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Est-il trop tard pour la nature?

Un orang-outan dans la forêt.

En Indonésie, les forêts qui abritent l'orang-outan sont menacées par la culture de palmiers à huile.

Photo : iStock

Radio-Canada

La biodiversité connaît un déclin sans précédent et l'extinction des espèces s'accélère, selon un rapport exhaustif du groupe d'experts pour la biodiversité et les écosystèmes (IPBES). Est-il trop tard pour que l'humain renverse le gâchis qu'il a créé?

Le chercheur Jean-François Silvain, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, pense qu'il est encore temps, mais que l'humain doit prendre rapidement des actions pour s'assurer que les ressources essentielles à sa survie ne disparaissent pas.

Le constat dressé par 145 scientifiques et basé sur 15 000 articles scientifiques et rapports internationaux est pourtant troublant. Le document de 1800 pages montre qu’environ un million d'espèces animales et végétales sur les quelque huit millions estimées sur Terre sont menacées d'extinction, dont « beaucoup dans les prochaines décennies ».

Ce rapport, c’est la réunion de toute une série de données scientifiques déjà connues, puisque les chercheurs alertent sur ces questions depuis 15 ans.

Jean-François Silvain, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité

« L’intérêt de ce travail est qu’elles ont toutes [les données] été rassemblées dans un seul document par plusieurs centaines de personnes », ajoute Jean-François Silvain, dans l’objectif de les présenter aux différents gouvernements.

Pour écouter l'entrevue de Jean-François Silvain avec Michel C. Auger à l'émission Midi info, cliquez ici.

Vue aérienne d'une parcelle déboisée de l'Amazone dans la forêt nationale de Bom Futuro à Porto Velho, État de Rondonia au Brésil

L'Amazonie a perdu 20 % de sa surface ces 50 dernières années en raison de la déforestation.

Photo : Reuters / Nacho Doce

Radiographie planétaire

Le document montre que 75 % de l'environnement terrestre a été « gravement altéré » par les activités humaines et que 66 % de l'environnement marin est également touché.

La menace existe, elle est bien réelle.

Jean-François Silvain

Repères

  • Les premières traces de l’humain sur la biodiversité, une déforestation datant de 8000 ans, ont été observées en Chine.
  • L’empreinte humaine s’est accélérée depuis l’industrialisation, à partir des années 1800.
  • Depuis les années 1970, les empreintes laissées par la production agricole, la pêche, la production d’énergie et l’utilisation de matières premières sont en forte hausse.
  • Pour arriver à satisfaire ses besoins, l’humain a détruit en quelques dizaines d’années des milliers d’écosystèmes, surexploité les ressources des océans et des forêts, pollué l’atmosphère et l’eau des océans, des rivières et des lacs, et entraîné le déclin d'espèces animales.
  • Ses activités ont même induit un changement climatique à l’échelle planétaire.

Est-ce le début de la sixième extinction de masse?

Depuis quelques années, de nombreux scientifiques affirment que la Terre est entrée – ou entre – dans la sixième extinction de masse.

On sait qu’une extinction de masse, en gros, c’est 75 % du vivant qui disparaît. […] Aujourd’hui, ce que dit la science, c’est qu’on n’est peut-être pas encore dans une extinction de masse.

Jean-François Silvain
Deux caribous en contre-jour dans la neige

Au Canada, le caribou des bois constitue une espèce menacée selon la Loi sur les espèces en péril.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Le scientifique ajoute un « mais » car, selon lui, si l’humain continue de développer ses activités comme c’est le cas actuellement, on pourrait rapidement y parvenir.

Si on se réfère à des groupes taxonomiques bien connus, comme les oiseaux, les amphibiens, les mammifères terrestres, les chiffres que l’on présente aujourd’hui tendent à montrer que l’on pourrait assez rapidement arriver à ce niveau d’extinction.

Jean-François Silvain

« Ce qu'il faut savoir, c’est qu’avant de voir une espèce disparaître, en général, ses populations vont décroître. Pour la faire disparaître, il faut éliminer toutes ses populations », mentionne le chercheur.

Une situation qui est observée un peu partout sur le globe.

M. Silvain rappelle qu’une étude allemande a montré il y a quelques années qu’en l’espace de 30 ans, 80 % de la biomasse des insectes volants avait disparu.

« Ce ne sont pas des espèces qui ont disparu, mais des populations réduites de manière dramatique », explique-t-il.

C’est le fameux syndrome du pare-brise. C’est-à-dire qu’il y a 50 ans, à tous les 100-150 kilomètres, il fallait s’arrêter pour nettoyer son pare-brise puisqu’il y avait tellement d’insectes écrasés. Cela n’existe plus.

Jean-François Silvain

Renverser la tendance

Les signataires du rapport estiment pourtant qu’il n’est pas trop tard pour la biodiversité terrestre.

On sait quels sont les facteurs directs de pression : changement d’usage des terres, surexploitation des ressources, pollution, changement climatique, espèces exotiques envahissantes, etc. On connaît aussi les facteurs indirects très forts, dont la démographie humaine en très forte croissance. Et les activités sociales économiques qui font peu de cas souvent de la biodiversité.

Jean-François Silvain

M. Silvain affirme qu’il faut « réessayer de revenir à des systèmes plus durables par réduction, en gros, des consommations humaines ».

C’est la question de la consommation de viande, et de revenir à des équilibres peut-être plus en phase avec les possibilités de la planète de fournir l’ensemble des produits nécessaires à des productions massives de viande.

Jean-François Silvain
Un bétail bovin en pâture près d'une usine de transformation alimentaire à Brooks en Alberta.

Il faudra revoir notre production de viande.

Photo : La Presse canadienne / Larry MacDougal

« C’est aller vers une production écosystémique des pêches où les quotas sont respectés de manière assez drastique pour permettre aux populations de poissons à continuer de prospérer », poursuit le chercheur.

De plus, « beaucoup de pays sont engagés dans une réduction assez drastique de l’usage des pesticides qui, on sait, ont causé des dégâts massifs dans l’environnement ».

Il faut quelque part que tout le monde s’engage, des citoyens aux États en passant par les entreprises. Que l’on ait plus de cohérence dans nos politiques environnementales.

Jean-François Silvain

Qu’est-ce que l’IPBES?

  • C’est une plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques.
  • Cet organisme international est ouvert à tout membre des Nations unies.
  • Son travail est comparé à celui du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

De l’importance des communautés

Le rapport montre que les régions gérées par les peuples autochtones ou des communautés locales sont moins touchées par la baisse de biodiversité.

Lorsqu’il y a des communautés locales, et qu’elles sont en mesure d’influer sur la gestion de la biodiversité des zones où elles vivent, en général, elles vont y être plus attentives et mieux les protéger qu’en dehors de ces zones d’habitat de ces communautés locales. Donc, quelque part, ces communautés locales sont des vecteurs relativement efficaces de la protection de la biodiversité.

Jean-François Silvain

Nature et animaux

Science