•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

« Nous sommes faits d’impermanence, de milliers de deuils et parfois de renaissances »

Alain Crevier, animateur de l'émission Second regard.

Alain Crevier anime Second regard depuis 1995.

Photo : Radio-Canada

Alain Crevier

Je voulais vous dire que cette semaine, à l'aube de ses 45 ans, Second regard présentera sa toute dernière émission. Et demain s'annonce tout aussi brillant.

Second regard n’a jamais été une émission comme les autres. Nos origines y sont pour quelque chose, c’est certain. Second regard est le produit d’une sorte de rébellion entre le clergé et Radio-Canada qui, à l’époque, voulait aborder le contenu religieux sans demander l’autorisation de l’Église. C’était comme ça à l’époque, il était impensable qu’on puisse parler de religion sans passer par l’imprimatur du clergé.

L’Église ne voyait pas venir le train de la sécularisation, d’une certaine laïcité à déterminer, de tous ces changements qui venaient tout droit vers elle. Notre société ne voulait plus qu’une institution religieuse lui dicte quoi penser, quoi dire, comment s’habiller.

J’ai toujours aimé cette anecdote que m’ont racontée, il y a plusieurs années, des gens qui étaient présents au moment de la création de Second regard. Nous étions des rebelles! Ça fait sourire.

Mais tenir tête à l’Église, ce n’était pas rien. Et qu’avons-nous gagné au juste? L’indépendance journalistique, la diversité religieuse, une pensée libre et critique.

Témoins des bouleversements sociaux

Nous sommes entrés en ondes à l’automne 1975. Madeleine Poulin animait. C’était un an avant l’élection du premier gouvernement du PQ et des Jeux olympiques de Montréal. Douze ans avant la première intifada. Quatorze ans avant la chute du mur de Berlin. Pol Pot régnait sur le Cambodge comme le diable sur l’enfer. Et le Canada venait tout juste d’adopter le castor comme emblème animalier du pays. Le salaire minimum atteignait 2,60 $. Et je n’avais même pas 20 ans!

Gilles-Claude Thériault gesticule et Madeleine Poulin sourit, un crayon à la main.

Les animateurs Madeleine Poulin et Gilles-Claude Thériault, en 1975

Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty

Et puis, au fil du temps, l’émission a été le témoin de bouleversements inimaginables. Les revendications des femmes, l’aide médicale à mourir, l’immigration, la crise identitaire, la guerre, la justice, le don de soi, la résilience, la laïcité, les génocides, l’économie... tout est passé sous la loupe de Second regard.

J’habite Second regard comme Second regard m’habite depuis près d’un quart de siècle. Je le dis, et je peux en témoigner, le mandat de cette émission a littéralement explosé avec le temps, avec l’imagination de ses artisans, avec le besoin d’explorer et d’oser comprendre la marche de millions de gens qui posent partout les mêmes questions : ne sommes-nous rien?

Pouvons-nous être autre chose? Comment devenir de meilleurs humains? Qu’est-ce qu’une vie bonne, une vie réussie? Comment… être? Comment vivre?

La réflexion se poursuit

C’est tout ça qu’a été Second regard. J’espère de tout cœur que l’héritage de cette émission pas comme les autres aura des échos quand on s’interrogera, comme depuis toujours, sur nos origines et notre avenir. Qui sommes-nous? Que voulons-nous? Que deviendrons-nous?

Après toutes ces années, s’il y a une chose que nous avons comprise, c’est que rien n’est permanent. Nous sommes faits d’impermanence, de milliers de deuils et parfois de renaissances.

Fallait-il s’étonner donc, il y a un mois, qu’on nous apprenne qu’après 44 ans nous allions devoir tirer notre révérence? D’accord, mais tourner la page n’est pas facile. Vous avez été tellement nombreux à en témoigner.

Je n’ai aucune amertume. Juste une grande gratitude d’avoir pu y travailler et me laisser transpercer de part en part par toutes ces réflexions qui ont changé ma façon de voir la vie, la mort et tout ce qu’il y a entre les deux.

Et demain? Nous allons explorer tout ce qu’il y a à notre disposition pour poursuivre nos réflexions. Sur le web de Radio-Canada, peut-être avec un balado et certainement des reportages un peu partout à notre antenne.

Je ne vais certainement pas vous dire adieu, mais tout simplement au revoir.

Alain Crevier anime Second regard depuis 1995.

Croyances et religions

Société