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Le parti de Mandela recule, mais reste majoritaire à l'Assemblée nationale sud-africaine

Cyril Ramaphosa, vêtu en jaune, lève les bras au ciel.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, saluant la foule lors du dernier rassemblement électoral de son parti, le 5 mai, à Johannesburg.

Photo : Getty Images / GIANLUIGI GUERCIA

Agence France-Presse

Le Congrès national africain (ANC) a largement remporté les élections législatives en Afrique du Sud, malgré un résultat en baisse qui va compliquer la tâche du président Cyril Ramaphosa pour relancer l'économie et lutter contre la corruption.

Sur la foi du dépouillement de plus de 95 % des 23 000 bureaux de vote du pays, l'ANC a rallié plus de 9,1 millions d'électeurs, soit 57,7 % des suffrages, et mathématiquement renouvelé sa majorité absolue à l'Assemblée nationale.

En recul de près de cinq points par rapport au scrutin de 2014, ce résultat est le plus mauvais jamais réalisé par le parti historique de Nelson Mandela en 25 ans de pouvoir.

Élu par les députés, M. Ramaphosa devrait être investi pour un nouveau mandat de chef de l'État dès le 25 mai.

Assuré de la victoire depuis la publication des premiers résultats partiels, l'ANC s'est gardé de tout triomphalisme.

Nous avons gagné largement [...], il est clair que nous allons gouverner sans besoin d'une coalition. On aurait pu s'attendre à mieux. Pour nous c'est une piqûre de rappel qui nous impose de faire de notre mieux.

Dakota Legoete, porte-parole de l'ANC

« Une victoire avec 57 % prive l'ANC de la marge de sécurité de 62 % qu'il détenait depuis 2014 », a noté l'analyste Daniel Silke, « s'il n'améliore pas la gouvernance et sa politique, même le président de la "Nouvelle Aube" Cyril Ramaphosa aura du mal à tenir ses promesses ».

Des responsables électoraux manipulent des bulletins de votes autour d'une table.

Des agents électoraux procèdent au dépouillement des votes dans une école de Johannesburg.

Photo : La Presse canadienne / AP/Jerome Delay

Le principal parti d'opposition recule aussi

Derrière la formation du président, l'Alliance démocratique (DA), principal parti d'opposition, pointait en deuxième position avec un score décevant de 20,6 % des voix, en nette baisse par rapport à celui de 2014 (22,2 %).

Nous n'avons pas réussi cette fois-ci. Mais croyez-moi, que ce soit en 2021 [aux municipales] ou 2024 [aux législatives], nous prouverons à ce pays que nous pouvons réunir tous les Sud-Africains [...] et apporter le changement à cette nation.

Mmusi Maimane, chef de l'Alliance démocratique

Sur la troisième marche du podium, les Combattants pour la liberté économique (EFF, gauche radicale) de Julius Malema enregistraient une forte progression, juste au-dessus de la barre des 10 % (10,5 %). En 2014, ils avaient totalisé 6,35 %.

« Nous ne sommes pas totalement satisfaits, car nous espérions plus, mais nous ne sommes qu'un petit parti », a commenté à l'AFP un des responsables du parti, Dali Mpofu, persuadé de disposer encore d'une grande marge de progression.

« Aucun parti ne disposera d'une majorité absolue aux prochaines élections (législatives en 2024), a-t-il déjà pronostiqué, nous entrons dans l'ère des coalitions ».

Vainqueur de tous les scrutins post-apartheid, l'ANC a vu sa popularité plonger sous le règne émaillé de scandales de l'ancien président Jacob Zuma (2009-2018).

Aux élections locales de 2016, l'ANC avait enregistré le pire score de son histoire, avec 54 % des voix au niveau national.

Malgré sa popularité, Cyril Ramaphosa n'a pu que limiter la casse.

Des maisons petites et rudimentaires pressées les unes contre les autres, des déchets sur le sol.

Le bidonville d'Alexandra, à Johannesburg, en Afrique du Sud

Photo : Radio-Canada / Sylvain Desjardins

Lutter contre la corruption, le chômage et les inégalités

Depuis qu'il a poussé le président Jacob Zuma à la retraite début 2018, il a promis de « réparer » les « erreurs » de son parti, d'éradiquer la corruption et de relancer l'économie. Mais un an plus tard, l'ancien syndicaliste reconverti en homme d'affaires à succès a tardé à concrétiser ses promesses.

Tout au long de sa campagne électorale, il a été confronté à l'impatience et la colère d'une part croissante de la population face à la corruption, au chômage de masse (27 %) et aux inégalités criantes qui persistent, un quart de siècle après la chute du régime de l'apartheid et l'avènement de la démocratie.

« Nous leur avons donné vingt-cinq ans [de pouvoir], mais les pauvres sont toujours plus pauvres et les riches encore plus riches », a résumé en votant mercredi Anmareth Preece, une institutrice de 28 ans, électrice à Coligny (nord-ouest).

L'opposition n'a pas non plus épargné l'ANC, dénonçant un parti « pourri jusqu'à la moelle » et appelant au « changement ».

Avec cette performance électorale médiocre, la plupart des observateurs prédisent à Cyril Ramaphosa des difficultés à faire accepter ses projets de réformes au clan de l'ex-président Zuma, qui dispose toujours de forts soutiens au sein de l'ANC.

Son secrétaire général Ace Magashule, un soutien de M. Zuma, a écarté l'idée vendredi que l'image modérée et pragmatique du chef de l'État avait évité une déroute à l'ANC. « Les gens ont élu l'ANC, ils n'ont pas élu une personne », a-t-il répondu à la presse.

La composition du prochain gouvernement devrait révéler la marge de manoeuvre politique dont dispose M. Ramaphosa.

« On attend du président qu'il s'affranchisse de son parti pour former une équipe ministérielle [débarrassée] des "pommes pourries" qui ont mal géré l'économie et sont impliquées dans la corruption », a indiqué à l'AFP Lumkile Mondi, de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg.

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