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Accusé d'actes de pédophilie, il est remis en liberté par la cour

Une balance est posé sur la table d'une salle de conférence.
Le Directeur des poursuites criminelles et pénales s'est empressé d'en appeler de la décision de remettre l'homme en liberté. Photo: iStock
Isabelle Richer

Un camionneur de Montréal de 56 ans, accusé d'avoir agressé à répétition une jeune fille de 12 ans et d'avoir produit des vidéos de ses agressions, a pu reprendre sa liberté malgré la vive opposition du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

La poursuite est à ce point outrée de cette décision qu'elle a déposé une requête pour en obtenir la révision. Le tout sera plaidé plus tard ce mois-ci.

L'accusé s'est marié en 2013 à Cuba avec une résidente de l'endroit, mère d'une fille mineure. Il est allé plusieurs fois à Cuba au fil des ans et il envisageait de parrainer sa femme pour qu'elle puisse venir vivre au Québec.

Mais ses projets ont pris fin le 11 avril, lorsque la division des enquêtes sur la cybercriminalité du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a arrêté l'homme après avoir trouvé, sur des fichiers de partage, une douzaine de vidéos d'agressions de la fillette mettant en scène celui-ci et son épouse cubaine.

Lors de l'étude de son ordinateur, les enquêteurs ont découvert des centaines d'autres photos et vidéos de pornographie juvénile.

L'accusé admet qu'il a besoin d'aide

Deux semaines après son arrestation, le camionneur s'est adressé à la cour pour obtenir sa remise en liberté.

Il a affirmé avoir beaucoup réfléchi en détention et a reconnu qu'il pourrait avoir besoin d'aide.

En réponse aux questions de la procureure de la poursuite, l'accusé a expliqué qu'il regrettait ce qui s'était passé, mais a soutenu que le contexte à Cuba était bien différent d'ici.

Me Louise Blais l'a invité à s'expliquer.

À Cuba, t'es en vacances, l'atmosphère, les gens, les moeurs, c'est pas pareil. Ici, c'est le travail. Là-bas, avec l'alcool, la musique...

Réponse de l'accusé

Me Blais lui a fait remarquer que son ordinateur, celui qui contenait des centaines de photos de pornographie juvénile, se trouvait ici, au Québec. « Je ne sais pas quoi répondre », a laissé tomber l'accusé.

Risque de fuite et de récidive

La procureure a fait valoir que l'accusé n'avait plus d'adresse fixe, puisque son ancien propriétaire et les autres locataires ne voulaient plus le voir dans l'immeuble.

De plus, comme la probabilité de condamnation est très forte, et comme il encourt une longue peine d'incarcération, l'avocate a réclamé qu'il demeure détenu, puisque les accusations d'agression sexuelle sur une mineure alors que l'accusé est en situation d'autorité sont très graves.

L'avocat de la défense, Me Rodolphe Bourgeois, a soutenu de son côté que si son client était bien encadré, qu'on lui interdisait de quitter le Québec et qu'on l'empêchait d'accéder à Internet, le risque de récidive était anéanti.

Remise en liberté

Le juge de la Cour du Québec Denis Mondor a pris soin de rappeler que la remise en liberté est la règle, et que la détention est plutôt l'exception.

Il a soupesé l'explication de l'accusé voulant que lorsqu'il se trouve à Cuba, ses standards puissent être différents. Le tribunal a ajouté que cette justification était assez douteuse, mais qu'il aurait le loisir de préparer sa défense.

Le juge Mondor en a profité pour rappeler le principe cardinal de la présomption d'innocence, mais, du même souffle, il a précisé que la preuve lui apparaissait assez bien fondée.

C'est en tenant compte de ces grands principes du droit que le juge Mondor a accepté de remettre l'accusé en liberté le 26 avril dernier, en lui imposant une foule de conditions, notamment celle d'obtenir un suivi en psychologie.

Le DPCP s'est empressé de porter cette décision en appel.

Le débat reste à faire, mais, entre-temps, le Montréalais n'aura pas le droit d'entrer en contact avec sa femme cubaine et sa fille, la victime présumée dans cette affaire.

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