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Plongée, malgré moi, au coeur de la crise du H1N1 en mai 2009

La journaliste d'ICI RDI Geneviève Murchison est en direct devant la clinique de vaccination de la grippe H1N1 de Saint-Boniface.
La journaliste d'ICI RDI Geneviève Murchison est en direct devant la clinique de vaccination de la grippe H1N1 de Saint-Boniface. Photo: Radio-Canada
Genevieve Murchison

Il y a 10 ans, le monde vivait une crise sans précédent. La propagation du virus H1N1 forçait l'Organisation mondiale de la santé à déclarer l'état d'urgence. Nous étions en pleine pandémie. Avec son Laboratoire national de microbiologie, Winnipeg s'est retrouvée à l'avant-plan de la lutte. C'est aussi à Winnipeg que les premières pointes de la maladie se sont déclarées. J'ai couvert cette crise durant six mois au Réseau de l'information.

Je me souviens de la crise du H1N1 comme si c'était hier. Les conférences de presse quotidiennes de la santé publique, les longues journées devant le Laboratoire national de microbiologie, les pénuries de masques de protection et, surtout, la peur des parents et des communautés autochtones face à ce virus inconnu.

Un virus mystérieux

Au printemps 2009, je reviens à peine de congé de maternité. Je viens de poser mes bagages après une couverture médiatique des inondations à Fargo quand les premières informations sur un virus mystérieux commencent à filtrer.

Des échantillons mexicains du virus H1N1 arrivent à Winnipeg pour être testés au laboratoire de microbiologie du Canada. Des échantillons mexicains du virus H1N1 arrivent à Winnipeg pour être testés au laboratoire de microbiologie du Canada. Photo : Radio-Canada

Un direct sur des échantillons mexicains envoyés à Winnipeg. Des cochons qui présentent des symptômes semblables à ceux de la grippe.

L'Organisation mondiale de la santé multiplie les mises à jour et déclare que la pandémie est imminente. Comme reporter nationale, je suis plongée dans l'univers des maladies infectieuses sans savoir, au début, que plusieurs experts réputés se trouvent à Winnipeg.

Des employés du quartier général de la santé publique du Canada coordonnent les opérations lors de la crise du H1N1 en 2009.  Des employés du quartier général de la santé publique du Canada coordonnent les opérations lors de la crise du H1N1 en 2009. Photo : Radio-Canada

Puis, les premiers cas humains apparaissent au Canada. L’épicentre se trouvant dans le nord du Manitoba, le réseau nous demande une couverture soutenue.

C’est l’urgence dans les Premières Nations. Le H1N1 touche les enfants de God's River, de Garden Hill et de St. Theresa Point. Les malades doivent être envoyées à Winnipeg par hélicoptère. Plusieurs Manitobains doivent être hospitalisés aux soins intensifs, sous respirateur. La panique commence à se lire sur les visages des leaders autochtones qui réclament plus d’aide.

Un hélicoptère transporte du matériel médical dans des réserves du nord du Manitoba durant la crise du virus H1N1.Un hélicoptère transporte du matériel médical dans des réserves du nord du Manitoba durant la crise du virus H1N1. Photo : Radio-Canada

Avec mon camion satellite, je vais d'un expert à l'autre, multiplie les démarches auprès des hôpitaux et talonne les autorités de la santé pour obtenir le plus d’information possible sur ces pochettes d’éclosions. Chaque jour ou presque, avec d’autres journalistes de Winnipeg, je bombarde le Dr Joel Kettner de questions sur la propagation et la prévention. La mise à jour quotidienne du médecin en chef de la province est une oasis rassurante dans le tourbillon du H1N1.

Je pense sans cesse à nos téléspectateurs qui comptent sur nous pour prendre des décisions éclairées pour leur famille. Éviter les foules ou non? Vacciner ou non? Qui croire?

La pandémie du H1N1, il y a 10 ans déjà

Un labo au centre de tout

Combien de minutes ai-je passées devant la forteresse qu’est le laboratoire de microbiologie? De nombreuses. Vu le niveau 4 de sécurité et la présence d’échantillons de virus comme l’Ebola, la rage ou la tuberculose, personne ne peut y entrer. Jusqu’au 16 septembre 2009, quand la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, vient à Winnipeg pour annoncer le séquençage du déploiement du vaccin contre le H1N1.

En gros, qui aura droit en premier à l’immunité, dans un contexte où la planète entière s’arrache les doses disponibles? Nous pénétrons dans le quartier général, avec nos grands habits blancs de protection. Le miroir me renvoie une image de film d’après-catastrophe.

Un chercheur du laboratoire de microbiologie de Winnipeg travaille sur le vaccin contre la grippe H1N1 la durant la crise de 2009.Un chercheur du laboratoire de microbiologie de Winnipeg travaille sur le vaccin contre la grippe H1N1 la durant la crise de 2009. Photo : Radio-Canada

Quelques jours après, des problème de réfrigération entraînent la perte de plusieurs doses au Manitoba. Les autorités provinciales s'expliquent et obtiennent d'autres vaccins, entre autres de l'Australie. Il y a une période d’accalmie dans la couverture médiatique, je respire un peu.

Jusqu’à la bévue d’Ottawa.

Les sacs mortuaires

Une vingtaine de sacs mortuaires sont envoyés dans la Première Nation de Wasagamack pour transporter les morts, qui ne sont pas encore morts. Même si la cargaison comprend aussi du gel désinfectant et des masques, les leaders autochtones sont sur toutes les chaînes nationales. « Les Autochtones ont été sacrifiés d’avance », lance le grand chef de la Première Nation Garden Hill, David Harper. Le gouvernement fédéral s'excuse pour cet envoi.

Les régions du Nord attendent les renforts. Les Canadiens attendent des nouvelles des recherches sur l’antidote pour traiter la grippe. Les Winnipégois attendent leur dose de vaccin.

L'inquiétude, l'attente

Des Manitobains se font vacciner contre la grippe H1N1 dans une des cliniques d'urgence de Winnipeg en 2009. Des Manitobains se font vacciner contre la grippe H1N1 dans une des cliniques d'urgence de Winnipeg en 2009. Photo : Radio-Canada

La première image qui me revient en tête quand je songe à cette époque, c'est la longue file de gens qui attendent devant le Centre culturel franco-manitobain, l’un des endroits pour se faire vacciner contre le virus du H1N1. Des enfants qui pleurent, des parents à l'air inquiet et quelques personnes âgées qui tentent de faire leur chemin jusqu'aux infirmières. Et les cernes du personnel médical. Ça fait cinq mois que la population est bombardée d’information sur le virus du H1N1.

Est-ce que ça sera long? Est-ce qu'il y a assez de doses? Je ne peux pas répondre à tout. Je ne suis pas médecin, mais reporter. Entre deux interventions en direct, le corps plein d’hormones de maternité, j’essaie de contrôler ma propre peur. Pourquoi fallait-il que mon bébé naisse quelques mois avant cette crise de santé publique?

Je me souviens très bien du stress et de l'effort qu'il m'a fallu montrer pour rester concentrée sur les faits. Ma réalité ne se comparait en rien à celle des familles qui ont perdu un proche. Ou à celle d’une collègue qui a passé des heures aux soins intensifs avec son fils.

Une leçon de vie

Ce virus nous a pris par surprise. Il a touché les enfants, les jeunes dans la vingtaine, qui sont normalement peu à risque, et a épargné des personnes plus âgées, qui pouvaient compter sur leur immunité.

En six semaines, plus de 106 000 personnes ont été vaccinées dans la province. Et 10 ans plus tard, nous sommes plus informés et mieux préparés pour affronter la grippe.

Comme journaliste, cette couverture sans pareil m’a rendue plus humaine dans la pratique de mon métier. Je prends le temps de connaître les gens derrière les statistiques et ceux qui acceptent de parler à mon micro.

Manitoba

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