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Mort de Jean-Patrick Géraud : la mère aurait souhaité incinérer son fils le plus vite possible

Jean-Patrick Géraud

Jean-Patrick Géraud

Photo : Courtoisie

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La Québécoise accusée par la justice française d'avoir tué son enfant de 3 ans aurait contacté une maison funéraire pour faire incinérer son fils le plus vite possible, a appris Radio-Canada. Ces nouveaux faits pourraient être présentés à son procès qui aura lieu à Paris à la fin de l'été, 17 ans après la mort du petit Jean-Patrick.

Marie-Christine Bujold est accusée par les autorités françaises d’avoir tué « volontairement » son fils Jean-Patrick Géraud, à Montréal, en 2002. Et de nouveaux faits qui ne se retrouvent pas dans le dossier de police pourraient venir s’ajouter à la preuve.

Radio-Canada a appris que Mme Bujold aurait contacté une maison funéraire de l’Ouest-de-l’Île dès la découverte du corps pour demander à l’entrepreneur de pompes funèbres de venir chercher son fils immédiatement pour le faire incinérer.

La maison avait refusé, expliquant à la mère qu’il y aurait nécessairement autopsie et enquête du coroner, et que seul le coroner pouvait autoriser la remise du corps à une maison funéraire.

Selon nos informations, la mère avait demandé à ce que l’incinération soit pratiquée le plus rapidement possible pour des raisons religieuses. Vérification faite, aucune règle de la forme de bouddhisme pratiquée par Mme Bujold n’exige une incinération immédiate d’un défunt.

Florence Rault, l’avocate du père du petit Jean-Patrick, considère qu’il s’agit d’une information cruciale. Ce geste de la mère est « infiniment suspect », croit-elle.

« Ça veut dire que si elle a commis le crime, elle a envie de le cacher pour qu’on n’en trouve pas de trace. »

— Une citation de  Florence Rault, avocate du père de Jean-Patrick

Me Rault évalue actuellement la possibilité de faire inclure ces nouveaux faits dans le procès qui se déroulera du 10 au 13 septembre prochain devant la Cour d’assises de Paris.

C’est la citoyenneté française de Jean-Patrick et de son père qui permet à la justice de ce pays de déposer des accusations pour un crime contre un de ses ressortissants, même si les événements se sont déroulés à l’étranger.

Pour le père de Jean-Patrick, Julien Géraud, qui a alerté la justice française en 2003, c’est un soulagement. « Je portais ça en moi depuis toujours [...] J’étais décidé à continuer par tous les moyens possibles et devant toutes les juridictions possibles à faire avancer les choses. Si ça n’avait pas débouché en France, ajoute-t-il, j’aurais essayé quelque chose d’autre au Canada. »

Procès in absentia

Mme Bujold, par l’entremise de son avocat, a refusé de réagir à nos nouvelles informations. Elle a toutefois mentionné qu’elle n’avait aucunement l’intention de se rendre en France, où le procès aura vraisemblablement lieu en son absence.

Si elle était condamnée, des procédures d’extradition seraient ensuite entamées par la France, procédures qui pourraient durer plusieurs années.

Son avocat, Andrew Barbacki, trouve inconcevable que les autorités québécoises laissent un pays étranger prendre la décision de juger sa cliente, alors que « l’ensemble des faits allégués se sont passés au Québec et que, suite à une enquête complète, le procureur général du Québec a pris, en 2003, la décision de ne pas accuser » Marie-Christine Bujold.

« Cris de peur »

À l’époque, aucune accusation n’avait été déposée parce que la cause de la mort n’avait jamais été clairement établie. Les policiers s’étaient résolus à fermer le dossier, « à regret », selon l’enquêteur principal à l’époque, Yves Beaulieu.

L’enfant, qui n’avait pas de problème de santé connu, avait été trouvé sans vie dans son lit au matin, avec une serviette mouillée à côté de lui.

La voisine du haut avait raconté aux policiers avoir entendu Jean-Patrick pousser de « grands cris de peur » au beau milieu de la nuit, accompagnés de bruits semblables à des gargouillements.

Les policiers ont tout de suite soupçonné que l’enfant avait été noyé, entre autres à cause de la présence de spume, un type d’écume trouvée dans son nez et ses voies respiratoires, et qui peut être indicative d’une noyade.

Or, le rapport de la pathologiste Anny Sauvageau n’avait pas pu déterminer précisément les causes du décès de Jean-Patrick Géraud.

Dans son rapport de 2003, le coroner René Charest avait conclu à une cause de mort indéterminée, tout en précisant que le décès de Jean-Patrick demeurait « pour le moins nébuleux ».

Relation toxique

L’enquête policière de l’époque avait aussi révélé le caractère toxique des relations entre les parents, séparés. Une experte mandatée par la cour avait détecté un contexte d’aliénation parentale chez la mère. Le père habitait Paris, mais visitait régulièrement son fils au Québec. Il avait demandé la garde complète de l’enfant quelques mois avant son décès.

Seize ans plus tard, les nouveaux faits sur l’attitude de la mère à l’époque pourraient ajouter de l’eau au moulin de la procédure française dont le point d’ancrage est l’expertise de deux pathologistes, mandatées par le juge d’instruction de la Cour d’assises de Paris.

Contrairement à leur collègue québécoise, les deux expertes concluent formellement à la noyade de Jean-Patrick Géraud. Elles en arrivent à cette conclusion après avoir examiné les cellules de poumon du garçon et y avoir trouvé des signes d’asphyxie qui ne pourrait s’expliquer que par la noyade, toutes les autres causes ayant été éliminées.

Après des années de procédures françaises, ces conclusions ont changé la donne et ont mené à des accusations d’homicide volontaire déposées en 2016.

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