•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Projet de loi sur le taxi : « rien sur le transport adapté »

Un usagé du transport adapté embarque dans un autobus.

Les organismes de défense des personnes handicapées veulent se faire entendre en commission parlementaire.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Cousineau

Myriam Fimbry

Au Québec, les organismes de défense des personnes handicapées s'inquiètent de l'avenir du transport adapté, avec la réforme de l'industrie du taxi qui s'annonce. Ils craignent une hausse des tarifs à certaines heures et une pénurie de chauffeurs prêts à offrir ce service. Ils font entendre leur voix cette semaine en commission parlementaire.

Anik Larose est la mère d'une jeune femme de 24 ans qui est atteinte de trisomie 21. Le taxi adapté permet à sa fille de participer à l'éducation des adultes ou à des stages en milieu de travail. Mais sera-t-il toujours au rendez-vous matin et soir, après l'adoption du projet de loi 17 sur le transport rémunéré?

Elle est loin d'en être sûre et s'en inquiète. Si l'industrie est déréglementée, avec une modulation des tarifs selon l'affluence, les chauffeurs de taxi voudront travailler aux heures de pointe et prendre le plus de clients possible, croit-elle. « Si l'idée [du chauffeur] est de vouloir faire plus de sous, ce n'est sûrement pas avec ces clientèles-là qu'on va gagner du temps. On est loin d'être dans la performance et dans la rentabilité. »

Mme Larose craint une baisse de l'offre de service en transport adapté, au moment où la demande augmente. « Il y aura peut-être moins de taxis qui vont être intéressés à en faire. Déjà qu'il y a une pression sur les budgets à cause du vieillissement de la population. »

Dans un environnement concurrentiel guidé par les lois du marché, « l'enjeu est de savoir si les compagnies de taxi qui font du transport adapté vont survivre », indique Samuel Ragot, conseiller à la promotion et à la défense des droits à la Société québécoise de la déficience intellectuelle (SQDI). « Et si elles ne survivent pas, qu'est-ce qui se passe à ce moment-là? »

Surtout en taxi

À Montréal, 89 % des déplacements du transport adapté sont réalisés par l'industrie du taxi et 11 % par les minibus de la Société de transport de Montréal (STM). Ainsi, la STM a renouvelé récemment une entente de trois ans avec neuf intermédiaires de l'industrie du taxi.

Mais rien dans le projet de loi ne garantit un seuil minimal de service. « Il n’est pas question des personnes handicapées dans le projet de loi, pas question d'accessibilité, pas question de transport adapté », s'alarme Claude Guimond, directeur général de la Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec (COPHAN), qui ne représente pas moins de 50 groupes dans la province et tout l'éventail possible de handicaps.

Le projet de loi n'aborde pas non plus la question de la formation. Cet enjeu préoccupe la SQDI, dont les membres prennent aussi le transport adapté. Ils ont besoin d'un service patient et professionnel qui, déjà à l'heure actuelle, fait parfois défaut.

« On sait que plusieurs jeunes femmes vont vivre des situations de violence et d'abus. Le transport adapté est malheureusement un lieu très propice », s'inquiète Anik Larose, qui est aussi la directrice générale de la SQDI. « Donc, ce n'est pas tout le monde qui peut faire du transport adapté. Et ce n'est pas tout le monde qui a les compétences et le savoir-être. »

Après de nombreuses demandes sans réponse, la SQDI et la COPHAN ont obtenu la semaine dernière un rendez-vous avec le chef de cabinet adjoint du ministre des Transports. Claude Guimond a senti « de l'ouverture et de l'intérêt », sans toutefois obtenir aucune promesse ni garantie. Il témoignera mercredi en commission parlementaire et entend bien maintenir la pression.

Après l'adoption du projet de loi, il sera possible, par voie de règlement, d'aborder la question de la formation et la situation particulière du transport adapté.

En commission parlementaire, le ministre des Transports, François Bonnardel, s'est voulu rassurant : « Le lendemain de l'adoption de cette loi, grosso modo, pour le transport adapté, rien ne va changer au Québec », a-t-il assuré, pressé de questions mardi matin par l'Alliance des regroupements des usagers du transport adapté du Québec.

« Ce que nous anticipons, c'est l'insécurité que laisse profiler le projet de loi quant au maintien des services tels qu'ils sont offerts présentement », explique Rosanne Couture, directrice générale de l'Alliance. « Il va y avoir un abandon des chauffeurs, c'est certain. Ce qui s'ajoute à une pénurie de chauffeurs qu'on connaît déjà, en conséquence à l'arrivée d'Uber depuis quatre ou cinq ans. »

Politique provinciale

Politique