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Hospitalisée contre son gré, elle se fait agresser sexuellement

Façade de l’Hôpital Notre-Dame de Montréal, rue Sherbrooke.
L'Hôpital Notre-Dame fait partie du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Il offre des soins de santé et des services sociaux. Photo: Radio-Canada / Ivanoh Demers
Éric Plouffe

En février 2018, une femme hospitalisée de force à l'urgence psychiatrique de l'Hôpital Notre-Dame à Montréal a été agressée sexuellement par un autre patient. L'agresseur, un demandeur d'asile, a été condamné à la prison en mars dernier. Des documents obtenus par Radio-Canada montrent qu'il avait été arrêté aux États-Unis pour une histoire d'agression quelques mois avant de traverser la frontière au début de l'année 2018. Ces informations soulèvent des questions sur les contrôles de sécurité à la frontière.

La patiente, que la loi nous empêche d'identifier, a dû être hospitalisée contre son gré en février 2018 en raison de problèmes de santé mentale et du risque, selon les médecins, qu'elle ne décide de mettre fin à ses jours. Quelques jours après son arrivée à l'urgence psychiatrique de l'Hôpital Notre-Dame, elle croise un patient, Owolabi Adejojo, qu'elle ne connaît pas et qui se révélera être son agresseur.

Lui non plus, il ne connaît pas la femme. Il est arrivé au Canada environ un mois plus tôt en provenance des États-Unis en tant que demandeur d'asile. On ne sait toujours pas comment et pourquoi il s'est par la suite retrouvé à l'hôpital.

Agressée à la cafétéria

Selon ce qu'on peut lire dans un jugement de la Cour du Québec, Owolabi Adejojo a profité de la vulnérabilité de la patiente pour l'agresser sexuellement à trois reprises dans une cafétéria de l'urgence psychiatrique. L'homme de 40 ans a été arrêté et accusé d'agression sexuelle. Au terme d'un procès dans lequel Adejojo n'a pas témoigné, le juge Dennis Galiatsatos a écrit au sujet de la victime que « son état de vulnérabilité était manifeste ».

Owolabi Adejojo regarde la caméra de la police de Baltimore.Owolabi Adejojo, un demandeur d'asile en provenance des États-Unis, a été reconnu coupable en mars dernier d'avoir agressé sexuellement une patiente d'un hôpital montréalais. Photo : Police du comté de Baltimore

Owolabi Adejojo a été reconnu coupable. Dans son jugement sur la sentence, le juge Galiatsatos énumère une série de facteurs aggravants comme l'extrême vulnérabilité de la victime. Il ne note aucun facteur atténuant. « Il n'a exprimé aucun remords ou empathie », écrit le juge à propos de l'accusé.

Le crime de l'accusé s'inscrit au sommet de l'échelle de la répugnance.

Juge Galiatsatos

Arrêté aux États-Unis

Le juge qualifie de « très inhabituel » et à la limite « troublant » le peu d'informations que l'avocat de la Défense a pu lui remettre à propos de l'accusé, tout comme les raisons de sa présence à l'hôpital. Le juge écrit que tout ce que l'on sait au sujet de l'accusé, c'est qu'il est né au Nigeria et qu'il s'est rendu aux États-Unis, où il a vécu avec sa femme et ses trois enfants pendant trois ans.

En janvier 2018, il les aurait laissés derrière lui pour se rendre au Canada, où il n'a aucune famille ni aucun lien particulier avec le pays ou la grande région de Montréal.

Nos recherches nous ont permis de mettre la main sur des documents judiciaires américains qui montrent qu'Owolabi Adejojo a été arrêté en août 2017 par la police du comté de Baltimore dans l'État du Maryland, soit quelques mois précédant sa venue au Canada.

Dans un rapport de police que nous avons obtenu, on lit qu'il s'est violemment disputé avec deux hommes qui l'hébergeaient temporairement dans un logement de la ville d'Owings Mills dans la soirée du 10 août 2017. Les policiers qui ont été appelés à intervenir à la suite de l'appel d'un des deux hommes ont écrit qu'Adejojo aurait brisé une bouteille de bière pour ensuite poursuivre une des victimes avec un tesson de verre à la main. Dans l'altercation, seul Adejojo s'est blessé en se lacérant une jambe.

Adejojo a fait face à des accusations, dont celle d'agression (assault in the second degree). Mais il n'y a pas eu de suite aux accusations.

Dans le système judiciaire de l'État du Maryland, les procureurs peuvent à leur discrétion appliquer une mesure qui leur permet de suspendre des accusations pendant un an dans un dossier. Ce dossier peut être rouvert à tout moment. Pendant cette période, l'accusé ne se retrouve en quelque sorte ni innocenté ni coupable. Le dossier est actuellement clos.

Nous avons aussi consulté un autre document judiciaire qui montre que l'homme a été obligé de se soumettre à une ordonnance de garder la paix en décembre 2017, toujours dans l'État du Maryland. Cette ordonnance était en vigueur jusqu'en juin dernier. Il n'a pas été possible de savoir dans quel contexte il a dû s'abstenir « de contacts, d'entrer dans une résidence et de se tenir loin d'un lieu d'emploi ». Les derniers mois d'Adejojo aux États-Unis ont aussi été marqués par différentes infractions à la sécurité routière notamment pour conduite dangereuse.

Filtre à la frontière?

À la lumière de ces faits, comment Owolabi Adejojo a-t-il pu traverser la frontière sans être inquiété? La Gendarmerie royale du Canada (GRC) refuse de dire si c'est elle qui a traité son dossier à son entrée s'il s'avère qu'il a franchi la frontière de façon illégale. Une porte-parole de la GRC, Geneviève Byrne, a fait savoir que « des vérifications sont effectuées dans diverses banques de données. Nous n'avons pas le pouvoir, basé sur ses antécédents, de retourner cette personne vers les États-Unis sauf si, par exemple, la personne avait un mandat d'arrestation dans ce pays ».

L'Agence des services frontaliers du Canada refuse également de dire si elle a traité le dossier d'Owolabi Adejojo. L'organisme fédéral s'en est tenu à des déclarations générales. « Un individu qui n'est pas citoyen canadien et qui a commis ou a été déclaré coupable d'une infraction à l'extérieur du Canada qui constituerait une infraction à une loi fédérale canadienne est interdit de territoire et conséquemment pourrait être visé d'une mesure de renvoi », nous a notamment écrit dans un courriel sa porte-parole Judith Gadbois-St-Cyr.

Un détenu turbulent

Depuis qu'il est en prison au Québec, Owolabi Adejojo a été accusé et reconnu coupable de voies de fait contre un agent correctionnel. « Il a craché au visage d'un agent correctionnel lors d'une dispute concernant un matelas », écrit le juge Galiatsatos. Le tribunal lui a infligé une peine de 30 jours en février dernier. On peut lire dans ce dossier que la présence du détenu devant le tribunal « nécessite une équipe spéciale de détention ». Il doit revenir prochainement devant la Cour pour une accusation de la même nature dans un autre dossier et qui est liée à des événements survenus en mars dernier.

Des sources nous ont également indiqué que le détenu aurait menacé d'autres agents correctionnels depuis le début de son incarcération et qu'il aurait été sanctionné à propos d'un feu dans sa cellule.

Joint au téléphone, l'avocat de l'accusé, Xavier Pringle, n'a pas voulu répondre à nos questions.

Sécurité à l'hôpital

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal (CCSMTL), qui est responsable de l'Hôpital Notre-Dame, n'a pas voulu dire dans quel contexte Owolabi Adejojo s'est retrouvé à l'urgence psychiatrique. « Pour des raisons de confidentialité, nous ne pouvons divulguer d'informations sur le dossier médical des usagers impliqués », a expliqué son porte-parole Justin Meloche.

« Le CCSMTL prend très au sérieux l'événement dramatique survenu à l'urgence psychiatrique de l'Hôpital Notre-Dame en février 2018. Nous tenons néanmoins à rappeler qu'il s'agit d'un cas isolé à caractère hautement imprévisible, qui s'est produit dans un contexte particulier. »

Le CCSMTL assure que des mesures de sécurité ont été mises en place pour éviter la répétition d'un tel drame. Cette histoire rappelle celle du meurtre de deux patients de l'aile psychiatrique de ce même hôpital en 2012.

Adejojo a été condamné à 52 mois de prison le 22 mars dernier. En soustrayant la détention préventive, il lui reste une trentaine de mois à purger. Il risque ensuite d'être expulsé du pays. Le juge estime qu'il est « clair pour la Cour que l'accusé a besoin d'être isolé de la société ».

Crime sexuel

Justice et faits divers