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Le ministre Roberge met English-Montréal au pas

La CSEM est au courant depuis fort longtemps qu'elle devra transférer des écoles à la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île.

Photo : Radio-Canada

Julien McEvoy

Le ministre de l'Éducation du Québec a fait savoir son mécontentement, vendredi, dans le dossier du transfert d'écoles entre la Commission scolaire English-Montréal (CSEM) et la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île (CSPI). Il en a contre la CSEM, qu'il accuse d'avoir révélé aux médias la teneur de leurs discussions et à qui il donne 30 jours pour aller de l'avant avec ce transfert.

« Je déplore sévèrement et avec beaucoup de tristesse que la CSEM ait décidé de rendre publique hier dans les médias la lettre que je leur ai fait parvenir », a-t-il déclaré en point de presse, vendredi matin, depuis ses bureaux montréalais.

Jeudi, certains médias ont mis la main sur une lettre de Jean-François Roberge adressée à Angela Mancini, présidente de cette commission scolaire anglophone, dans laquelle il expose un scénario possible, soit le transfert des écoles primaires Général Vanier et Gerald McShane ainsi que de l’école secondaire John Paul I Junior.

À la CSPI, « la situation est telle, que près de 3000 élèves n’ont actuellement pas de classe pour la prochaine année », peut-on lire dans la lettre.

Le ministre poursuit en sollicitant les observations de Mme Mancini à propos, notamment, de la présence d’élèves dans sa commission scolaire ayant des besoins particuliers, de considérations relatives à la fratrie et sur les enjeux relatifs au transfert d’élèves du primaire vers les écoles secondaires.

Il invoque surtout l’article 477.1.1 de la Loi sur l’instruction publique, qui permettrait au gouvernement d’ordonner le transfert.

« Tout ça est conditionnel à ce que, évidemment, dans les 30 prochains jours, une entente ne survienne pas », a dit le ministre Roberge, vendredi.

Dans sa lettre, il donne à Angela Mancini jusqu’au 10 juin pour répondre, sans quoi, comprend-on, il ordonnera le transfert. « Nous comptons sur vous pour informer rapidement les parents ainsi que le personnel scolaire concernés », ajoute-t-il.

Or, déplore-t-il, avec la diffusion de l'information dans certains médias, l'inverse se produit : les parents ont appris par l’entremise des médias que leurs enfants pourraient être transférés, et ce, dès septembre.

« Pour moi, c’est une question de respect, je ne voulais pas que les parents, les membres de la communauté, les enseignants apprennent ce scénario dans les médias. Je pense que ça aurait dû être fait par ceux qui prétendent être un gouvernement de proximité. Visiblement, ce n’est pas ce qui a été fait », a dit le ministre, vendredi matin.

Une saga qui perdure

Voilà de nombreuses années déjà que les deux commissions scolaires concernées sont en discussion au sujet d’un éventuel transfert d’écoles de la CSEM vers la CSPI.

« C’est ça le problème, d’ailleurs, a indiqué le ministre, vendredi. Elles ne font que discuter, ça n’avance pas. »

Son cabinet a parrainé une série de négociations au cours des derniers mois, a-t-il encore indiqué, afin de les aider à conclure une entente. Le ministre lui-même a aussi présidé deux conférences téléphoniques entre les dirigeants des deux commissions scolaires.

« Je leur ai demandé de trouver une solution en protégeant notamment les adultes handicapés qui fréquentent l’école Galiléo. Malheureusement, on a eu une fin de non-recevoir de la part de la CSEM pour protéger les adultes vulnérables de Galiléo », a fait savoir le ministre, vendredi.

Les locaux du Centre d'éducation des adultes Galiléo, qui accueille des adultes handicapés, avaient en effet été proposés par la CSEM à la CSPI. Mais le ministre Roberge s’y était tout de suite opposé, afin de protéger cette clientèle vulnérable.

Personne ne remet en question les besoins de la CSPI dans ce dossier, même que le ministre Roberge a indiqué, vendredi, avoir l’appui de trois députés libéraux de l’île de Montréal, dont Marwah Rizqy.

« Le fait que le Parti libéral nous appuie dans notre intention de protéger les enfants à besoins particuliers de l’école Galileo est un symbole important », a-t-il dit.

Qu'en pensent les deux commissions scolaires?

En point de presse, vendredi midi, la présidente de la CSEM a expliqué qu’elle a voulu communiquer la directive du ministre avec la communauté, « mais malheureusement, même avant que je puisse parler aux communications de la commission scolaire, les médias nous avaient appelés et avaient la lettre dans leurs mains ».

Elle a aussi dit plusieurs fois qu’elle a bon espoir que les parents lui proposent des solutions, lundi à 19 h, lors d’une séance extraordinaire du conseil des commissaires. « Je suis très confiante que les parents de notre commission scolaire vont nous aider à trouver des solutions », a dit Angela Mancini.

Nous sommes très ouverts à aider la CSPI, nous reconnaissons qu’il y a un besoin. Nous souhaitons par contre que le ministre nous donne la chance d’avoir une discussion avec notre communauté pour pouvoir lui apporter des solutions autres que de prendre trois de nos écoles pour les transférer à la CSPI.

Angela Mancini, présidente de la CSEM

La présidente de la CSEM a rappelé que, malgré sa lettre, le ministre a laissé la porte ouverte à des façons de procéder autres que de transférer trois écoles.

Pour l’instant, Mme Mancini dit privilégier l’option de partager des écoles avec la CSPI, plutôt que de les lui céder. Jamais, toutefois, au cours de toutes ces années de négociations, les deux commissions scolaires ne se sont entendues sur une telle mesure, malgré de nombreuses discussions à ce sujet.

À la CSPI, qui a dû accueillir 3500 nouveaux élèves au cours des 18 derniers mois, on se réjouit de voir les choses enfin bouger.

« Au total, c’était plus de 150 locaux de classe qui nous manquaient pour accueillir toute la clientèle qui va se présenter à la rentrée, en septembre », a répété son président, Miville Boudreault, sur les ondes d’ICI RDI, vendredi matin.

« On a mis un plan en action, on a fait des demandes d’agrandissement d’écoles auprès du ministère de l’Éducation, mais comme on le sait, ces demandes de construction demandent un certain délai, et c’est le temps qui nous manquait. Le gouvernement, par cette décision-là, pallie à ce manque de temps et nous donne une bulle d’oxygène qui va nous permettre de répondre aux besoins des élèves dès la prochaine rentrée », a-t-il ajouté.

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