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Les électeurs boudent massivement les urnes en Afrique du Sud

Dépouillement du vote à Embo, près de Durban.

Photo : Reuters / Rogan Ward

Radio-Canada

L'Afrique du Sud attend jeudi les premiers résultats des élections législatives et régionales, auxquelles a participé sans grand enthousiasme un peu plus de la moitié de la population, dans un scrutin qui risque de reporter au pouvoir le Congrès national africain (ANC), malgré la pauvreté et la corruption.

C'est du jamais vu dans le pays où voter était encore interdit à la majorité noire il y a à peine 25 ans. Seulement 26 millions des 56 millions de Sud-Africains se sont rendus aux urnes, mercredi.

Si les résultats officiels ne seront annoncés que samedi, les sondages réalisés vers la fin de la campagne laissaient présager un prolongement du règne du parti de Nelson Madela, avec une majorité absolue des sièges à l'Assemblée nationale.

L'ANC, qui gouverne le pays depuis 1994 – à l'époque où Nelson Mandela est devenu le premier président noir de l'Afrique du Sud – , est rongé par les scandales de corruption.

« La corruption s’est répandue pendant le mandat de Jacob Zuma à des niveaux hallucinants : 25 milliards de perdus dans le budget de l’État, chaque année », explique Dan O'Meara, professeur de sciences politiques à l'Université du Québec à Montréal, originaire d’Afrique du Sud.

Celui qui a succédé à Jacob Zuma à la tête de l'ANC et du pays, Cyril Ramaphosa, promet de combattre ce fléau et de congédier ses collègues corrompus. Cet ancien syndicaliste converti en homme d’affaires a reconnu les « erreurs » du parti.

« Ceux qui sont coupables de corruption ne seront pas autorisés à occuper des postes de responsabilité », a affirmé Cyril Ramaphosa, qui doit être réinvesti chef de l'État le 25 mai prochain.

Sûr de sa victoire, M. Ramaphosa a assuré que « les résultats du scrutin constitueront un encouragement important aux investisseurs [...] et à la confiance des investisseurs ». Il a promis de relancer l’économie du pays en crise.

« Il s'agit de confiance et d'avenir », a-t-il affirmé après avoir voté à Soweto mercredi.

Un homme, tout sourire, tend la main vers des partisans dans une foule. Il est escorté de près par deux hommes en veston.

Cyril Ramaphosa a remplacé Jacob Zuma, qui était à la tête de l’Afrique du Sud depuis près de neuf ans, après que ce dernier eut perdu l’appui du Congrès national africain.

Photo : AFP/Getty Images / MICHELE SPATARI

Pourtant, des millions de Sud-Africains n'y croient plus. La fin de l'apartheid n'a rien changé pour la très grande majorité des Noirs du pays, explique M. O'Meara.

« Plus des deux tiers des Noirs vivent dans la pauvreté absolue et uniquement 1 % des Blancs. C’est le pays le plus inégal du monde », soutient-il.

Les jeunes nés après l'apartheid, baptisés la génération « born free », boudent massivement les urnes. Plus du quart d'entre eux ne se sont pas inscrits, même si cela allait être le premier vote de leur vie.

« Toute ma vie, on m’a dit que l'éducation était la clé, mais aujourd'hui je suis chômeur. Ça fait mal. Tu suis les règles, mais ça donne quoi? Je vais peut-être finir par me droguer, par faire des crimes... J'avais choisi une autre voie, mais en fin de compte, je suis chômeur », confie Mpho Msimango, un jeune architecte qui n'a pas voté.

Le taux de chômage a atteint 27 % au pays.

L'ANC est toujours vu comme le parti de Mandela

Il n'y pas que les jeunes qui sont désillusionnés. Bien des militants historiques de l'ANC se sont unis pour fonder les Combattants de la liberté économique, un parti qui promet de redonner aux Noirs les terres agricoles, qui appartiennent encore largement aux Blancs.

« Nous allons nous joindre au festin, et si vous ne nous acceptez pas à la table à dîner, nous briserons la table », a déclaré lors d’un rassemblement Julius Malema, chef des Combattants pour la liberté économique. Son approche radicale plaît à ceux qui se sentent trahis par les promesses non tenues de l'ANC.

« C'est le seul parti qui nous donne des terrains, qui se bat pour nous », soutient Godfrey Mattatse, un artiste qui vit avec d'autres personnes à faible revenu sur une terre achetée par le parti de Julius Malema, baptisée la « vallée de Julius ».

Si ces mouvements d'opposition ne doivent pas menacer la majorité absolue de l'ANC, les résultats dans les élections régionales risquent d'apporter un peu de suspense à la course. Les positions du parti sont menacées dans plusieurs provinces, dont le Gauteng, celle de Johannesburg.

« Le plus important à court terme, c’est le nombre de sièges, estime le professeur O’Meara. Si [Ramaphose] en obtient assez, il pourra dire : "Voyez, malgré toutes les désillusions, on a quand même gardé une position importante." Et ça lui permettra de vraiment faire le ménage au sein de l’ANC, ce qui est essentiel. »

Les observateurs anticipent tout de même de fortes résistances au sein de son parti, où les partisans de l'ex-président Zuma disposent toujours d'une forte capacité de nuisance.

D'après un reportage de Sophie Langlois

Avec les informations de Agence France-Presse

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