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Boom démographique du homard de la Côte-Nord

Plan rapproché d'un homard
La population de homard a connue une forte croissance dans les eaux de la Côte-Nord. Photo: Radio-Canada / Nicolas Steinbach
Djavan Habel-Thurton

Les changements environnementaux dans les eaux qui bordent la Côte-Nord permettent aux homards de se multiplier. Leur abondance permet aussi le développement d'une pêche commerciale qui a connu une croissance fulgurante au cours des dernières années.

Les pêcheurs de la Côte-Nord ne portaient jusqu’à récemment que peu d’intérêt aux homards, beaucoup moins présents dans les eaux froides au large de la région que le crabe ou la crevette.

La situation est en train de changer, et le réchauffement du golfe du Saint-Laurent en est le principal responsable.

La Côte-Nord était la limite de distribution [géographique du homard] pour des raisons de températures auxquelles la reproduction et la survie étaient plus faibles, explique Benoît Bruneau, biologiste en science aquatique à l’Institut Maurice-Lamontagne de Pêche et Océans Canada.

C’est assez bien documenté que la température des eaux dans le golfe et la fin de l’estuaire est en augmentation, poursuit M. Bruneau, et avec des températures un peu plus chaudes on dépasse cette limite-là, avance-t-il.

Les pêcheurs ont le vent dans les voiles

La croissance des stocks de homards fait des heureux en mer. Jean-Sébastien Vacher, un ancien pêcheur de buccins, pêche maintenant le homard depuis plusieurs années. Il a vu la ressource décupler dans les eaux nord-côtières.

Jean-Sébastien Vacher pratique la pêche au homard depuis 10 ans sur la Côte-Nord. Le Nord-Côtier Jean-Sébastien Vacher devant son bateau de pêche Photo : Radio-Canada / André Jolicoeur

En entrevue à l'émission Boréale 138, le pêcheur explique qu'il y a 10 ans, sa pêche au homard près de Baie-Johan-Beetz n'était pas rentable, faute de crustacés. Ses captures des dernières années ne sont plus du tout comparables tant le homard a proliféré dans les eaux de la région.

« Ce qu’on peut voir sur la Basse-Côte-Nord et dans la région de Sept-Îles, c’est une augmentation importante au niveau des débarquements », confirme Benoît Bruneau.

Selon le chercheur, la quantité de homard débarqué dans certaines zones de la Côte-Nord a augmenté de 300 % entre 2015 et 2018.

Durant cet intervalle de temps, les débarquements en Basse-Côte-Nord sont passés de 30 tonnes à 80 tonnes.

Cependant, seul le tiers de cette augmentation peut être lié à la croissance de l’abondance du homard, rapporte M. Bruneau. L’intensification des efforts de pêche, explique également une partie significative des nouvelles récoltes.

À titre d’exemple, le pêcheur Jean-Sébastien Vacher explique qu’en dix ans, sa pêche est passée d’une activité d’appoint pratiquée pour le plaisir à un gagne-pain profitable.

Baby-boom de homards

La répartition géographique du homard est en train de changer, explique le chercheur spécialisé dans l’évaluation des stocks de homard et de crabe commun.

Il précise cependant que le phénomène ne résulte pas d’une migration de la population existence, mais bien d’un plus grand taux de reproduction et de survie des homards de la région.

Le homard va produire plus de petits et va avoir une meilleure survie, explique Benoît Bruneau.

Étant un animal à sang froid, le comportement et la physiologie de l’animal sont sensibles à un léger changement de température.

Lorsqu’on dépasse une certaine température, il y a une plus grande occurrence de femelles qui peuvent se reproduire, donc produire des œufs et éventuellement des larves.

Benoît Bruneau, biologiste en science aquatique à l’Institut Maurice-Lamontagne

Une nouvelle pêche, de nouveaux défis

Jean-Sébastien Vacher apprécie la pêche au homard, qu’il considère plus artisanale qu'industrielle par rapport à d’autres pêches.

Chaque homard, on le prend un par un. On les attache à l'élastique un par un, on les classe par catégorie, et après on les met en vivier. On en prend soin dans le fond, explique-t-il.

Selon lui, il reste cependant d’importants efforts à faire pour que la Côte-Nord s’adapte à cette nouvelle pêche. Selon Jean-Sébastien Vacher, la région commence à peine à se doter des infrastructures pour pouvoir gérer cette nouvelle pêche.

L’industrie est en train de se structurer parce qu’avant ça il n’y avait pas d’installation pour le homard. Principalement, le homard est une espèce qui se vend vivante, donc ça prend des viviers pour les maintenir en vie. Il n’y avait pas d’usines qui achetaient du homard, donc pas de vivier, dit M. Vacher.

La pêche au homard commence le 13 mai dans les zones 18 B-C-D-G et H sur la Côte-Nord.

La quantité absolue de homard pêché sur la Côte-Nord demeure faible par rapport à celle d’autres régions plus au sud, mais la croissance est importante, explique Benoît Bruneau.

Pour l’expert de l’Institut Maurice-Lamontagne, il est difficile de prévoir si la population de homard continuera à grimper ou atteindra un plateau au cours des prochaines saisons. Rien n’indique cependant que l’abondance de homard diminuera significativement dans deux ou trois prochaines années.

Côte-Nord

Industrie des pêches