes de prévention plus soutenus et par des services de première ligne « qui sont forts ».

« Car si on offre aux familles vulnérables des services en amont de la protection de la jeunesse, on risque alors que la situation ne se détériore pas », note-t-elle.

Ces idées devraient être étudiées sous peu, puisque le ministre Carmant confirme qu'il travaille à une proposition de commission parlementaire spéciale composée d'élus et d'experts qui aurait pour mandat de réfléchir à perfectionner le système de protection des enfants québécois.

Cette commission sera attendue avec impatience par les signataires de la lettre, qui ont tenu à « réaffirmer » lundi que « les intervenants et les gestionnaires » de la protection de la jeunesse ont « tous à cœur le bien-être et la protection des enfants ».

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