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« Grande corvée » : Québec contactera directement les travailleurs expérimentés

Les explications de Mathieu Dion
Mathieu Dion

Ce que le gouvernement appelle la « Grande corvée », pour relever les défis de main-d'œuvre au Québec, passe à la vitesse supérieure. Depuis janvier, 220 conseillers du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS) ont contacté près de 7000 entreprises pour connaître leurs besoins. D'ici peu de temps, ces conseillers communiqueront directement avec les travailleurs expérimentés souhaitant faire un retour sur le marché du travail.

Le ministre Jean Boulet espère ainsi travailler sur deux fronts. Son ministère continuera d’entrer en contact avec les entreprises pour les sonder et les rencontrer afin de trouver des solutions spécifiques à leurs problèmes.

« De ces 7000 [entreprises], 40 % nous ont dit : "On a besoin de votre aide" », explique M. Boulet en entrevue à Radio-Canada.

D’une région à l’autre, ces problèmes sont divers : exode des jeunes au Saguenay–Lac-Saint-Jean, emplois hautement qualifiés dans la région de la Capitale-Nationale, productivité en Mauricie, éloignement en Abitibi-Témiscamingue, etc. Des millions de dollars ont été distribués ces derniers mois pour des projets et programmes régionaux ciblés.

Nombre de PME font néanmoins état d’un enjeu commun « étonnant », selon le ministre. « Il y en a un nombre impressionnant qui n’ont pas les structures ni les ressources pour développer leurs ressources humaines et faire du recrutement de façon un peu plus sophistiquée », explique-t-il.

Dix postes difficiles à pourvoir

Laserax, un fabricant de machines de marquage au laser en pleine croissance à Québec, fait partie de ces PME. Passée de 8 à 42 employés en moins de trois ans, la compagnie doit encore pourvoir 10 postes, qu'il s'agisse d'emplois d'ingénieurs en automatisation ou de postes destinés à du personnel en vente.

« L’impact, c’est qu’on a des délais plus longs pour livrer des équipements et qu’on pourrait faire plus de ventes », déplore le cofondateur Alex Fraser.

L’appel du MTESS ne pouvait tomber plus à point. « Des gens d’Emploi Québec, explique-t-il, sont venus nous rencontrer pour nous offrir leurs services. »

Une solution s’offrait à eux : la création d’un poste à temps plein de spécialiste en ressources humaines, dont le salaire sera subventionné à 50 % pendant un an.

On engage un mercenaire qui aura pour mandat d’aller chercher des gens.

Alex Fraser, cofondateur de Laserax

Laserax n’en était pas à faire une telle embauche si rapidement, mais la subvention a précipité le processus. « On se rend compte qu’on n’a pas le choix; c’est trop concurrentiel, le marché. On doit faire les choses différemment », reconnaît M. Fraser.

Le retour des travailleurs expérimentés?

« Moi, M. Boulet, j’aimerais retourner au travail! » Le ministre Boulet prend en exemple cette déclaration d’un citoyen croisé dans un Tim Hortons de Rivière-du-Loup pour détailler le deuxième front sur lequel il entend miser dans les prochains mois.

Bien des travailleurs de 55 à 65 ans « ont une volonté de revenir sur le marché du travail ou de poursuivre leur carrière », ajoute encore le ministre. Nombre d’entre eux auraient exprimé un tel désir à Services Québec et à des organismes de placement.

M. Boulet entend donc « développer des outils plus sophistiqués pour entrer en communication avec ces personnes et vérifier s’il y a de l’intérêt ». Une refonte du site web de Services Québec est en préparation.

Le taux d'emploi des 60 ans et plus est inférieur au Québec par rapport aux autres provinces canadiennes. Par exemple, chez les 60 à 64 ans en 2018, il était de 48,5 % au Québec contre 54,8 % en Ontario. Pour les 65 ans et plus, il était de 10,3 % au Québec versus 13,7 % en Ontario.

Aussi, dans le récent budget provincial, un montant de 892 millions de dollars sur cinq ans est prévu pour le maintien en emploi des travailleurs expérimentés et pour soutenir les entreprises qui les embauchent.

Le ministre Boulet a rappelé lundi matin de quelle manière sera investie cette somme. La part du lion, soit 533,2 millions sur cinq ans, servira notamment à bonifier à partir de cette année le crédit d’impôt pour la prolongation de carrière. L'âge d'admissibilité des travailleurs sera abaissé de 61 à 60 ans et les seuils maximaux de revenus non imposables seront augmentés de plusieurs milliers de dollars. Selon les tranches d'âge, les travailleurs pourront économiser jusqu'à 1650 $ par année.

Le ministre a également évoqué des mesures d'allégement fiscal qui seront proposées aux employeurs qui embauchent des travailleurs expérimentés. Il a aussi promis d'autres annonces au cours des prochains mois.

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) a décrit les mesures en lien avec les travailleurs expérimentés comme « une bouffée d'air frais pour les employeurs ».

« Nous ne pouvons pas nous permettre d'échapper personne et nous devons tout mettre en œuvre pour favoriser l'intégration des bassins de population sous-représentés sur le marché du travail », a indiqué Yves-Thomas Dorval, président-directeur général du CPQ, par communiqué.

L'immigration en question

Tout doit être tenté pour résoudre la pénurie de main-d'œuvre, alors que seulement 20 % des 1,4 million d’emplois à pouvoir pour la période 2017-2026 seront occupés par des travailleurs issus de l’immigration, d’après la récente étude du ministère, intitulée État d’équilibre du marché du travail.

Le gouvernement prétend par ailleurs que la baisse des seuils migratoires n’aura pas d’impact, puisque les futurs nouveaux arrivants seront sélectionnés en fonction des besoins du marché du travail. Sur ce front toutefois, Québec se trouve toujours dans une impasse avec Ottawa.

L'État canadien recommande que non seulement le gouvernement Legault fasse marche arrière sur la question de la réduction des cibles d'immigration, mais qu'il rehausse carrément ses cibles pour accueillir davantage de nouveaux arrivants.

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