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Le PC est-il resté fidèle à ses engagements de 2016?

Brian Pallister, vu de profil, devant un micro dans une salle sombre. En arrière-plan derrière lui, on voit un écran géant qui projette son image.

Brian Pallister, chef du Parti progressiste-conservateur du Manitoba

Photo : Radio-Canada / Jeff Stapleton

Camille Gris Roy

Dans leur plateforme électorale en 2016, les progressistes-conservateurs (PC) s'engageaient à « faire du Manitoba la province qui s'améliore le plus ». Cette expression est revenue régulièrement dans le discours du parti depuis son élection, mais reste difficile à évaluer dans les faits. Sur quels critères se base-t-on pour en juger? Sur des points plus concrets toutefois – baisser les taxes ou réduire le déficit – le parti est certainement resté fidèle à son programme.

Le politologue Christopher Adams, recteur du Collège St. Paul’s de l’Université du Manitoba, reconnaît que l’affirmation de « province qui s’améliore le plus » est libre à interprétation.

Si un membre de votre famille a une dépendance à la méthamphétamine, vous allez sans doute dire que la province ne s’est pas améliorée. Si vous parlez au chef de police de Winnipeg, il vous dira quelque chose de différent. Ça dépend.

Notre dossier sur les élections provinciales 2019 au Manitoba

Je dirais que du point de vue économique, les choses vont assez bien, et ça allait assez bien avant également. Le climat n’a pas changé radicalement en bien ou en mal.

Les propositions concrètes de la dernière plateforme du parti sont cependant plus faciles à évaluer. Dans l’ensemble, Christopher Adams souligne que le PC a rempli ses promesses clés et que Brian Pallister est resté fidèle à ses orientations. S’il y a eu des surprises, note-t-il, elles sont davantage en rapport avec certaines mesures prises par le gouvernement une fois élu, et qui ne figuraient pas à son programme politique.

Un homme à lunettes, en veston-cravate, à l'extérieur un jour d'été.

Le politologue Christopher Adams est recteur du Collège St. Paul's à l'Université du Manitoba.

Photo : Radio-Canada

Je pense que les gens qui ont élu Brian Pallister savaient quel genre de politicien il est : “petit gouvernement, impôts bas, tough on crime”. Et c’est ce qu’il est depuis le début des années 90 – il a servi sous le gouvernement Filmon et au fédéral. Donc les électeurs savaient quel genre de grandes priorités il aurait pour la province.

Mais je dirais qu’il y a eu des enjeux qui ont surgi depuis cette élection, et qui n’avaient pas grand-chose à voir avec les promesses [de campagne].

Christopher Adams, analyste politique

Il donne en exemple la fermeture de trois salles d’urgence pour les convertir en centres de soins d’urgences mineures.

Également, la rancoeur entre les syndicats et le premier ministre, la relation entre Brian Pallister et le premier ministre Justin Trudeau : on n’avait pas réalisé qu’il y aurait ces conflits – notamment à propos de la taxe carbone. Aussi, les discussions entre les bureaux du maire de Winnipeg et du premier ministre qui n’ont pas été très bonnes, ç’a été une surprise pour beaucoup d’électeurs.

Deux hommes dans un bureau, devant une table sur laquelle sont posés des micros.

Brian Pallister et Brian Bowman, le maire de Winnipeg, lors d'une rencontre à l'Assemblée législative l'année dernière.

Photo : Radio-Canada / Bartley Kives

Et enfin, l’affaire des compensations de terres annulées pour la Fédération des Métis du Manitoba (MMF) : pendant la dernière élection, il n’y avait pas eu de [signe] qu’une chose de la sorte se produirait.

Brian Pallister avait aussi promis de « protéger les services de première ligne » et cet élément est contesté par les partis d’opposition et divers groupes.

C’est un sujet de débat en santé, en particulier pour ce qui est des infirmières et de compressions de ce côté : Wab Kinew parle beaucoup de ce sujet, observe le professeur Adams. Mais je dirais que si on pense à d’autres services de première ligne, si on regarde du côté du Bureau de l’état civil, différentes ailes du gouvernement comme Apprentissage Manitoba, le secteur postsecondaire, je ne pense pas qu’il y a des compressions perceptibles, conclut-il.


Retour sur plusieurs promesses de 2016

Impôts

  • Réduire la taxe de vente provinciale (TVP) d'un point de pourcentage : c’était le grand cheval de bataille de Brian Pallister pendant la campagne précédente. L’occasion de jouer sur la corde de la trahison, puisque l'ex-premier ministre néo-démocrate Greg Selinger avait surpris les Manitobains en décidant d'augmenter de 7 % à 8 % la TVP, sans passer par un référendum. Brian Pallister avait promis le retour au 7 % « dans un premier mandat ». La mesure a finalement été annoncée dans le budget 2019, et mise en oeuvre le 1er juillet. Une décision jugée irresponsable par l’opposition notamment, mais applaudie par la Fédération canadienne des contribuables.
Une affiche du gouvernement faisant la promotion de la baisse de la TVP.

Le PC a mis l'accent sur la réduction la TVP à 7%.

Photo : Radio-Canada / John Einarson

  • Le gouvernement a aussi, comme promis, indexé les tranches d’imposition au taux de l’inflation et augmenté le montant personnel de base des Manitobains.

Santé

  • Réduire les frais d'ambulance : les progressistes-conservateurs avaient promis de baisser les frais ambulanciers de moitié progressivement, dès leur première année de mandat. L’objectif : atteindre une baisse de 50 %, de 500 $ à 250 $ maximum. Cette mesure a été atteinte au printemps 2019.
  • Brian Pallister voulait aussi réduire les temps d’attente pour obtenir des soins de santé dans la province. Comme promis, il a créé un groupe travail sur la réduction des délais d’attente. Mais à l’urgence, les temps continuent de fluctuer et les problèmes demeurent, comme en témoignent des événements récents. Selon un rapport de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) paru en novembre dernier, si les temps d'attente dans les hôpitaux de Winnipeg s'étaient améliorés, ils demeuraient en retard par rapport à la plupart des hôpitaux canadiens. Et il y a encore du chemin à faire pour certains types d'interventions au Manitoba.
Photo d'archives du chef progressiste-conservateur Brian Pallister en 2016, entouré de candidats de son parti, devant un podium bleu qui dit, en anglais : « Réduire les frais d'ambulance, un meilleur plan pour un meilleur Manitoba ».

Lors de la campagne de 2016, Brian Pallister avait promis de réduire de moitié les frais d'ambulance dans la province : une promesse depuis accomplie.

Photo : Radio-Canada / Camille Gris Roy

  • 1200 lits supplémentaires en foyers de soins personnels : le gouvernement sortant a fait des annonces à ce sujet, notamment à Steinbach et Carman où il s'engageait à ajouter quelque 250 lits dans le futur. Le PC reste loin du compte mais maintient son engagement à atteindre cet objectif d’ici 2025.
  • Unité dédiée aux AVC : cette future unité a été annoncée à la veille d'une période de silence préélectoral volontaire du gouvernement.
  • Stratégie en matière de santé mentale et de lutte contre les dépendances : le gouvernement a commandé un rapport à la firme Virgo, dévoilé en mai 2018. Des militants ont récemment dénoncé la lenteur avec laquelle le gouvernement provincial applique les recommandations.

Développement économique

Le gouvernement l’avait promis, il l’a fait :


Moins de bureaucratie, plus d'efficacité


Climat, environnement et énergie

  • Le gouvernement avait comme priorité la construction d'infrastructures contre les inondations, en commençant par l'aménagement d’un canal pour le lac Manitoba. Le projet de canaux de déversement des lacs Manitoba et Saint-Martin, attendu depuis longtemps, a finalement été confirmé par la province et le fédéral en juin 2018. Mais les travaux sont loin d’être commencés.
  • Le PC promettait aussi la création d’une nouvelle entité indépendante pour gérer les programmes d’efficacité énergétique et réaliser des économies annuelles au chapitre de la consommation d'énergie : cette entité a vu le jour sous le nom de Société pour l'efficacité énergétique (Nouvelle fenêtre) au Manitoba.
À gauche : la ministre manitobaine du Développement durable, Rochelle Squires; à droite : le premier ministre du Manitoba Brian Pallister, tous deux derrière un podium lors d'une conférence de presse au marais Oak Hammock.

Le plan de la province sur les changements climatiques, dévoilé en 2017 par la ministre du Développement durable, Rochelle Squires, et le premier ministre Brian Pallister, comprenait alors une tarification du carbone qui a depuis été abandonnée.

Photo : Radio-Canada / Camille Gris Roy

  • Sur le plan environnemental, le PC écrivait dans son programme en 2016 que « l’un des problèmes les plus difficiles de notre époque, ce sont les changements climatiques ». Il avait promis d’élaborer une « approche manitobaine », ou « Made in Manitoba » sur le climat, incluant « un prix sur le carbone ». Ce plan a effectivement été présenté à l’automne 2017, avec une taxe carbone, mais le gouvernement a par la suite retiré cette mesure spécifique pour témoigner de son opposition à Ottawa.

Éducation

  • Sur le plan de l'éducation, plusieurs promesses sont « en cours » ou n'ont pas encore été réalisées. Par exemple, le parti proposait de développer un programme de lecture « Read to Succeed », et d'établir des « laboratoires de lecture » à l'échelle de la province avec éducateurs formés et ressources adéquates. Pour faire avancer ces dossiers, le PC mise surtout sur les recommandations à venir d'une grande commission de révision du système d'éducation dans la province, dont les travaux ont commencé cette année et dont le rapport est attendu pour février 2020.

Des changements aux lois du travail

  • Le PC avait promis de changer la législation du droit du travail afin de permettre la tenue d'un scrutin secret avant qu'un syndicat puisse être accrédité comme agent négociateur d'un groupe d'employés. Le gouvernement a adopté un projet de loi à ce sujet.
  • Le parti voulait aussi mettre fin à ce qu'il appelle la « syndicalisation obligatoire » pour les grands projets publics de construction, en interdisant les appels d'offres qui prévoient que le soumissionnaire choisi emploie obligatoirement des employés syndiqués. Un projet de loi a été déposé en ce sens l'automne dernier.

Municipalités

  • Comme promis, la province a établi en 2017 un « modèle axé sur le financement commun », appelé « basket funding ».
  • La Ville de Winnipeg dit toutefois être dans l'incertitude par rapport au financement de la province pour certains de ses projets, notamment en infrastructures.

Élections à date fixe

  • Le PC promettait par ailleurs « d’établir une période électorale fixe, comme le recommande Élections Manitoba, afin de connaître la date de début des élections, tout en respectant les exigences actuelles pour les élections ». Le gouvernement sortant a finalement déclenché une élection plus d'un an avant la date prévue du 6 octobre 2020.

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