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Un petit coin de lumière pour la fillette de Granby

Trois oursons posés devant un vitrail.
Les organisateurs des obsèques avaient disposé des oursons en peluche dans l’église. Photo: Radio-Canada / Ivanoh Demers
Jérôme Labbé

La journée s'annonçait particulièrement sombre, jeudi, alors que plusieurs centaines de personnes s'étaient rassemblées à l'église Saint-Eugène de Granby pour les funérailles de la fillette de 7 ans dont la mort a choqué tout le Québec, la semaine dernière. La lumière a pourtant réussi à s'y infiltrer subrepticement.

Cette lueur, elle était partout.

Dans les vitraux de l’église, au bas desquels on avait rassemblé les nombreuses peluches déposées devant la maison familiale depuis la semaine dernière.

Dans les témoignages des proches qui – encore sous le choc – ont fait leurs adieux à la fillette, la voix étranglée par l’émotion.

Dans l’homélie des célébrants, qui ont trouvé les mots justes pour traduire la peine de leurs fidèles.

Dans les larmes des 600 personnes qui s’étaient déplacées pour rendre un dernier hommage à la fillette.

Dans les notes de piano, mélancoliques, égrenées en toute fin de cérémonie pour accompagner le cortège funèbre à l’extérieur de l’église.

Dans le traditionnel lâcher de la colombe, métaphore d’une jeune âme libérée de ses souffrances.

Le colombe vole devant l'église.Sitôt lâchée, la colombe a pris son envol dans le ciel de Granby. Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Dans la générosité de la maison funéraire et de la paroisse, qui ont assumé elles-mêmes les frais des obsèques.

Dans le visage d’une enfant qui, de l’aveu de tous les gens présents au salon, avait l’air d’un ange dans son petit cercueil d'à peine un mètre et quart.

L'ourson a été placé en position « assise » sur le cercueil, appuyé sur des fleurs.Un ourson avait été déposé sur le cercueil de la petite fille, jeudi. Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Cette lueur, fugace, tranchait avec les événements sordides ayant mené à la mort de la fillette, qui ne peut être identifiée en raison d’un interdit de publication.

Ligotée et bâillonnée avec du ruban adhésif pendant de longues heures, la petite victime a été retrouvée dans un état critique le 29 avril dans la résidence où elle habitait. Elle a finalement succombé à ses blessures le lendemain. Son père et la conjointe de celui-ci, qui avaient déjà fait l’objet de nombreuses plaintes auprès de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’Estrie, ont été arrêtés. Depuis, pas moins de quatre enquêtes ont été déclenchées pour faire la lumière sur les circonstances du drame.

Mais pour plusieurs, le coupable est tout désigné.

Mme Rouleau en compagnie d'une amie.Manon Rouleau (gauche) a été très touchée par la mort de la fillette. Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« Pour moi, la DPJ n’a pas fait sa job  », lâche Manon Rouleau, une mère de deux enfants rencontrée devant l’église jeudi, après la cérémonie.

« Avec toutes les alertes qu’ils ont eues, il me semble qu’ils auraient dû y voir plus que ça… »

Bien sûr, il est encore trop tôt pour savoir si la DPJ de l’Estrie sera blâmée pour sa gestion du dossier. Mais qui saurait reprocher à cette résidente de Granby son amertume, sa colère, ce ressentiment contre un système qui n’a visiblement pas su protéger une petite fille vulnérable? Une petite fille qui, de surcroît, avait elle-même lancé plusieurs appels à l’aide, selon les témoignages recueillis?

Parce que, même si 10 jours se sont déjà écoulés depuis la tragédie, la douleur est encore vive à Granby – non seulement pour la famille, mais aussi pour tous ces parents qui, comme Manon Rouleau, ont suivi cette histoire par le truchement des médias, le cœur tordu de chagrin en imaginant le calvaire subi par la fillette.

Des parents émus

« C’est comme si quelqu’un prenait mes deux gars… »

La gorge serrée, Cynthia Tremblay rage à penser qu’on pourrait soudainement prendre la vie de ses enfants.

Mme Tremblay essuie une larme.Comme plusieurs, Cynthia Tremblay a versé quelques larmes devant l’église Saint-Eugène après la cérémonie. Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Elle-même est une « enfant du système », dit-elle. « J’ai été placée pendant 10 ans. »

Famille d’accueil, foyer de groupe, centre d’accueil… Cynthia a été protégée pendant toute une décennie par la DPJ. Ce que la fillette a pu endurer, « je n’ai pas vécu ça pantoute », admet-elle.

Cynthia essuie une larme, se ressaisit.

« Son martyr est fini. Moi, c’est ça que je me dis. Oui, c’est crève-cœur de voir un enfant de cet âge-là mourir, mais imagine si elle avait continué à vivre, les sévices qu’elle endurerait… »

« C’est un soulagement », acquiesce Manon Rouleau. « Il n’y a plus de souffrance pour elle. Elle est bien. Elle est libérée. »

Des fleurs et des ballons

Nous nous arrêtons sur le chemin du retour devant la maison où la petite fille habitait. L’endroit est désert.

Vidé de ses peluches, l’autel improvisé dans les jours qui ont suivi le drame ne se résume plus qu’à une dizaine de bouquets de fleurs, dont certains ont déjà commencé à se faner.

Quelques messages, rédigés sur des ballons soufflés à l’hélium, complètent le tableau : « On aurait aimé être ton amie » et « Repose en paix, petit ange ».

Un message laissé sur un ballon indique : « On aurait aimé être ton amie ».Le voisinage s’est spontanément tourné vers le terrain avant de la résidence pour rendre hommage à la fillette après la mort de celle-ci. Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

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