•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

Destituer Donald Trump ou non? Un dilemme pour les démocrates

La tête du président américain Donal Trump avec, en fond de toile, un tableau de l'ancien président Teddy Roosevelt.
Le président américain Donald Trump répondant aux questions des journalistes à la Maison-Blanche, à Washington. Photo: Reuters / Jonathan Ernst
Christian Latreille

La question est encore sur toutes les lèvres à Washington. Et ce, même si le rapport Mueller n'a pas fourni la preuve irréfutable du complot avec les Russes ou de l'entrave à la justice. L'idée de destituer le 45e président des États-Unis divise le pays, et encore plus les démocrates.

Les derniers sondages laissent entrevoir la côte abrupte que ces derniers doivent remonter pour convaincre l’opinion publique. 56 % des Américains s’opposent à une procédure de destitution contre Donald Trump tandis que seulement 37 % y sont favorables, selon une consultation menée par le Washington Post et ABC News. Les démocrates ont le vent en pleine face.

Ce sondage réalisé après la publication de l’enquête du procureur spécial indique aussi que 6 démocrates sur 10 souhaitent « l’impeachment » alors que 9 républicains sur 10 s’y opposent. Chez certains leaders démocrates comme Nancy Pelosi, on craint comme la peste les effets pervers d’une tentative de destitution.

Ils ont peur que le déclenchement d’une telle procédure ne profite au président Trump. On veut éviter d’en faire un martyr à moins de deux ans des élections générales de novembre 2020. D’autres évoquent la possibilité de voir ses partisans se mobiliser davantage pour protéger leur candidat.

Un partisan de Donald Trump portant un t-shirt à l'effigie du président américain et une pancarte sur laquelle on peut lire «Trump 2020».Un partisan de Donald Trump attendant l'arrivée du président américain lors d'un rassemblement à Panama City en Floride. Photo : Reuters / Kevin Lamarque

La journaliste américaine Elizabeth Drew, qui a couvert la saga du Watergate ayant mené à la démission de Richard Nixon en 1974, voit plutôt un danger dans le fait de ne pas tenter de destituer Donald Trump. « Un signe clair du Congrès qu’il a abusé de ses pouvoirs est de loin préférable au silence des élus », écrit-elle dans le New York Times.

Les démocrates sont donc pris entre l’arbre et l’écorce. Ils ont toutefois tiré une première salve, mercredi, en accusant le procureur général des États-Unis, William Barr, d’outrage au travail du Congrès. On lui reproche de bloquer l’accès à la version non caviardée du rapport de Robert Mueller. C’est sur ce terrain que la bataille se joue pour l’instant.

Jerrold Nadler, président du comité judiciaire de la Chambre des représentants, affirme que le pays traverse une crise constitutionnelle. Le refus systématique de la Maison-Blanche de remettre les documents réclamés par les démocrates ne laisse aucune place à la négociation. Et la frustration est palpable d’un côté comme de l’autre.

Plusieurs croient que ces blocages sont une stratégie du président Trump dans le but de forcer les démocrates à entamer une procédure de destitution qui leur serait fatale. Le chef de la Maison-Blanche serait-il en train de tendre un piège à ses adversaires, sachant que l’arme de la destitution est un couteau à double tranchant?

La tentative de destitution de Bill Clinton par les républicains revient constamment comme l’exemple d’une bombe qui leur a sauté au visage. Oui, le taux de popularité de l’ex-président a augmenté après que la Chambre eut voté pour le destituer, mais en novembre 1998, les républicains ont tout de même maintenu leur majorité (diminuée) au Congrès, et remporté la présidentielle deux ans plus tard.

Nancy Pelosi tend la main en direction de Donald Trump, qui s'apprête à la serrer. Nancy Pelosi, leader de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, tend la main en direction de Donald Trump, lors d'un banquet tenu le jour de son assermentation, le 20 janvier 2017. Photo : Reuters / Yuri Gripas

Pour leur part, les démocrates ont encore le pied sur le frein malgré les plus de 10 000 faussetés et mensonges du président recensés par le Washington Post, les paiements à d’anciennes maîtresses pour les faire taire, le refus de rendre publiques ses déclarations de revenus, son refus également de placer dans une fiducie sans droit de regard ses entreprises, et l’argent que ses établissements hôteliers récoltent auprès des gouvernements étrangers.

Sans compter les 10 exemples d’entrave possible à la justice rapportés dans le rapport Mueller, qui sont autant d’éléments troublants pour les détracteurs de Donald Trump. Dans son livre The Case for Impeachment, le professeur d’histoire Allan J. Lichtman, qui avait prédit la victoire de Trump, croit que sa destitution est presque inévitable tant les conflits d’intérêts et les abus de pouvoirs de l’actuel président sont nombreux.

Cependant, si les démocrates passent en mode impeachment, ils pourraient être perçus comme ceux qui s’acharnent contre Donald Trump, qui se considère comme innocenté par les conclusions du rapport Mueller. S’ils décident de ne rien faire, on leur reprochera d’avoir abdiqué leurs responsabilités qui consistent, entre autres, à tenir le chef de la Maison-Blanche imputable.

Pour l’instant, les démocrates choisissent la stratégie des petits pas en souhaitant, peut-être, que la destitution s’impose par elle-même ou que M. Trump puisse s’autodestituer, comme le suggère Nancy Pelosi. L’affaire dépasse, ici, la partisanerie.

C'est le rôle de surveillance du Congrès qui est en jeu. Les pères fondateurs du pays ont mis en place cette procédure afin de protéger la présidence des États-Unis. Le Congrès est le seul à pouvoir agir pour préserver l’intégrité de cette institution et envoyer un message clair aux prochains présidents qu’on les surveille de près.

Donald Trump, président des États-Unis

Politique américaine

International