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Blanchiment d’argent : « La fête est finie », affirme David Eby

Paysage urbain de Vancouver où des immeubles se dressent sur la ligne d'horizon.

L'an dernier, 5 milliards de dollars ont été blanchis sur le marché immobilier britanno-colombien.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Michaële Perron-Langlais

Après la publication, jeudi, de deux rapports sur le blanchiment d'argent en Colombie-Britannique, de nombreux acteurs et observateurs du secteur de l'immobilier de la province s'entendent pour dire qu'il est désormais temps de passer à l'action.

Les documents indiquent que 5 milliards de dollars ont été blanchis sur le marché immobilier britanno-colombien l’an dernier.

Un premier rapport, rédigé par l’enquêteur indépendant Peter German, dresse notamment une liste des signaux qui permettent de repérer les transactions immobilières dans lesquelles ont été utilisés des fonds illégaux.

Le second rapport présente 29 recommandations pour s’attaquer au problème, recommandations formulées par un comité dirigé par l’experte en droit pénal Maureen Maloney.

Moment critique

L’urbaniste et professeur de l’Université Simon Fraser (SFU) Andy Yan, qui s’intéresse au marché immobilier dans ses recherches, dit avoir lui-même été surpris par l’ampleur du problème révélé jeudi. « Cela nous permet de mesurer un phénomène que tant de personnes ont nié, à une échelle que peu de gens avaient estimée », affirme-t-il.

Le professeur de la SFU espère que ces révélations entraîneront des actions concrètes : « Ces rapports ne peuvent pas être mis sur une tablette. Ils doivent guider les gestes que nous allons faire pour créer un marché immobilier plus abordable et plus transparent. »

Yvon Dandurand, criminologue à l’Université de la vallée du Fraser, considère que le travail effectué par Peter German, Maureen Maloney et leurs collègues est un excellent point de départ. « Si on prenait la peine de mettre en vigueur les recommandations qu’on retrouve dans ces deux rapports, on aurait réglé une grande partie du problème, soutient-il. Évidemment, on ne réglera jamais le problème du crime organisé de façon définitive, mais ces recommandations sont excellentes. »

La directrice générale de l’Association des agents immobiliers de la Colombie-Britannique, Darlene Hyde, estime que les rapports représentent un signal d’alarme pour l’industrie de l’immobilier.

C’est maintenant le temps d’agir. C’est un moment critique.

Darlene Hyde, directrice générale de l’Association des agents immobiliers de la Colombie-Britannique

Selon Mme Hyde, les agents immobiliers de Colombie-Britannique veulent contribuer à faire bouger les choses : « Les agents sont un joueur parmi tant d’autres dans une transaction immobilière. Il y a des avocats, des courtiers hypothécaires, des notaires, des établissements financiers… Mais nous voulons nous assurer que, pour la portion dont nous sommes responsables, nous agissons d’une manière qui nous permet d’être fiers de notre travail. »

Elle considère que tous les agents immobiliers de la province devraient obligatoirement suivre une formation pour les aider à repérer les transactions suspectes.

Un problème au-delà des frontières

Le rapport de Peter German et celui de Maureen Maloney définissent des failles dans les règles provinciales et fédérales qui ont permis à certains de se servir du marché immobilier pour donner une existence légale à des fonds dont l'origine est frauduleuse ou illicite.

D’après Yvon Dandurand, il est essentiel que les solutions viennent de tous les ordres de gouvernement. « Ça demande une stratégie nationale avec une application locale, explique-t-il. Une stratégie nationale, cela ne veut pas dire qu’on va simplement faire confiance à Ottawa pour gérer le problème à partir de la capitale nationale. »

Il faut que les actions soient vraiment locales et provinciales, mais avec une coordination très serrée à l’échelle nationale.

Yvon Dandurand, criminologue de l’Université de la vallée du Fraser

Le militant pour le logement abordable à Vancouver, Rohana Rezel, ajoute que les municipalités ont aussi un rôle à jouer. « Il faut se demander pour quelles raisons le zonage permet la construction de tous ces copropriétés de luxe, qui ne sont clairement pas abordables pour les gens d’ici », affirme-t-il.

À la suite de la présentation des deux rapports, le procureur général de la Colombie-Britannique, David Eby, a promis que des mesures seraient mises en place pour s’attaquer au blanchiment d’argent dans le marché immobilier. « Les criminels profiteurs qui nuisent à notre économie provinciale peuvent être arrêtés, assure-t-il. Bien que ce soit notre présent, ce ne sera pas notre avenir. La fête est finie. »

Avec des informations de Dominique Arnoldi et Eric Rankin

Colombie-Britannique et Yukon

Immobilier