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Laurence Veilleux : quand le viol côtoie la poésie

La poète rimouskoise Laurence Veilleux vient de publier son troisième recueil de poésie aux éditions Poètes de brousse.

Photo : Radio-Canada / Xavier Lacroix

Julie Tremblay

Laurence Veilleux nous frappe avec son troisième recueil de poésie, Elle des chambres, publié chez Poètes de brousse. Elle y parle de l'enfance, du viol et porte la voix de milliers de victimes qui, au fil des agressions, se sentent comme « un coffre vide/ où rien ne peut arriver d'important ».

C'est à la fois une empathie et un malaise profond que l'on ressent, dans Elle des chambres, quand on assiste impuissants aux scènes où une enfant attend son tour/qu'on lui passe sur le ventre// en comptine obligée/pour avoir droit/au bonbon ou à l'amour.

On entre dans ce livre comme si on entrouvrait la porte d'une chambre et qu'on y découvrait, comme un enfant à la fois curieux et terrifié, ce que des adultes font parfois endurer aux petites filles qui, malgré tout, les aiment.

Vue en plongée d'un livre ouvert

«Je croyais que le sexe me transformerait en quelqu'un d'important», écrit Laurence Veilleux dans son troisième recueil de poésie, paru aux éditions Poètes de brousse.

Photo : Radio-Canada / Xavier Lacroix

J'ai été chercher toutes sortes de scènes, parfois très poétiques, parfois très crues, où la sexualité est vécue, donc tant des jeux d'enfants que des premières expériences à l'aube de la vie adulte, raconte l'auteure qui, dans Elle des chambres, laisse voir une fragilité que ses précédents recueils avaient peu laissé transparaître.

si je vous montre
toutes les guerres en dessous

quelqu'un viendra-t-il

je dis bien
quelqu'un voudra-t-il me mettre au monde ?

Extrait du recueil « Elle des chambres »

Laurence Veilleux, qui dit avoir encore très peur de parler d'agression et de viol, avait ce livre en tête depuis longtemps. Après les mouvements de dénonciation qui ont déferlé sur le web au cours des dernières années, son corps l'a rattrapée et [lui] a imposé des images, dit-elle.

Mon corps ne bougeait plus qu'avec le poids de ces images-là et c'était évident pour moi que je ne pouvais plus aller contre, précise la poète. Ainsi, la poésie côtoie le viol dans Elle des chambres, mais elle est loin de l'embellir.

Il y a des passages qui sont écrits sans aucun lyrisme, de façon très crue. C'était important pour moi que ce soit un langage poétique, mais que parfois le viol ne soit pas transformé en quelque chose qui est beau par le langage.

Laurence Veilleux, poète

Et si parfois les victimes d'agressions ne savent habiter que la honte où chaque geste [les] ramène , Laurence Veilleux persiste à croire que la guérison passe par la parole.

Même s'il y a eu beaucoup de mouvement de dénonciation contre les agressions sexuelles dans les dernières années, ce n'est pas suffisant, on n'en a pas assez parlé. La culture du viol n'est pas terminée et j'aimerais que ma voix participe aux voix de toutes les femmes qui travaillent à faire en sorte qu'on vive dans un monde où le corps des femmes est en sécurité, où le corps des enfants et le corps des hommes aussi sont en sécurité, dit la poète.

Avec la collaboration de Xavier Lacroix et Éric Barrette

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