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Des locations courtes au détriment des locataires annuels, conseillent ouvertement des gestionnaires d'Airbnb

Photo d'une propriété à louer à Yorkville et une autre, au centre-ville.
Deux propriétés à louer à Toronto sur le site d'Airbnb Photo: Site d'Airbnb
Anne-Marie Provost

Des entreprises qui vendent leurs services à des propriétaires de logements pour gérer leurs locations Airbnb les incitent ouvertement à louer sur le court terme plutôt qu'à un locataire à l'année, dans l'optique de faire plus d'argent. Leurs stratégies sont critiquées par des groupes de soutien aux locataires.

Imaginez : plutôt que d’avoir à tout gérer vous-mêmes, vous payez quelqu’un qui s’occupe de votre location Airbnb de A à Z, allant de la gestion de l’annonce en ligne, les échanges avec l’invité, la remise des clés, le ménage, la trousse de toilette et la gestion des problème...tout ça, moyennant un pourcentage sur le revenu de vos locations.

Ces entreprises de conciergerie sont actives dans plusieurs grandes villes du monde et elles multiplient les stratégies pour aider leurs clients à gagner plus d’argent grâce à Airbnb.

Une de ces compagnies, Luckey, a été achetée par Airbnb l’année dernière et elle est active dans une cinquantaine de villes, dont Toronto. Pour recruter de nouveaux clients, leur site internet regorge d’histoire de clients satisfaits qui ont par exemple obtenu une rentabilité plus de deux fois supérieure à celle d’une location traditionnelle.

Et tout cela, sans risque de mauvais paiement et sans engagement d’un an avec un locataire, est-il écrit à plusieurs endroits sur le site.

Un client de Luckey dans la ville de Québec est tellement satisfait de la gestion d’un de ses logements que l’entreprise dit avoir une entente avec lui pour gérer les deux autres 4 et demi de son triplex.

Cette entreprise n’est pas la seule à adopter cette approche.

Les hôtes qui passent par Airbnb peuvent gagner 60 à 100 % de plus que s’ils mettaient leur domicile en location traditionnelle, est-il écrit sur la page principale du site internet de l'entreprise de service de gestion de locations Airsorted.

L'entreprise est active à Toronto, Vancouver et Montréal, mais elle n’est pas affiliée à Airbnb.

Pratiques contestées

Ces stratégies sont critiquées par des groupes de défense de locataires.

Nous avons été mis au courant de l’existence de ces compagnies. Elles sont un problème. Les appartements devraient être utilisés comme habitation, mais maintenant, ils sont utilisés pour faire du profit.

Geordie Dent, directeur général de la Fédération des associations de locataires de Toronto

Toronto connaît l'un des taux d'inoccupation les plus bas du pays, soit 1,1 %, et selon la Fédération, des plateformes comme Airbnb contribuent à la crise du logement.

Un rapport publié en janvier par la coalition Fairbnb à Toronto révèle que le nombre d'annonces de locations à court terme sur Airbnb est passé de 15 610 en décembre 2017 à 19 255 en décembre 2018.

Appelée à commenter, la compagnie Airsorted n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue après quelques échanges.

Du côté de Airbnb, dans une déclaration écrite envoyée par courriel à Radio-Canada, l’entreprise indique qu’une mise à jour des pratiques internes de Luckey est en cours à la suite de son achat par l’entreprise américaine pour mieux l’aligner avec les façons de faire de Airbnb dans les villes qui ont des problèmes de logement.

Nous sommes dans un processus de révision et de mise à jour des ressources que Luckey offre aux hôtes, pour refléter ce qu’exige les règlements locaux, poursuit l’entreprise.

Un règlement pas encore appliqué

Pour le conseiller municipal Joe Cressy, il est clair que des plateformes comme Airbnb et les entreprises qui gravitent autour enlèvent délibérément des logements du marché locatif. Cela contribue aux prix élevés dans la ville actuellement, estime-t-il.

Joe Cressy répond aux questions d'un journalisteJoe Cressy, conseiller municipal de Trinity-Spadina Photo : Radio-Canada / CBC

Selon lui, il y aurait un répit dans la crise du logement abordable à Toronto si Airbnb se conformait au règlement de la Ville.

Toronto a adopté des règlements en 2017 pour encadrer Airbnb, mais ils ne sont pas encore appliqués parce que contestés devant le Tribunal d'appel de l'aménagement local.

Si la réglementation venait à entrer en vigueur, la location court terme serait uniquement autorisée dans la résidence principale d'une personne.

L'audience est prévue pour le 26 août 2019.

Toronto

Politique municipale