•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Guichet d'accès à un médecin de famille : plus de patients, plus d’attente

Il y a environ 4000 patients dont le médecin de famille s'apprête à prendre sa retraite à l’Île-du-Prince-Édouard.

Photo : iStock / Squaredpixels

Davide Gentile

Le nombre de Québécois inscrits au guichet d'accès pour un médecin de famille (GAMF) augmente chaque mois et le temps d'attente pour ces patients est de plus en plus important. Même si les omnipraticiens continuent à inscrire des patients, la proportion de Québécois qui ont un médecin plafonne. Le manque de médecins serait en cause.

Ernesto Ramirez connaît bien le parcours des patients orphelins, ces Québécois qui ne bénéficient pas des services d’un médecin de famille.

Pris de sérieux malaises en matinée, il a traversé la métropole au complet avant de trouver une clinique qui allait le recevoir.

« Je suis inscrit sur le site de la RAMQ depuis plus de deux ans. Personne ne m'a appelé », raconte le jeune homme, qui fait partie des nombreux patients orphelins reçus par la Dre Nacera Dgillali Berkane ce jour-là.

« La moitié des gens que j'ai vu aujourd'hui sont des patients qui n'ont pas de médecins de famille. Au sans rendez-vous, c'est le gros de la clientèle », assure la médecin.

Les patients comme M. Ramirez sont de plus en plus nombreux depuis un an. De mars 2018 à 2019, les Québécois inscrits au guichet d'accès à un médecin de famille sont passés de 428 000 à 541 000. Une hausse de 26 % en moyenne pour la province, avec des bonds beaucoup plus importants dans plusieurs régions comme la Capitale-Nationale ou le Bas-Saint-Laurent.

Ceux qui figurent dans la liste d’attente du GAMF doivent patienter de plus en plus longtemps. Pour les trois catégories de patients les plus malades – urgent, pressant, prioritaire –, le délai moyen d'attente est passé de 267 à 309 jours en un an.

En principe, ces patients devraient être inscrits auprès d'un médecin en moins de trois semaines.

D’autre part, les patients qui n'ont pas de problème aigu de santé attendent plus longtemps. Pour la même période d’un an, l'attente a bondi de 318 à 404 jours en moyenne, soit une hausse de 27 %.

Pourtant, les médecins continuent d’inscrire des patients à la liste du GAMF. L'an dernier, environ 200 000 Québécois de plus s’y sont ajoutés. Mais la population admissible a augmenté presque autant, et plus rapidement que le nombre de médecins.

« Il y a un très gros effort des médecins et on le reconnaît », dit le Dr Réal Barrette, responsable du guichet pour les patients orphelins dans Mercier-Ouest et Anjou sur l'île de Montréal.

Il manque toutefois des médecins dans bien des régions, estime-t-il, un phénomène accentué par les départs à la retraite. « Sur l'île de Montréal spécifiquement, 25 % des médecins ont plus de 65 ans », dit le Dr Barrette.

Plusieurs médecins de cette génération travaillaient plus de 60 heures par semaine et avaient plus de 1000 patients. C'est moins souvent le cas de la nouvelle génération, qui vise souvent une meilleure conciliation travail-famille.

« À partir du moment où les médecins travaillent moins d'heures, il faut revoir la quantité de médecins à former », indique le Dr Barrette.

La ministre de la Santé Danielle McCann pense que la solution ne passe pas seulement par une augmentation du nombre de médecins. « Il faut aller vers d'autres avenues. Moderniser la pratique de la médecine de famille et déléguer davantage à d'autres professionnels comme les infirmières », précise-t-elle.

Pour l'opposition, cette stagnation de l'inscription est un signe inquiétant quant à l'approche de la ministre actuelle. « Mme McCann a beau vouloir collaborer et coopérer, il faut avoir des résultats. Ces résultats ne sont pas là pour l'instant », constate André Fortin, député de Pontiac et porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé.

D'autres doutent que les patients inscrits soient en mesure de voir leur médecin lorsqu'ils en ont besoin. « Si c'était le cas, il n'y aurait pas autant de monde à l'urgence, fait remarquer Paul Brunet du Conseil provincial pour la protection des malades. Je me donne un an pour voir de quel bois se chauffera le nouveau gouvernement sur l'accès à un médecin ou à des infirmières praticiennes! »

Avec la collaboration de Daniel Boily

Santé publique

Santé