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Écrire en prison pour se libérer

Un cadenas ouvert, un cahier vide, un style et des barbelés.

Des ateliers de création littéraire sont parfois offerts en prison.

Photo : getty images/istockphoto / OlafSpeier

Cecile Gladel
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Dans des prisons canadiennes, des détenus participent à des ateliers de création littéraire. Rares et organisés sous supervision, ceux-ci peuvent libérer des douleurs enfouies au fond de l'âme des participants.

Sylvie Frigon, professeure de criminologie à l’Université d’Ottawa, a commencé à organiser des ateliers de création littéraire en prison en 2010, soit à celle des Baumettes, à Marseille, en France, puis elle a dirigé une activité d'écriture pendant un an, en 2011, pour l'Association des auteurs et auteures de l'Ontario français.

Ces ateliers permettaient d’amener la culture en prison. De cette expérience, la professeure a même tiré un livre, publié en 2014 : De l’enfermement à l’envol : rencontres littéraires. Sa dernière séance d'écriture a eu lieu en mars 2018 à la prison des femmes d’Ahorata, à Wellington, en Nouvelle-Zélande.

« Quand les détenus participent à ces ateliers, ils ne sentent plus en prison et ils expriment des choses dans leur écriture. C’est très thérapeutique, même si ce n’est pas fait dans ce sens. À travers les mots, ils peuvent dire des choses qu’ils n’auraient pas la chance d’exprimer autrement. »

— Une citation de  Sylvie Frigon

L’écrivain Patrick Sénécal a fait plusieurs visites dans les prisons du Québec, dont quelques-unes à l’établissement de Port-Cartier, sur la Côte-Nord, un pénitencier à sécurité maximale.

Il raconte que les détenus ne sont pas des lecteurs différents des autres. « Ils posent les mêmes questions, ils veulent se faire raconter une histoire, et ils ne sont pas fondamentalement méchants. Ceux qui viennent me parler savent pourquoi ils sont là. »

Il sourit à son voisin.

L'auteur Patrick Senécal

Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

L'écrivain souligne que c’est un public bien intéressant. « Ce ne sont pas des victimes, mais des êtres humains, comme tout le monde. »

Il croit que l’écriture leur est bénéfique.

« L’un d’eux m’a dit que l’écriture l’aidait. Il y a des affinités entre eux et moi. [Écrire], c’est une façon de "dealer" avec notre propre noirceur. »

— Une citation de  Patrick Senécal

Faire tomber les masques

Lors de ces ateliers, il y a peu de consignes, seulement des thèmes. Les détenus ne sont pas obligés de parler de leur incarcération, « mais ils le font, car ça leur fait mal d’être privés de leur liberté », explique la professeure, qui ne leur demande jamais pourquoi ils sont en prison.

Souvent, les apparences sont trompeuses. Avec l’écriture, les masques tombent. « Je me souviens d’un gars de 6 pieds 5, costaud, qui m’a demandé quand on ferait de la poésie », raconte Sylvie Frigon.

La femme regarde la caméra.

Sylvie Frigon est professeure de criminologie à l'Université d'Ottawa.

Photo : Université d'Ottawa

Les détenus rencontrés par Patrick Senécal lui disent qu’ils écrivent sur ce qu’ils ont vécu. Cela leur permet de faire une introspection, de se défouler et de réfléchir à ce qu’ils ont fait. « Sauf une minorité, ils n’ont pas la prétention d’écrire pour publier. Ils le font vraiment pour un effet de thérapie, pour essayer de comprendre », ajoute l’écrivain.

Des ateliers à utiliser sous supervision

Cependant, les ateliers ne doivent pas être improvisés, car l’écriture peut libérer des émotions enfouies au plus profond de leur être, et les détenus n’ont pas de psychologue qui les attend dans leur cellule.

« On peut ouvrir une boîte de pandore. On ne peut pas improviser. Il faut faire attention, savoir à qui on s’adresse. Il y a des femmes qui ont été victimes de violence. On ne provoque pas les témoignages douloureux. »

— Une citation de  Sylvie Frigon

Au fil des ateliers, la professeure a constaté qu’ils permettaient de libérer la parole de ceux qui écrivent. « Ce n’est pas de la guérison, mais ça peut mettre un baume sur leurs blessures. Nous aussi, ça nous libère d’écrire », précise-t-elle.

Lors de ces rencontres, Sylvie Frigon a aussi fait quelques belles découvertes : des détenus qui avaient beaucoup de talent. « Je me souviens d’un jeune homme autochtone qui est arrivé avec sa guitare. Il a fait un conte qui est dans le livre [publié à propos de ces ateliers]. Il raconte l’histoire d’un petit garçon qui est arraché à sa famille. De beaux moments de révélation. »

À regarder :

Pour aller plus loin :

  • Dans son roman Sans capote ni kalachnikov (défendu au Combat national des livres 2019 par Marie-Maude Denis), l'auteur Blaise Ndala, qui est juriste de formation et travaille à la défense des droits des détenus sous responsabilité fédérale au Bureau de l’Enquêteur correctionnel du Canada, met en scène un personnage d'enfant-soldat, Fourmi Rouge.
    Le jeune homme conserve un minimum d'humanité dans l'écriture : il tient en effet un journal dans lequel il consigne son quotidien et ses réflexions, notamment ses rapports avec Miguel, médecin humanitaire basque qui agit comme un phare au milieu des ténèbres de la guerre et de la violence.

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