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Les bières artisanales sont en pleine effervescence en Alberta

Des verres remplis de bière.

Il y a 10 fois plus de microbrasseries qu'en 2013 en Alberta.

Photo :  CBC

Nafi Alibert

En 1996, Mike Tymchuk était un des rares Albertains à oser se lancer dans le brassage artisanal. Une vingtaine d'années plus tard, Sleeman, le géant canadien de la bière, souhaite racheter sa brasserie Wild Rose, située à Calgary. Regard sur ce marché local qui croît sans modération.

Houblonnées, brunes, blondes ou encore aux fruits, les bières artisanales de la brasserie Wild Rose ne rafraîchissaient initialement que les gosiers des initiés.

Aujourd’hui, les pintes de ces brasseurs de Calgary sont des incontournables de l’industrie brassicole albertaine. Et peut-être bientôt canadienne, voire internationale.

Jeudi, les actionnaires de la microbrasserie devront voter pour ou contre le rachat de l’entreprise par Sleeman, la troisième entreprise de bières en importance au Canada qui n'appartient à nul autre qu’au groupe japonais Sapporo.

« Je suis vraiment ravi de voir les efforts des premiers jours récompensés et content pour mes amis, qui m’ont aidé dans mes débuts, et vont avoir un retour sur leur investissement », confie Mike Tymchuk.

Mike Tymchuk se tient debout à proximité de cuves de brassage.

Mike Tymchuk, le cofondateur de la microbrasserie Wild Rose.

Photo :  CBC / Mike Tymchuk

Le cofondateur de Wild Rose est d’autant plus prêt à confier son bébé à d’autres qu’il a déjà coupé le cordon en 2010 et vit désormais à Cumberland, en Colombie-Britannique.

Les Albertaines n’ont pas bu la tasse

Si la vente est approuvée, Wild Rose serait la première microbrasserie albertaine à être rachetée par un gros joueur de l'acabit de Labatt ou de Molson, qui ont fait passer plusieurs brasseries artisanales dans leur giron ces dernières années.

« Aucune entreprise n’en acquiert une autre sans penser qu’elle engrangera plus de profit », rappelle Don Tse, un consultant et rédacteur spécialiste de la bière.

L’intérêt de Sleeman pour Wild Rose est, selon lui, un signe évident du potentiel que présentent les autres microbrasseries, dont le nombre a récemment explosé en Alberta.

Elles étaient moins de 12 en 2013, quand le gouvernement a mis fin au quota de production minimale imposé aux brasseurs. On compte désormais 115 brasseries aux quatre coins de la province, et 13 autres attendent leur permis.

Si la bière albertaine a mis plus de temps à mousser que celles des autres provinces, elle a su s’imposer auprès des consommateurs qui stimulent la croissance de cette industrie locale.

Selon Mike McNeil, le directeur général de l’Association des microbrasseurs de l’Alberta, le mouvement des consommateurs écoresponsables et soucieux des ingrédients qui se retrouvent dans leurs assiettes y est aussi pour quelque chose.

« Cela a donné un coup de pouce à l’essor de la bière artisanale », pense-t-il.

Un petit hic

Pendant que les microbrasseries albertaines pullulent, les bouteilles de broues peinent encore à se retrouver dans les rayons, en Alberta comme ailleurs au Canada.

Le fait que l’Alberta est la seule province à vendre uniquement de l’alcool dans des magasins privés ne facilite en rien les choses, avance Mike McNeil.

« N’importe quel brasseur canadien ou étranger peut vendre ses produits dans un magasin albertain qui souhaite les commander », précise-t-il.

Dans les provinces où le commerce de l’alcool se fait dans des succursales de sociétés d’État, la vente de produits locaux est davantage encouragée, remarque Mike McNeil.

Il espère travailler avec le nouveau gouvernement conservateur pour modifier les règles du commerce interprovincial qui rendent la vente de bières albertaines dans d’autres régions du pays si complexe que peu de brasseurs s’y essayent.

Travis Toews, le ministre des Finances de l’Alberta, a indiqué à CBC qu’il souhaitait justement sonder les microbrasseurs et les petits distillateurs pour mieux comprendre les défis qu'ils font à relever.

Les néo-démocrates de Rachel Notley avaient déjà tenté, en vain, de poser les pierres d’un véritable libre-échange des boissons alcoolisées à l’intérieur du Canada, en s’attaquant juridiquement à l’Ontario.

Ils avaient aussi mis en place un programme d’aide à la création de microbrasseries qui a dû être revu, car il contrevenait aux règles de l’Accord sur le commerce intérieur.

Ça bouchonne en ville

Depuis la Colombie-Britannique, Mike Tymchuk, constate aussi qu’il n’y a pas assez de places sur les étals pour contenir l’afflux grandissant des bières produites localement, en particulier dans les grands centres comme Calgary.

« Je suis inquiet pour certaines [...] qui devront changer de modèles », affirme celui qui siège désormais au conseil d'administration de la brasserie Cumberland. Il suggère, par exemple, de privilégier le modèle des « tap room », où un vaste éventail de bières est offert en pression directement au bar tenu par la brasserie.

« Je ne suis pas sûr qu’il y ait de la place pour une centaine d’autres microbrasseries à Calgary », dit Peter Johnston-Berresford, professeur au Collège Olds, le seul établissement albertain spécialisé dans le brassage.

Peter Johnston-Berresford sourit.

Peter Johnston-Berresford enseigne le brassage au Collège Olds, à une heure de Calgary.

Photo :  CBC

Si Calgary est saturée, ce n’est pas le cas des plus petites villes et des zones rurales. Là, de plus en plus de brasseurs élisent domicile et créent leur propre niche, selon Peter Johnston-Berresford.

Avec les informations de Tony Seskus

Alberta

Bière et vin