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Une présence élevée d'arsenic chez les enfants du quartier Notre-Dame à Rouyn-Noranda

Les installations de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda

Les installations de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda (archives)

Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard

Thomas Deshaies

Des enfants qui habitent dans le quartier Notre-Dame à Rouyn-Noranda, en Abitibi-Témiscamingue, sont surexposés à l'arsenic, une substance cancérigène. C'est ce que révèle une étude de biosurveillance menée à l'automne 2018. Alors que la Direction de la santé publique (DSP) de l'Abitibi-Témiscamingue tarde à dévoiler les résultats publiquement, plusieurs craignent que les intérêts économiques priment sur ceux des enfants.

Selon les documents parcourus par Radio-Canada, déjà, en janvier 2019, alors que l'étude n'était pas encore complétée, la moyenne préliminaire établie tendait vers une surexposition à l'arsenic.

Pour parvenir à ces résultats, la DSP a mesuré l'arsenic unguéal (présent dans les ongles) chez plusieurs enfants. Selon cette méthode, la moyenne préliminaire en janvier dans le quartier Notre-Dame était de 0,42 ug/g, ce qui est près de quatre fois plus élevé que la normale. À titre de comparaison, la moyenne de la population témoin, dans un quartier non affecté, était de 0,12 ug/g.

Dans ce même document, on note que la Santé publique compte recommander au ministère de l'Environnement d'exiger que la Fonderie Horne réduise ses émissions atmosphériques d'arsenic, puisqu'il s'agit d'une surexposition à un cancérigène.

Une présence d'arsenic connue

La présence importante d'arsenic dans l'air à Rouyn-Noranda est connue depuis des années et est attribuée à la Fonderie Horne, située aux abords du quartier Notre-Dame. Un avis de 2004 produit par le ministère de l'Environnement en fait d'ailleurs état. En 2000, la moyenne annuelle est de 1041 ng/m3 […]. À titre de comparaison, les concentrations moyennes observées dans les villes québécoises se situent plutôt aux environs de 1 à 2 ng/m3, peut-on notamment lire dans l'avis du ministère.

Déjà en 2004, les auteurs du rapport du ministère de l'Environnement concluaient qu'il faudrait réduire considérablement les émissions atmosphériques d'arsenic de la fonderie. On dispose actuellement de renseignements suffisants pour affirmer que les émissions d'arsenic dans l'air ambiant doivent être mieux contrôlées à la fonderie Horne, concluaient-ils.

Une rencontre remise à plus tard

Selon plusieurs sources confidentielles, le dévoilement des résultats à la population aurait dû être fait il y a un certain temps. Une rencontre aurait eu lieu à la fin mars, à la demande de la Fonderie Horne, avec des représentants de nombreux ministères, dont les mandats ne sont pas nécessairement liés à la protection de l'environnement ni à la santé de la population. À la suite de cette rencontre, le dévoilement des résultats a été reporté au 5 juin prochain.

L'équipe de la députée de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, confirme que cette dernière devait participer à une rencontre au mois de mars pour que lui soient présentés les résultats de l'étude. Celle-ci a été annulée pour des raisons que l'on ignore, a précisé par courriel l'attachée de presse du caucus de Québec solidaire.

Le coin de l'avenue Murdoch et de la 6e Rue, à Rouyn-Noranda.

Le quartier Notre-Dame, à Rouyn-Noranda (archives)

Photo : Radio-Canada / Vincent Desjardins

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT) et la Fonderie Horne n'ont pas accepté notre demande d'entrevue pour aborder la question. Le ministère de l'Environnement n'était toujours pas en mesure de nous répondre, près d'une semaine après avoir été interpellé. Aucun n'a toutefois confirmé ou nié la tenue d'une rencontre avec des représentants des ministères qui aurait été réclamée par l'entreprise.

Il a aussi été possible d'apprendre qu'une répétition à huis clos de la présentation des résultats de l'étude de biosurveillance, organisée par le CISSS-AT, s'est déroulée le 1er mai dernier.

Un souci d'éviter la stigmatisation

Le Comité d'éthique de santé publique de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a produit un avis sur l'étude de biosurveillance en juin 2018.

Le comité conclut à la pertinence de l'étude, mais se montre préoccupé par une potentielle « stigmatisation » de la population du quartier à la suite du dévoilement des résultats. La production d'information sur la problématique étudiée peut susciter de l'anxiété au sein de la population étudiée et contribuer à la stigmatiser davantage, sans compter que des résultats négatifs peuvent entraîner des coûts pour la fonderie et potentiellement contribuer à fragiliser sa présence à Rouyn-Noranda, peut-on lire dans le document.

C'est d'ailleurs pour cette raison que le comité a recommandé à la DSP de ne pas dévoiler les résultats aux parents concernant l'arsenic, à moins que ceux-ci en fassent « explicitement la demande ». Il recommande aussi de faire preuve de grande prudence dans ses communications.

L’INSPQ a tenu à préciser, mercredi matin, que le comité considérait que les résultats concernant l’arsenic ne devaient pas être transmis à moins que l’équipe responsable du projet soit en mesure de préciser un seuil de concentration à partir duquel une intervention particulière serait justifiable. L’organisme rappelle qu’il n’y a pas de seuil établi MADO (maladie à déclaration obligatoire) en ce qui concerne l’arsenic.

Quoi qu'il en soit, certains parents semblent plutôt y percevoir un manque de transparence, ce qui sème l'inquiétude sur la suite qui sera donnée à l'étude.

Un comité citoyen de parents inquiets que cette étude ne se traduise par aucune action significative en raison de considérations politiques et économiques a été formé. L'annonce de leur institution aura lieu mercredi dans le cadre d'une conférence de presse.

- Avec la collaboration de Jean-Marc Belzile

Abitibi–Témiscamingue

Santé publique