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Santé mentale : les hospitalisations augmentent chez les jeunes Albertains

Une jeune fille se tient le visage entre les mains, elle est assise sur un banc.

Le nombre de jeunes hospitalisés annuellement pour des troubles de santé mentale en Alberta est passé de 2904 à 4862, en l'espace de 12 ans.

Photo : Shutterstock / Paulius Brazauskas

Mirna Djukic

L'an dernier, en Alberta, 4862 enfants et jeunes adultes ont été hospitalisés pour des raisons de santé mentale, un bond de 67 % depuis 2006. Des experts croient que cette augmentation, observée partout au Canada, serait liée notamment à un manque de ressources de première ligne.

Selon les données de l'Institut canadien d’informations en santé (ICIS) (Nouvelle fenêtre), le taux d’hospitalisation des jeunes Albertains pour des raisons de santé mentale était de 468 pour 100 000 habitants en 2017-2018. C’est légèrement sous la moyenne canadienne, et de loin inférieur à ce qu’on retrouve en Saskatchewan et dans les Territoires du Nord-Ouest, par exemple.

Le taux d'hospitalisation des jeunes de moins de 25 ans a toutefois connu une augmentation constante partout au pays dans les 12 dernières années, tout comme le nombre de visites à l’urgence. Si l'anxiété, la dépression et les troubles alimentaires semblent être en hausse chez les jeunes Canadiens, cela ne suffit pas à expliquer l'augmentation des séjours à l'hôpital, selon la chercheure principale en analyse des recherches sur la santé et questions émergentes de l’ICIS, Christina Lawand.

Une indication d'un manque de ressources

« Il y a peut-être une meilleure sensibilisation sur les symptômes de maladie mentale et moins de stigmatisation. Donc, les jeunes et leur famille cherchent à se faire traiter en situation de crise », explique Christina Lawand. « Par contre, les données pourraient aussi nous dire qu’il y a des lacunes dans l’accès aux soins dans la collectivité. »

Idéalement, ça devrait être les services de première ligne qui reconnaissent les symptômes précoces de maladie mentale et qui traitent les jeunes avant qu’ils n’arrivent en situation de crise.

Christina Lawand, chercheure principale en analyse des recherches sur la santé et questions émergentes de l’ICIS

Adam Abba-Aji, psychiatre albertain spécialisé auprès des 15 à 25 ans, est convaincu que les jeunes se retrouvent dans les urgences et les hôpitaux parce que c'est souvent la seule façon d'obtenir des soins quand ils ne peuvent pas se permettre d'attendre pendant plusieurs semaines.

« Les ressources dans la communauté sont toujours extrêmement inadéquates pour les besoins énormes que l'on constate, surtout chez les jeunes adultes », croit-il.

C'est ce qui l'a conduit à ouvrir une clinique de santé mentale pour les jeunes à Edmonton en 2017. La clinique Acess Open Minds, la seule de son genre en Alberta, a connu un succès immédiat.

« Les gens peuvent entrer sans rendez-vous et être vus. Ils n'ont pas besoin d'aller voir leur médecin de famille pour obtenir une référence et de passer au triage ensuite, pour qu'on décide après s'ils pourront voir quelqu'un, pour enfin recevoir une lettre qui va leur dire qu'ils pourront voir un spécialiste dans six ou sept semaines », explique Adam Abba-Aji.

Le psychiatre croit que le type de services qu'il offre dans sa clinique devrait être offert partout dans la province.

Taux plus élevés dans le nord de l’Alberta

Les taux d'hospitalisations et de visites au service des urgences liées à la santé mentale des jeunes sont presque deux fois plus élevés dans le nord de l'Alberta qu'à Edmonton.

Adam Abba-Aji n'est pas surpris. Il s'agit, selon lui, d'une région particulièrement mal desservie en matière de services en santé mentale.

« Jusqu'en 2013, il n'y avait aucun pédopsychiatre dans toute la zone nord. C'était un pédopsychiatre d'Edmonton qui faisait le trajet chaque mois pour voir des patients », raconte-t-il. « Maintenant, on en a trois, mais regardez la population! C'est inacceptable. »

Les parents finissent par amener leurs enfants à l'hôpital, faute d'options, dit Adam Abba-Aji.

« Si j'avais un enfant qui est en détresse émotionnelle et qui se fait mettre sur une liste d'attente de six mois pour voir un psychiatre, je n'attendrais pas pour l'emmener aux urgences, et c'est ce qui est en train d'arriver », affirme le psychiatre.

Les chercheurs ont par ailleurs remarqué une différence encore inexpliquée entre Edmonton et Calgary : alors que leurs taux de visites aux urgences sont semblables, les hospitalisations sont presque deux fois plus fréquentes à Calgary.

« Ça soulève des questions sur l'organisation des soins [...] Est-ce qu’une ville aurait des choses à apprendre de l’autre? », conclut Christina Lawand.

Alberta

Santé mentale