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analyse

Chine-États-Unis : c’est Donald Trump qui impose le rythme

Donald Trump écoute le négociateur en chef de la Chine dans le bureau ovale.

Le président des États-Unis a échangé avec le négociateur en chef de la Chine, Liu He, dans le bureau ovale de la Maison-Blanche.

Photo : Reuters / Jim Young

Gérald Fillion

Donald Trump fait les choses à sa façon, je pense qu'on s'en est bien rendu compte. En réaction à un recul des Chinois ou par pure stratégie de négociations, l'histoire nous le dira, le président des États-Unis est une fois de plus venu ébranler les marchés, en menaçant la Chine d'imposer des tarifs douaniers plus élevés dès vendredi.

Cette annonce, faite sur Twitter dimanche, est tombée comme une tonne de briques, alors qu’on s’attendait cette semaine à la conclusion possible d’une nouvelle entente commerciale entre les États-Unis et la Chine. Tout le monde à Washington, le président en tête, envoyait des signaux positifs sur l’avancement des négociations et la conclusion prochaine d’un accord.

Mais les Américains affirment que les négociateurs chinois sont revenus sur certains aspects des points qui ont été conclus au cours des 10 séances de négociations qui ont eu lieu ces derniers mois. La Chine voudrait notamment revoir les modalités de ce qui aurait été entendu à propos du transfert forcé des technologies américaines vers la Chine.

C’est la raison que donne le négociateur en chef des États-Unis, Robert Lightizer, pour expliquer le changement de ton du côté américain. Ce revirement nous mènera-t-il à un échec des négociations entre les deux grandes puissances mondiales? Se pourrait-il que les discussions entre les États-Unis et la Chine aboutissent à un échec?

Tout est possible avec Donald Trump

Une fois encore, il serait hasardeux de sous-estimer le président des États-Unis. Il est tout à fait possible qu’il aille de l’avant avec l’ajout de tarifs douaniers et il est possible aussi que les négociations mènent à un cul-de-sac. Donald Trump est capable de briser des barrières que plusieurs considéraient comme infranchissables.

Il l’a fait avec l’Accord de Paris, qu’il a abandonné, il l’a fait avec des lois contre l’immigration, contestées de toutes parts, et il a reculé aussi dans le dossier de la Corée du Nord, après que les négociations avec Kim Jong-un se furent mal passées. Il a déplacé l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, faisant fi des tensions dans la région et des avis divergents.

Dans des entretiens accordés à la presse américaine en avril, alors qu’il terminait son mandat à Washington, l’ambassadeur de France aux États-Unis, Gérard Araud, a décrit Donald Trump comme peu de gens l’ont fait jusqu’à maintenant. « Quand Donald Trump est arrivé ici, essentiellement sans équipe et sans expérience, les gens étaient convaincus qu’ils pourraient le manipuler. Or, non, vous ne pouvez pas le manipuler. »

Et donc, dans les négociations avec la Chine, il faut s’attendre à ce que le président obtienne ce qu’il désire ou, du moins, qu’il cherche à en tirer un gain médiatique. Les deux principales exigences des États-Unis, c’est d'abord de voir les Chinois acheter davantage de produits américains, surtout énergétiques et agricoles, et aussi de voir à ce que des réformes structurelles majeures soient menées en Chine.

La Chine sur la défensive

« Il y a toujours une grande divergence d’intérêts très, très profonde entre les deux pays, selon le professeur de stratégie Zhan Su, de l’Université Laval. Jusqu’à maintenant, a-t-il dit à RDI économie lundi, il faut reconnaître que la Chine est sur la défensive parce que certains éléments reprochés à la Chine par les Américains reçoivent un bon soutien dans le monde. Mais de l’autre côté, la Chine ne veut pas donner l’impression qu’elle est à genoux et qu’elle doit accepter n’importe quoi sous la menace américaine. »

Selon Zhan Su, il y a fort à parier que les Américains se livrent à une tactique ayant pour objectif d'exercer une pression sur la Chine afin de faire triompher la vision américaine. Alors que Pékin a déjà fait des concessions, voudra-t-il en faire davantage?

« La Chine a besoin d’un accord, selon le professeur. Si on regarde ses contraintes, ses défis économiques, la Chine n’a pas intérêt ni la capacité de se lancer dans une guerre commerciale contre la plus importante puissance. »

C’est dans ce contexte que les négociations vont se poursuivre à Washington cette semaine en présence du vice-premier ministre Liu He. La délégation sera moins importante que prévu, mais les Chinois seront bien présents. Différents scénarios sont possibles : les négociations échouent ou stagnent et de nouveaux tarifs douaniers entreront en vigueur vendredi; les négociations avancent bien et le président Trump repoussera un peu sa menace; ou encore les négociations vont très, très bien et on annoncera prochainement une entente commerciale.

Quoi qu’il en soit, c’est le président Trump qui a imposé cette négociation avec la Chine. Ce geste reçoit l’appui discret de nombreux pays, notamment le Canada, qui espèrent aussi des changements structurels en Chine. Et c’est donc le président des États-Unis, avec son fidèle lieutenant à la table de négociations, Robert Lightizer, qui impose le rythme dans cette discussion.

S’il semble évident qu’on ne peut pas manipuler Donald Trump, comme l’a dit l’ambassadeur Araud, il faut quand même se rappeler que la Chine est l’autre grande puissance mondiale dans cette négociation et qu’elle détient plusieurs manettes du pouvoir économique également. La Chine ne peut pas être humiliée. Et c’est pourquoi une guerre commerciale est tout sauf improbable. La menace est réelle.

Avec les informations de New York Times

Relations internationales

Économie