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Santé mentale : le parcours vers le rétablissement d'un combattant

Ulrique porte un chapeau noir et sourit, debout devant une terrasse.
« Oui, les médicaments aident, mais il faut aussi beaucoup de volonté et un bon réseau de soutien », selon Ulrique Collin. Photo: Radio-Canada / Camille Boutin
Camille Boutin

« Moi, quand je suis tombé malade au début, les psychiatres m'ont dit qu'il n'y avait rien à faire pour la schizophrénie », indique Ulrique Collin, pair aidant pour l'organisme L'Apogée, et schizophrène. Depuis, les méthodes d'intervention ont beaucoup changé et, au début des années 2000, c'est l'approche par les forces qui lui a permis de devenir l'homme qu'il est aujourd'hui.

Je suis resté des années dans l'idée qu'il n'y avait rien à faire, confie Ulrique, en entrevue. Au début des années 1990, alors qu'il avait 15 ans, il a reçu son diagnostic de schizophrénie, un dérèglement du cerveau qui fait que les sens sont déréglés. À ce moment, on se contentait de prescrire des médicaments aux patients, sans offrir de suivi intensif, explique-t-il.

Un changement de mentalité a toutefois transformé les méthodes de traitement dans les années 2000, mettant la personne au centre des priorités. C'est ce qu'on appelle l'approche par les forces.

C'est ça, le secret du rétablissement. Et ça, tout le monde s'entend là-dessus.

Ulrique Collin, pair aidant pour l'organisme L'Apogée

On part du projet, du rêve, du but de la personne qu'on aide et, avec elle, on élabore un plan pour lui permettre de le réaliser, résume Hélène Tessier, directrice générale de L'Apogée, qui travaille avec Ulrique depuis quelques années.

Devenir pair aidant

Les deux collègues ont développé une belle relation. J'ai été témoin de tous les projets de vie qu'il a entrepris pour maintenir une bonne santé mentale, souligne Mme Tessier, en le regardant. Parmi ceux-ci, une perte de poids, un permis de conduire, des conférences et une formation intensive pour devenir pair aidant en 2013.

Mme Tessier sourit debout devant une terrasse. « Le rétablissement, c'est aussi une question de timing. Il faut le bon service, au bon moment, et la bonne personne au bon endroit », soulève Hélène Tessier. Photo : Radio-Canada / Camille Boutin

En effet, M. Collin travaille à L'Apogée. Dans différents groupes composés de personnes ayant un trouble de santé mentale, il informe, écoute et outille.

Un pair aidant, c'est quelqu'un qui est en santé mentale et qui devient intervenant. Il se sert de son expérience avec la maladie mentale pour aider les autres.

Ulrique Collin, pair aidant pour l'organisme L'Apogée

Il intervient également pour inviter les familles à respecter le rythme du rétablissement de la personne et expliquer les outils et l'approche par les forces aux membres de l'entourage, explique Mme Tessier. On redonne l'espoir aux familles, résume-t-elle.

Le Gatinois donne aussi des conférences aux étudiants de différents programmes pour les sensibiliser à la question de la santé mentale, mais particulièrement à la schizophrénie.

La schizophrénie est un trouble cérébral qui résulte d'un déséquilibre des systèmes chimiques du cerveau. La schizophrénie n'est pas synonyme d'un dédoublement de la personnalité. Les symptômes se développent généralement progressivement, bien qu'ils puissent apparaître soudainement. Au Canada, 1 personne sur 100 est diagnostiquée schizophrène. (Source : Institut Douglas)

Il y a une dizaine de pairs aidants certifiés en Outaouais, selon M. Collin. Ce dernier ajoute d'ailleurs qu'ils sont bien utiles parce que le lien de confiance est plus rapide puisqu'on se comprend.

Outre l'approche par les forces, M. Collin fait également valoir que le soutien de la famille et la socialisation sont des atouts majeurs qui mènent vers le rétablissement.

Le regard de l'autre

Même Ulrique Collin parle ouvertement de sa maladie, il reste que les préjugés entourant la santé mentale contribuent à renforcer le tabou qui s'est installé.

Ça dérange, oui, s'exclame le pair aidant quand on lui demande comment les gens réagissent lorsqu'il parle de son diagnostic. Selon lui, la clé, c'est l'éducation : chez les futurs intervenants de ce monde pour qu'ils comprennent mieux la réalité des personnes en santé mentale, et dans les familles pour développer un comportement adéquat en lien avec le traitement.

Un homme et une femme sont assis sur un banc.Selon Mme Tessier, il ne faut pas avoir peur d'aller chercher de l'aide et surtout, il faut éviter de s'isoler. Photo : Radio-Canada / Camille Boutin

Une anecdote n'attend pas l'autre alors que le Gatinois raconte plusieurs pans de son cheminement. Dans son récit, réussites et souvenirs de psychoses se succèdent.

Ulrique blague, s'entraîne au gym du coin, fait du karaté et travaille, comme tout le monde. Il a une vision assez positive de sa maladie. On a tous quelque chose à travailler sur notre personnalité, puis je pense que c'est ça qu'il faut retenir, conclut-il.

La Semaine nationale de la santé mentale se tient jusqu'au 12 mai.

Ottawa-Gatineau

Santé mentale