•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • Exclusif
  • Le ministère de l'Économie est intervenu dans les discussions entourant l'étude sur l'arsenic à Rouyn-Noranda

    Un quartier résidentiel tout près d'une fonderie de cuivre.

    Le quartier Notre-Dame, à Rouyn-Noranda

    Photo : Radio-Canada / Vanessa Limage

    Thomas Deshaies

    Le ministère de l'Économie et de l'Innovation (MEI) est intervenu dans les discussions entourant l'étude de biosurveillance sur des enfants du quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda, en Abitibi-Témiscamingue. Cette étude est pourtant sous la responsabilité de la Direction de la santé publique de l'Abitibi-Témiscamingue, et les résultats n'ont toujours pas officiellement été dévoilés publiquement.

    Radio-Canada a pu obtenir plusieurs échanges de courriels entre le directeur par intérim de la Direction des produits industriels du ministère de l'Économie, Gabriel Audet, et un représentant de la Fonderie Horne, par l'entremise d'une demande d'accès à l'information. L'identité de l'intervenant de la fonderie a été masquée.

    Ces informations permettent de constater qu'un représentant du ministère de l'Économie a discuté de l'étude de biosurveillance avec des sous-ministres du ministère de la Santé et du ministère l'Environnement, et ce, après avoir préalablement abordé la question avec la Fonderie Horne.

    Rappelons qu'en ce qui concerne les parents des enfants ayant participé à l'étude, ceux qui en ont fait explicitement la demande à la Direction de la santé publique ont pu obtenir les résultats préliminaires en janvier. Les données révélaient alors qu'il y a en moyenne quatre fois plus d'arsenic dans les ongles des enfants du quartier Notre-Dame que la normale. L'arsenic est une substance cancérigène.

    Le ministère de l'Économie veut « un plan de match »

    Dans un courriel daté du 18 mars dernier, Gabriel Audet, directeur par intérim de la Direction des produits industriels au ministère, écrit à la Fonderie Horne que le 20 mars sera le premier contact avec les différents ministères dans ce dossier. Ce sera l'occasion d'établir un plan de match, si tout se passe bien (c'est le souhait du MEI), peut-on lire.

    Le 22 mars, un représentant de la Fonderie Horne envoie des coordonnées de personnes à contacter au ministère de l'Économie pour une rencontre. Voici les gens à convoquer pour la rencontre, écrit le représentant de l'entreprise au ministère de l'Économie.

    Tractation pour repousser une réunion de la santé publique

    Dans un autre courriel daté du 25 mars, il est possible d'apprendre que la Fonderie Horne souhaitait que soit retardée la tenue d'une rencontre entre la Santé publique et la Ville de Rouyn-Noranda. Simplement pour t'informer que je n'ai pas eu de retour de la santé publique, à savoir s'ils acceptent ou non de repousser leur rencontre de demain avec la Ville de Rouyn-Noranda, écrit la Fonderie Horne au MEI.

    La Fonderie a également confié, dans un courriel du 5 avril, sa déception quant au discours de la Direction de la santé publique régionale sur l'étude de biosurveillance. Nous avons été déçus de constater que leur discours n'a pas évolué malgré nos discussions des semaines passées, peut-on lire.

    La Fonderie fait référence à la déclaration d'un professionnel de la Direction de la santé publique lors d'une rencontre annuelle avec les « parties intéressées externes » à la fonderie. Le professionnel a mentionné devant l'ensemble des acteurs "être très préoccupé de l'exposition des résidents du quartier face aux métaux". Bien qu'il ne se soit pas avancé par rapport aux résultats, il en a dit juste assez pour inquiéter les gens autour de la table. Nous trouvons cette situation très malheureuse, peut-on lire.

    Des craintes de parents

    Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l'Abitibi-Témiscamingue, responsable de l'étude de biosurveillance, a confirmé mercredi en conférence de presse que toutes les analyses de laboratoire ont été reçues en février. Le CISSS-AT a confirmé avoir transmis les résultats au ministère de l'Environnement et à la Fonderie Horne, alors qu'ils n'ont pas été dévoilés à tous les parents concernés par l'étude ni à la population en général.

    Depuis, certains parents dont les enfants ont participé à l'étude s'interrogent sur les raisons qui motivent la Direction de la santé publique à retarder le dévoilement des résultats à la population.

    Trois femmes et un homme tiennent un point de presse au Cabaret de la dernière chance.

    Des parents du quartier Notre-Dame inquiets de la présence d'arsenic dans les ongles de leurs enfants ont fondé un comité citoyen.

    Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

    Ils craignent que ce retard s'explique davantage par des préoccupations économiques et politiques que par le devoir de protéger la santé de la population.

    Le CISSS-AT affirme que ce délai est justifié par la possibilité des parties prenantes (Fonderie Horne et ministère de l'Environnement) de présenter leur plan d'action, au même moment que le dévoilement des résultats de l'étude. On avait des résultats préliminaires, mais vous comprendrez qu'on ne va pas annoncer des résultats préliminaires à la population. On est là pour donner une information transparente et objective, puis on a un grand souci d'avoir la meilleure information, a aussi mentionné mercredi le coordonnateur de l'étude de biosurveillance, Daniel Proulx.

    Le ministre de l'Économie refuse de répondre aux questions

    Invité à s'expliquer sur l'implication du ministère de l'Économie, l'attaché de presse du ministre Pierre Fitzgibbon, Mathieu St-Amand, a refusé de commenter. Tout ce qui concerne la Fonderie Horne, c'est à la Santé publique [de répondre], a-t-il martelé à plusieurs reprises.

    La Fonderie Horne n'a pas souhaité nous accorder d'entrevue. Par courriel, l'entreprise a toutefois rappelé être le plus important employeur privé de la ville de Rouyn-Noranda depuis près de 100 ans. À cet effet, nous entretenons des relations avec les différentes instances gouvernementales, incluant le ministère de l'Économie et de l'Innovation du Québec, au sujet de nombreux dossiers et projets d'investissement de la Fonderie.

    Concernant l'étude de biosurveillance, la fonderie répond avoir réitéré auprès des parties prenantes, incluant le MEI, le MELCC, la DSP ainsi que la députée locale et le ministre régional, son engagement dans l'amélioration de la qualité de l'air afin de poursuivre la baisse constante [des] émissions.

    Abitibi–Témiscamingue

    Politique provinciale