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Des partisans de la laïcité plaident leur cause en commission parlementaire

Simon Jolin-Barrette s'adresse aux journalistes.

Le leader parlementaire du gouvernement et ministre québécois de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a précisé une fois de plus les tenants et aboutissants de son projet de loi, à l'entrée de la salle où se tiennent les audiences.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Des groupes appuyant fermement le projet de loi 21 sur la laïcité de l'État du gouvernement Legault, et qui souhaitent même que le principe soit étendu aux services de garde, en plus de prôner la fin du financement public des écoles confessionnelles, ont été entendus mardi en lever de rideau des consultations particulières préalables à son adoption.

L’organisme Pour les droits des femmes du Québec (PDF Québec), qui dit compter quelque 600 membres, a lancé le bal en plaidant que l’interdiction du port de signes religieux, dans le monde de l'éducation, ne devrait pas être limitée au personnel enseignant et aux membres de la direction du seul réseau public.

Selon sa présidente, Diane Guilbault, Québec a le devoir de protéger la « liberté de conscience » de tous les élèves et de leurs parents. Limiter cette interdiction à certaines catégories d’employés qui travaillent auprès de mineurs seulement manque de cohérence, selon PDF Québec.

Toute personne qui affiche un signe religieux, qu’il s’agisse d’un crucifix catholique, d’un voile islamique ou d’un turban sikh, envoie selon Mme Guilbault un « message tacite et explicite » d’appui à une « religion préférée ».

Leila Lesbet et Diane Guilbault, assises à une table, en commission parlementaire.

Diane Guilbault, présidente de PDF Québec (à droite), et Leila Lesbet, fondatrice et membre du conseil d'administration du groupe, ont été les premières à exprimer leurs points de vue lors des consultations particulières sur le projet de loi 21.

Photo : Radio-Canada

Quand on affiche ses préférences, on n’est pas neutre. […] Afficher une préférence, c’est le contraire de la neutralité.

Diane Guilbault, présidente de Pour les droits des femmes

Par souci de « cohérence », l’interdiction de porter des signes religieux devrait ainsi s’étendre à tous les éducateurs et éducatrices dans les services de garde, en milieu scolaire ou non, a précisé une fondatrice du groupe, Leila Lesbet.

Ces enfants sont pris en charge pour une longue durée, et leur jeune âge les rend « perméables » au monde qui les entoure et « sujets aux influences et pressions extérieures », a-t-elle fait valoir.

Invitée par le ministre responsable du projet de loi, Simon Jolin-Barrette, à préciser ce point de vue, Diane Guilbault a déploré que le projet de loi 21 ne rendrait l’État que « partiellement laïque » dans sa mouture actuelle.

Elle a toutefois précisé comprendre que le gouvernement ait voulu procéder de manière « pragmatique » et « consensuelle ».

Nous comprenons difficilement que l’ensemble de l’équipe-école ne soit pas soumise aux exigences de neutralité. Il y a là un manque de cohérence évident.

Leila Lesbet, fondatrice de Pour les droits des femmes

La porte-parole libérale en matière de laïcité, Hélène David, a dit douter du lien implicite entre croyance personnelle et prosélytisme fait par PDF Québec dans ce dossier.

Sa collègue Paule Robitaille a demandé aux deux intervenantes ce qu’elles avaient à dire aux femmes qui choisissent de porter le voile pour des raisons personnelles, mais sans obtenir de réponse; le temps qui lui était alloué était écoulé.

Interrogées par le porte-parole de Québec solidaire dans le dossier, Mmes Guilbault et Lesbet ont par ailleurs admis qu’elles ne disposaient d’aucune statistique sur le nombre de conversions à l’islam dans une année, ni de preuve que l’exposition à un symbole religieux pouvait entraîner ce dénouement.

« Ce n’est pas le but », lui a répondu Diane Guilbault, en réitérant que son groupe cherche à « offrir et respecter la liberté de conscience » de tous.

Le chef du Parti québécois, Pascal Bérubé, a profité de son temps de parole pour souligner que son parti prône l’idée d’étendre l’interdiction du port de signes religieux au personnel des garderies.

Louise Mailloux et Djemila Benhabib, lors des consultations particulières sur le projet de loi 21.

Louise Mailloux et Djemila Benhabib, du Collectif citoyen pour l'égalité et la laïcité, demandent au gouvernement Legault d'en faire plus en matière de laïcité.

Photo : Radio-Canada

Une laïcité plus poussée encore

La question du port de signes religieux dans les garderies s'est retrouvée au coeur de l'argumentaire de Louise Mailloux et Djemila Benhabib, membres du Collectif citoyen pour l'égalité et la laïcité.

Ainsi, selon Mme Mailloux, « le signe [religieux] signifie, c'est tout simple », et ce, qu'il soit porté à l'école ou dans un cadre préscolaire. Tout signe religieux, qu'il fasse l'objet d'un prosélytisme actif ou non, a donc une signification dans l'espace public, a-t-elle soutenu.

« La laïcité est vue comme un principe fondateur de la démocratie et permet d'assurer la séparation entre l'Église et l'État », a renchéri Mme Benhabib.

Il n'existe pas de droit à l'exhibitionnisme religieux dans la fonction publique.

Djemila Benhabib

À l'instar des participantes les ayant précédées, les deux membres du Collectif citoyen pour l'égalité et la laïcité ont martelé l'importance, selon elles, d'imposer des « restrictions raisonnables dans le cadre d'une société libre et pluraliste ».

Pour ce faire, il serait aussi nécessaire, disent-elles, de cesser le financement public des écoles privées confessionnelles. Un geste, soutient Mme Mailloux, qui est incompatible avec la notion d'État laïque.

Mme Benhabib, bien connue pour ses positions tranchées dans le débat sur la laïcité de l'État et sur la question du port du voile, a par ailleurs évoqué des « alliances improbables entre intégristes notoires et certains intellectuels et députés », notamment la présence conjointe de groupes religieux liés à des mouvements musulmans intégristes, du penseur Charles Taylor et de la députée solidaire Ruba Ghazal à un rassemblement en opposition au projet de loi 21.

Prise à partie par le député solidaire de Jean-Lesage, Sol Zanetti, qui a souligné la présence de groupes nationalistes et identitaires « peu fréquentables » au cours de manifestations en faveur du projet de loi caquiste, Mme Benhabib a plutôt tenté de temporiser : « Il existe des alliances improbables de tous côtés », a-t-elle dit en évoquant les modérés plus centristes qui risquent de peiner à se faire entendre.

L'échange entre M. Zanetti et Mme Benhabib ne s'est toutefois pas terminé là. « Les femmes voilées sont-elles intégristes? », a poursuivi le député solidaire. « Cela dépend de quelle femme on parle », a rétorqué son interlocutrice.

Nous avons un exercice complexe à faire. Il est sain de poser une question peut-être complexe : de quelles femmes parle-t-on? Si les femmes considèrent que la loi de Dieu supplante la loi de la Cité, oui, elles sont intégristes.

Djemila Benhabib

Djemila Benhabib estime d'ailleurs que les nuances se perdent dans le cadre des échanges sur le projet de loi 21.

« Il n'est pas question d'interdire le port des signes religieux, comme l'a mentionné un député. Il est question d'interdire, à certains représentants de l'État, de porter un signe religieux sur les lieux de travail, durant les heures de travail », a-t-elle précisé.

Le projet de loi 21, en résumé

Le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État prévoit que toutes les institutions parlementaires, gouvernementales et judiciaires doivent respecter les principes de la séparation de l’État et des religions, de la neutralité religieuse de l’État, de l’égalité de tous les citoyens et des libertés de conscience et de religion. Il prévoit l’interdiction du port de signes religieux chez les employés de l’État en position de coercition (juges, policiers, procureurs, gardiens de prison) et d’autres employés de l’État, essentiellement les enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public et les directeurs d’école.

Le projet de loi 21 est assorti d’une clause protégeant les droits acquis des employés touchés qui portent déjà un signe religieux, à condition qu’ils conservent la même fonction dans une même organisation. Il y en aurait « probablement quelques centaines », selon le ministre responsable, Simon Jolin-Barrette. Il comprend aussi des dispositions de dérogation pour soustraire la loi à des articles des chartes canadienne et québécoise des droits et libertés. La Charte québécoise sera en outre modifiée afin qu’elle stipule « que les libertés et droits fondamentaux doivent s’exercer dans le respect de la laïcité de l’État ».

Le projet de loi prévoit également que tous les services gouvernementaux devront être offerts à visage découvert. Ils devront aussi être reçus à visage découvert lorsque cela est nécessaire, à des fins d’identification ou pour des motifs de sécurité. Aucun accommodement raisonnable ne pourra être demandé pour contourner cette obligation, est-il précisé. Il n’inclut aucune sanction pénale ou pécuniaire pour les contrevenants.

Entrevue avec Jocelyn Maclure, professeur de philosophie, ancien analyste-expert à la commission Bouchard-Taylor et Diane Guilbault, présidente de l'organisme Pour les droits des femmes du Québec

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