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De l'Inde au Cap-Breton, des milliers d'étudiants entament une nouvelle vie

Le reportage d’Elisa Serret
Elisa Serret

Le nombre d'étudiants à l'Université du Cap-Breton à Sydney en Nouvelle-Écosse a presque doublé en un an. Difficile à croire, alors que la région vit une décroissance démographique importante. Victime de ce déclin de population, l'institution a pris le taureau par les cornes.

La venue de ces étudiants est le résultat de nombreuses campagnes de séduction menées dans plusieurs pays. Les inscriptions ont augmenté d’un peu plus de 45 % en moins d’un an seulement.

Les étudiants internationaux sont maintenant plus nombreux que les étudiants locaux. Sur 5000 étudiants au total, 2800, soit 55 % de tous les étudiants, proviennent de l’étranger, dont 2200 de l’Inde.

C’est une deuxième vie pour un établissement qui voyait son avenir avec inquiétude.

Un changement de décor

Ajay BalyanAjay Balyan est arrivé au Cap Breton pour y étudier en administration. Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Quitter l'Inde pour venir étudier, à 18 ans, à Sydney en Nouvelle-Écosse, un coin de pays bercé par les vagues, c'est le choix qu'a fait Ajay Balyan. Il est venu du nord de l’État de l'Haryana, à mi-chemin entre Delhi et le Pendjab, pour étudier à l’Université du Cap-Breton.

Arrivé en 2017, il est un des premiers étudiants indiens à avoir arrêté son choix sur cette école. Il termine ses études en administration.

Ajay était à la recherche d’un endroit où il pourrait profiter de la nature et éventuellement, une fois ses études terminées, se lancer en affaires.

Je n’avais jamais vu de neige avant d’arriver au Cap-Breton.

Ajay Balyan, étudiant indien

Le jeune homme de 21 ans se promène dans les corridors de l’Université du Cap-Breton avec son thé. Car au bar de l’université, on troque la bière pour le chaï. C’est une initiative instaurée dernièrement par l’association étudiante pour répondre aux besoins des nouveaux étudiants indiens comme Ajay.

Une affiche de bar avec le prix du thé chaï à 1 $.Au bar étudiant, on vend aussi bien de la bière que du thé indien. Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Des efforts de recrutement qui portent fruit

Le directeur des affaires étudiantes de l’université, John Mayich, affirme que la direction travaille depuis plus de 10 ans afin de recruter des étudiants étrangers.

Des efforts de recrutement ciblaient les pays où les étudiants parlent anglais, notamment dans plusieurs pays d’Afrique, en Chine et en Inde. Au cours des deux dernières années, ces efforts ont vraiment porté fruit. C'est en Inde que la réponse a été la plus forte, précise John Mayich.

On a développé de bonnes relations avec des agents de recrutement dans différents pays, dont l’Inde. Nous y sommes allés très souvent aussi.

John Mayich, Université du Cap-Breton

Les programmes d'ingénierie, d’administration, de santé publique et de sciences infirmières sont populaires auprès des étudiants étrangers. L’université a dû embaucher environ 30 nouveaux professeurs, certains à temps complet et d’autres à temps partiel.

Chacun des étudiants étrangers paie le double des frais de scolarité réguliers. De quoi assurer la pérennité de l’université.

Ces sommes lui permettent aussi de maintenir sa compétitivité. L’établissement a réaménagé ses classes et a installé un réseau Internet plus performant. La direction a aussi augmenté les services de toutes sortes aux étudiants. Un employé travaille notamment de concert avec la Ville, à temps plein, afin d’aider les étudiants à trouver des logements.

Des traditions indiennes au Cap-Breton

Des danseurs indiens.Plusieurs des danseurs de la troupe Taurified Bhangra se pratiquent dans les corridors de l'université. Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Dans les corridors du bâtiment principal de l’université, la troupe de danse Taurified Bhangra se rencontre trois fois par semaine. Entre 5 et 15 jeunes viennent s'entraîner.

La troupe est formée d’étudiants fraîchement arrivés au Cap-Breton. Deepkiran Kaur Chahal a 23 ans et a intégré le groupe juste avant Noël. Ces danseurs suscitent beaucoup de curiosité dans la population. Ils offrent des spectacles au centre commercial de Sydney et dans d’autres événements de la communauté.

Selon Deepkiran Kaur Chahal, c’est une façon de partager sa culture avec les gens du coin.

Nous sommes très bien reçus par les gens du Cap-Breton. Ils sont très ouverts et très gentils avec nous.

Deepkiran Kaur Chahal, étudiant

La troupe a sa propre chaîne YouTube. Certains danseurs, comme Harkamal Sing, se font même reconnaître dans les rues de Sydney par des passants.

« Être loin de ma famille, ce n’est pas toujours facile, mais être un membre de la troupe m’apporte une grande fierté, surtout que les gens du Cap-Breton nous apprécient. Ça me rend fier », dit-il.

Des défis stimulants pour Sydney

Une affiche avec le mot « bienvenue » dans plusieurs langues.Une grande affiche, placée dans la cafétéria de l'université, démontre bien la diversité des langues parlées dans l'institution. Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Le paysage se transforme doucement dans ce coin de pays où pêcheurs et mineurs se côtoient depuis des siècles.

L’augmentation vertigineuse de la population étudiante étrangère vient avec des défis pour la ville de Sydney. La municipalité a multiplié les trajets de transports en commun. Elle a même reçu du financement de la province pour embaucher plus de chauffeurs.

Selon le dernier recensement, entre 2011 et 2016, la ville de Sydney a perdu 1 % de sa population, alors que le Canada, pour la même période, connaissait une croissance démographique moyenne de 5 %.

La population de la ville de Sydney oscille autour de 29 000 habitants, selon le dernier recensement de 2016. Ces nouveaux venus représentent donc tout près de 10 % de la population totale de la ville.

Nombreux sont les étudiants étrangers qui souhaitent s’établir à Sydney après leurs études, comme Ajay Baylan. Dans quelques semaines, le jeune homme et un ami ouvriront un restaurant indien. Ils travaillent depuis des mois à la rénovation de leur local.

« Nous travaillons depuis presque deux ans pour amasser l’argent nécessaire pour ouvrir le restaurant, explique Ajay. Et nous avons le soutien de plusieurs amis indiens. Le soutien de la Ville de Sydney aussi. Ils nous ont accompagnés tout au long de nos démarches. »

« Nous sommes tellement nombreux ici que la demande est là. »

Une affiche annonçant l'ouverture prochaine d'un restaurant indien.Ajay et son ami travaillent fort pour ouvrir leur restaurant, qui serait le premier à servir de la nourriture indienne dans son coin. Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

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