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Les crottes d’hippopotames, indispensables à l'écosystème africain

Photo : iStock

Alain Labelle

En déféquant dans l'eau des rivières et des lacs, les hippopotames permettent à un élément indispensable à la croissance de microalgues de se répandre dans l'écosystème.

« Les hippopotames sont uniques par rapport aux autres grands herbivores de la savane », explique le biologiste belge Jonas Schoelynck de l’Université Antwerp.

Les nutriments contenus dans les déjections de la plupart des herbivores comme les éléphants, les gnous et les zèbres, finissent généralement sur le sol de la savane, où ils sont réabsorbés par les plantes.

Ce n'est pas le cas des hippopotames qui permettent de transporter des nutriments vers l'eau des rivières et des lacs.

Jonas Schoelynck

Le rôle de l’Hippopotamus amphibius est donc unique dans l’écosystème de l’Afrique subsaharienne.

Un groupe d'hippopotames dans une rivière.

Un groupe d'hippopotames dans une rivière.

Photo : iStock

Repères

  • L’Hippopotamus amphibius est un animal social que l'on trouve dans les zones humides d'au moins 29 pays africains.
  • La moitié de ces pays connaissent des baisses des populations.
  • Les biologistes estiment leur nombre total entre 125 000 et 148 000 individus.
  • Les principales menaces : la chasse (pour sa viande et ses canines pour l'ivoire) et la perte d'habitat.

Un brouteur essentiel

Tous les jours, au crépuscule, les hippopotames sortent des rivières et des lacs pour se nourrir sur la terre ferme. Ils peuvent ingurgiter durant la nuit quelque 70 kg d’herbe pour ensuite regagner l’eau au petit matin pour y paresser en groupe durant la journée, loin des ennemis et à l'abri du soleil brûlant. Pendant ce temps, ils digèrent l'herbe et expulsent leurs excréments dans l’eau.

Ils transportent ainsi quotidiennement une demi-tonne métrique de silicium dans les cours d’eau, un nutriment important pour les plantes aquatiques et les autres animaux parfois microscopiques.

Photo : iStock

Il faut savoir que le silicium compose la structure externe des diatomées, des microalgues unicellulaires présentes dans toutes les eaux de la planète.

Ces diatomées jouent un rôle central dans les écosystèmes aquatiques, puisqu’elles oxygènent les eaux et sont à la base de l’alimentation de nombreuses espèces.

Les auteurs de ces travaux publiés dans la revue Science Advances (Nouvelle fenêtre) (en anglais) expliquent que pour certains cours d’eau africains, les hippopotames fournissent l’essentiel du silicium.

En gros, la présence de ces mammifères permet aux cours d’eau qu’ils peuplent de respirer.

Un hippopotame entouré de plusieurs oiseaux, tout près d’un point d’eau.

Un hippopotame au repos à Hippo Beach, au Parc national de l’Akagera, au Rwanda.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Un écosystème menacé

Ces travaux mettent en lumière comment des processus apparemment sans lien dans les écosystèmes terrestres peuvent avoir des conséquences d'une ampleur inattendue pour les systèmes aquatiques vitaux et très biodiversifiés de l'Afrique.

Or, les scientifiques belges rappellent que jusqu'à 90 % des hippopotames ont été tués au cours des dernières décennies sur le continent africain, une situation qui est susceptible de modifier l'équilibre nutritif des rivières et des lacs africains si rien n’est fait.

En raison de la forte diminution du nombre d'hippopotames, ces écosystèmes sont aujourd'hui menacés. À long terme, cela pourrait même entraîner des pénuries alimentaires autour du lac Victoria.

Jonas Schoelynck

Le biologiste explique que, par exemple, le lac Victoria, où se jette la rivière Mara, peut puiser pendant plusieurs décennies dans ses réserves de silicium. Mais, selon lui, la diminution des hippopotames aura un effet négatif à long terme.

Si les diatomées viennent à manquer de silicium, elles seront remplacées par des algues nuisibles, ce qui aura toutes sortes de conséquences comme le manque d’oxygène et la mort de poissons.

Jonas Schoelynck

« Or, la pêche est une source de nourriture importante pour les populations autour du lac Victoria. Sans crottes d’hippopotames, les diatomées pourraient disparaître; les poissons pourraient mourir; et les humains pourraient avoir faim », prévient M. Schoelynck.

Zoologie

Science