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Inondations à répétition : 5 solutions pour cohabiter avec les changements climatiques

Une photo de la rue Jacques-Cartier se fond dans une infographie de la terre.

La rue Jacques-Cartier à Gatineau, après les inondations de 2019.

Photo : Radio-Canada

Audrey Roy

Les inondations successives feront-elles dorénavant partie de la vie des citoyens de l'Outaouais et de l'Est de l'Ontario? La répétition ce printemps du scénario catastrophe vécu en 2017 force une recherche active de solutions pour composer avec ces perturbations climatiques. En voici quelques-unes.

De passage à Gatineau le 24 avril pour constater l’état de la situation, Justin Trudeau avait un constat à faire : Avec les changements climatiques, ça va arriver de plus en plus souvent.

Le premier ministre du Canada croit que les municipalités, les provinces et le gouvernement fédéral devront travailler ensemble pour répondre aux grands défis qui nous attendent.

Il faut commencer à penser comment on va s’adapter, comment on va aider les gens, avait-il ajouté.

Mais comment s’y adapter? Des chercheurs spécialisés en inondations et en changements climatiques nous proposent 5 pistes de solution :

1- Valoriser les milieux humides et les arbres

Un marais par temps gris au printemps.

Le marais de Touraine, à Gatineau, est un milieu humide qui comprend une importante biodiversité.

Photo : Radio-Canada

Les experts consultés par Radio-Canada s’entendent pour dire que les milieux humides et les espaces verts sont nécessaires afin d’éviter les débordements des cours d’eau. Marais, étangs, tourbières et marécages sont des zones tampons qui peuvent absorber les surplus d’eau.

Il y a plusieurs milieux humides à Gatineau, dont la baie McLaurin et la baie Clément, le marais de Touraine, le marais Sabourin et le Lac-Leamy. Du côté d’Ottawa, il y a entre autres la zone de conservation de Britannia et l’aire de conservation de la Mer Bleue, pour ne nommer que ceux-là.

La végétation, les zones humides, c'est très important pour ralentir l'écoulement et les débits. C'est aussi des trappes à sédiments qui permettent de favoriser la biodiversité et de préserver certaines zones en aval, pour éviter que ces zones-là aient une montée des niveaux d'eau importante, explique Philippe Gachon, professeur au Département de géographie de l'UQAM qui dirige le nouveau Réseau Inondations intersectorielles du Québec (RIISQ).

Il y a des endroits où il y avait de l'eau et où aujourd'hui on n’en trouve pas. Par exemple, dans les sous-bassins versants des rivières qui inondent aujourd'hui nos rivières, il faut trouver des moyens pour contenir et ralentir l'écoulement des eaux, ajoute Benoit Delage, directeur général du Conseil régional de l'environnement et du développement durable de l'Outaouais (CREDDO).

Selon ces experts, l’assèchement des marais et l’asphaltage en milieu urbain nuisent considérablement à l’écoulement naturel des eaux.

L'imperméabilisation du sol est un phénomène grandissant, surtout en milieu urbain. Donc on limite l'infiltration de l'eau dans le sol, fait remarquer Audrey Maheu, professeure en écohydrologie à l’Université du Québec en Outaouais (UQO).

L’étalement urbain à Gatineau, les mégacentres comme celui du Plateau dans le secteur de Hull et les espaces de stationnement nuisent à la rétention de l’eau lors de fortes pluies. Benoit Delage croit qu’il faut éviter de refaire les erreurs du passé.

Il faut revoir la façon dont on construit nos stationnements. Il faut des stationnements adaptés avec des bassins de rétention, du pavé perméable, par exemple.

Benoit Delage, CREDDO

D’ailleurs, quelques semaines après les inondations historiques de 2017, les députés de l'Assemblée nationale du Québec ont voté à l'unanimité la Loi concernant la conservation des milieux humides et hydriques, qui impose notamment une contribution financière pour les promoteurs de projets qui détruisent ou abîment ces milieux. Toutefois, son efficacité et sa portée sont critiquées.

Pour sa part, l’engagement de Doug Ford en matière d’environnement en Ontario est mis en doute par les environnementalistes, puisqu’il vient notamment d’abolir un imposant projet de plantation d’arbres.

2- Laisser les rivières en liberté

La nouvelle berge aménagée sur la rive nord de Nijmegen.

La nouvelle berge aménagée sur la rive nord de Nijmegen.

Photo : Radio-Canada / Étienne Leblanc

Les espaces de liberté de rivières ont fait leurs preuves aux Pays-Bas, en Angleterre et au Vermont, aux États-Unis. Au lieu de vouloir bloquer les cours d’eau, on leur offre la possibilité de retrouver leur liberté dans des espaces vacants.

On doit laisser la rivière naturellement déborder dans les endroits qui ne sont pas affectés, où il n'y a pas d'infrastructure pour protéger les zones habitées, explique Philippe Gachon. On a endigué et aménagé nos cours d'eau. Ça modifie l'écoulement, ça favorise dans certains cas la montée des niveaux d'eau et des zones ennoyées.

L’urbaniste Mario Gauthier, membre du Réseau Inondations intersectoriel du Québec et professeur à l’UQO, est conscient qu'il faudra faire des choix difficiles.

Il faudra penser à des aménagements qui impliquent des coûts importants. [...] Ça peut être des espaces publics, des espaces naturels accessibles à la population et, lorsque les inondations se produisent, ces espaces peuvent accueillir l'eau.

Mario Gauthier, urbaniste

Il souligne qu’au pourtour de la rivière des Outaouais, il y a un énorme potentiel de mettre en valeur le territoire, tout en créant des espaces intéressants pour nous protéger contre les inondations. Entre autres, des parcs et des pistes cyclables.

M. Gauthier est bien conscient que ces espaces de liberté ne sont pas possibles dans tous les secteurs. Il croit qu'il faut conserver les quartiers historiques de Gatineau, et ne pas forcer les gens à déménager.

Si on prend l'exemple de Pointe-Gatineau, c'est un quartier historique qui s'est construit bien avant le cadre législatif. Je pense que le maire Pedneaud-Jobin a tout à fait raison de dire qu'il faut regarder la situation dans son ensemble.

Mario Gauthier, urbaniste

3- Adapter nos infrastructures

Une rue dont le revêtement est fissurée à cause des inondations.

Le niveau de l'eau a baissé dans la rue Saint-Paul, dans le district du Lac-Beauchamp, à Gatineau.

Photo : Radio-Canada / Antoine Trépanier

Bien des chercheurs croient qu’il faudra repenser l’ingénierie des villes et des infrastructures. Les routes, les ponts et les rives font face à une pression qui n’existait pas il y a plusieurs décennies.

Déjà submergé en 2017, un tronçon de l’autoroute 50 a d’abord dû être protégé cette année par des barrières Aqua Dam, puis par des plaques d’acier.

Plus récemment, plusieurs axes routiers, ainsi que des infrastructures comme le pont des Chaudières ont dû fermer en raison de la crue de 2019.

Mario Gauthier, qui se spécialise en aménagement du territoire, croit qu’il faut arrêter de lutter contre la nature. Il priorise des aménagements plus respectueux des milieux, comme des bandes riveraines, une zone définie en bordure des cours d’eau où il est interdit de construire.

En ingénierie, il se développe des façons de faire moins mal à l'environnement, sur les milieux naturels. Il y a beaucoup d'avenir de ce côté-là, souligne-t-il.

Il faut travailler avec la nature au lieu de lutter contre.

Mario Gauthier, urbaniste

Il ne pense pas que la construction de murets ou de digues soit la solution pour l’avenir, comme le revendique par exemple la mairesse de Pontiac pour épargner certaines résidences.

C'est un type d'aménagement des dernières décennies. On peut plutôt penser à des digues conçues autrement, qui sont en phase avec les dynamiques naturelles, ajoute le professeur Gauthier.

Isabelle Thomas, professeure à la faculté de l'aménagement de l’Université de Montréal, explique qu’il faut revoir l’aménagement selon la personnalité de chaque territoire.

Dans certaines zones, on verra des parcs qui peuvent être des milieux humides ou des jardins de pluie qui permettront à l’eau de s’infiltrer.

Isabelle Thomas, professeure, faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal

4- Rehausser les maisons

Une maison en chantier.

Les propriétaires de cette maison de Pointe-Gatineau ont décidé de rehausser le bâtiment après les inondations de 2017.

Photo : Radio-Canada

Les sinistrés qui désirent reconstruire leur maison devront faire preuve d’audace et d’imagination. Des solutions telles que les maisons sur pilotis ou flottantes peuvent paraître intéressantes, si elles sont adaptées au climat du Québec, au temps froid ou aux risques d'embâcles.

Isabelle Thomas, qui se spécialise en aménagement, n’y voit pas d’inconvénient, si les pieux ne sont pas trop élevés et s’ils sont bien construits.

Des pilotis qui sont construits de façon robuste et qui laissent passer l’eau permettent des espaces de liberté. On ne pense donc pas à se protéger avec des digues, mais bien à aménager le territoire et à s’adapter pour vivre avec l’eau, explique Mme Thomas.

La technologie pour immuniser et imperméabiliser les maisons a aussi ses limites, selon certains experts.

Dans le contexte actuel, on a vu des gens inondés en 2017, qui se sont reconstruits en s'immunisant et qui ont encore subi des dommages extrêmement importants en 2019.

Mario Gauthier, urbaniste

Après les inondations de 2017, de nombreux résidents ont décidé de rehausser leur résidence. Un projet coûteux, mais qui semble faire ses preuves.

L’important est de ne pas rehausser le niveau du terrain. Il faut éviter de remplir les parcelles de terrain, car dans ce cas-là, c’est envoyer l’eau chez le voisin. C’est pourquoi il faut inviter des architectes et des ingénieurs à la table, pour proposer des nouvelles façons de construire et de nouveaux matériaux adaptés au climat du Québec, ajoute Mme Thomas.

5- Mettre les cartes à jour

Une carte des zones inondables à Gatineau.

La Ville de Gatineau doit cartographier près de 380 km2 de plaines inondables en Outaouais d’ici 2020.

Photo : Radio-Canada

En 2018, Québec a octroyé 50 millions de dollars aux municipalités pour qu'elles actualisent la cartographie des zones inondables.

Gatineau dit avoir privilégié une approche fondée sur l’octroi de contrats à des firmes de consultants experts dans chaque domaine d’expertise. L'exercice est en cours et poursuivra jusqu'en décembre 2020.

Pour les experts, tant que ces cartes ne seront pas à jour, il sera difficile de s’adapter et de réagir aux changements climatiques.

Ce n'est pas la même chose de protéger une maison avec deux pouces d'eau versus si on a une zone dans laquelle il y a plusieurs centimètres d'eau, fait remarquer M. Gachon.

Ces cartes permettent de limiter le développement dans les ondes inondables pour protéger les écosystèmes et les habitations, explique l’urbaniste Mario Gauthier. La cartographie sert à déterminer où sont les zones inondables pour ensuite appliquer les grandes orientations environnementales, ajoute-t-il.

Avec les changements climatiques, les zones inondables tendent à changer. Les cartes modernisées placeront probablement certaines résidences dans ces zones, comme le fait remarquer Benoit Delage du CREDDO.

Ça va devenir inévitable avec les nouvelles cartes de plaines inondables, je crois que plusieurs personnes vont en souffrir, vont perdre beaucoup d'argent.

Benoit Delage, CREDDO

Si on accroît les territoires où il est interdit de développer, c’est certain que ça va avoir une incidence sur les valeurs foncières, croit aussi M. Gauthier.

Isabelle Thomas ajoute qu’il faudra poser un diagnostic de vulnérabilité au sujet des populations des quartiers, afin d'en comprendre la composition démographique et les risques spécifiques encourus.

Ottawa-Gatineau

Changements climatiques