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Les États-Unis jugent illégitime la revendication canadienne du passage du Nord-Ouest

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo en point de presse en marge du dîner de travail des ministres du Conseil de l'Arctique au musée Arktikum à Rovaniemi, Finlande, le 6 mai 2019.

Il s’agit d’une « étonnante rebuffade » de l'Accord sur la coopération dans l'Arctique, conclu par Ottawa et Washington en 1988, estime un éminent expert en matière de sécurité internationale.

Photo : Reuters / POOL New

La Presse canadienne

Le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, a qualifié d'« illégitime » la revendication canadienne du passage du Nord-Ouest, dans un important discours critiqué aussi pour son inexactitude factuelle et son caractère provocateur.

M. Pompeo a tenu de tels propos lors d'un long discours prononcé en Finlande, dans lequel il a également critiqué la présence de la Chine dans la région, qui selon lui menace la sécurité nord-américaine et nuit à l'environnement.

Le plus haut diplomate américain a également réitéré les inquiétudes des États-Unis sur les activités militaires de la Russie en Arctique (Nouvelle fenêtre).

« Personne ne nie que la Russie a des intérêts importants dans l'Arctique, a-t-il soutenu dans une transcription de son discours publiée par le département d'État. Nous reconnaissons que la Russie n'est pas le seul pays qui a des revendications illégitimes. Les États-Unis ont un conflit de longue date avec le Canada sur les revendications territoriales dans le passage du Nord-Ouest. »

Le glacier Manson en Arctique.

En vertu de l'Accord sur la coopération dans l'Arctique, les États-Unis désignent le passage du Nord-Ouest comme une « voie navigable internationale », alors que le Canada le revendique comme territoire souverain.

Photo : Vincent Lecompte

Un éminent expert en matière de sécurité internationale soutient que la position de M. Pompeo dans ce vieux contentieux canado-américain sur l'Arctique constitue une « étonnante rebuffade » de l'Accord sur la coopération dans l'Arctique, conclu par Ottawa et Washington en 1988.

Fen Hampson, de l'Université Carleton, à Ottawa, estime que la remarque du secrétaire d'État américain vient contredire l'esprit de cet accord conclu entre Brian Mulroney et Ronald Reagan.

« Cela met en évidence l'approche de "chamboulement" adoptée par l'administration Trump quant aux relations entre le Canada et les États-Unis », a-t-il soutenu.

Un traité de longue date

Les routes entre les océans Atlantique et Pacifique relient les îles canadiennes, mais les deux pays ne s'entendent pas sur la question de savoir si cela fait d'elles des eaux intérieures canadiennes ou des eaux internationales ayant un territoire canadien à proximité. Ce conflit devient de plus en plus important alors que la glace de l'Arctique fond et que le passage du Nord-Ouest est sur le point de devenir une voie de navigation commerciale viable.

En vertu de l'Accord sur la coopération dans l'Arctique, les États-Unis désignent le passage du Nord-Ouest comme une « voie navigable internationale », alors que le Canada le revendique comme territoire souverain.

Le traité reconnaît « les relations proches et amicales des deux pays, le caractère unique des zones maritimes couvertes de glace, la possibilité d'accroître leur connaissance du milieu marin de l'Arctique par le biais de recherches menées au cours de voyages de brise-glace, et leur intérêt commun pour la sécurité, navigation efficace des brise-glace au large de leurs côtes arctiques. »

Le gouvernement canadien a mentionné cet accord en réponse au discours de M. Pompeo.

« Le Canada et les États-Unis ont des points de vue divergents sur le statut du passage du Nord-Ouest en droit international », a déclaré Guillaume Bérubé, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

« La situation est bien gérée, y compris dans le cadre de l'accord de coopération dans l'Arctique de 1988, selon lequel le gouvernement américain demande au Canada l'autorisation des brise-glace lui permettant de naviguer sur les voies navigables. Le Canada reste déterminé à exercer pleinement ses droits et sa souveraineté sur son territoire dans ses eaux arctiques, dont dans les diverses voies navigables communément appelées le passage du Nord-Ouest. Ces voies navigables font partie des eaux intérieures du Canada. »

Mais le Canada n'aura pas vraiment de recours si les États-Unis décident d'envoyer un bateau dans le passage sans avertir leur voisin, souligne M. Hampson.

« Nous pouvons leur rappeler, cependant, que s'ils s'inquiètent de la présence croissante des Chinois et des Russes dans le Nord et de leurs aspirations à créer une route de la soie circumpolaire, ils voudront peut-être travailler plus étroitement avec leur partenaire du NORAD et s'abstenir de contester notre souveraineté », a nuancé l'expert.

Inexactitudes dans le discours

Michael Byers, expert de l'Arctique à l'Université de la Colombie-Britannique, souligne que les déclarations sur le Canada étaient « correctes dans les faits », mais il s'agit là selon lui de « la seule déclaration exacte et rationnelle du discours ».

Selon M. Byers, l'une des erreurs les plus flagrantes est l'affirmation de Mike Pompeo selon laquelle la Chine tente de construire des infrastructures dans le Grand Nord canadien.

« Je n'ai entendu parler d'aucun projet chinois de construction d'infrastructures dans l'Arctique canadien, a déclaré M. Byers. Il n'y a aucune base factuelle, certainement pas dans le domaine public, et cela exigerait également la pleine participation du gouvernement canadien. C'est tout simplement faux. »

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