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Caméras à Place Ste-Foy : une enquête pour atteinte à la vie privée

Les caméras installées à Place Sainte-Foy dans le cadre d'un projet-pilote pour profiler la clientèle de certains marchands ne font pas l'unanimité.

Photo : Radio-Canada

Guylaine Bussière

Le projet pilote de profilage de la clientèle mené en début d'année à Place Ste-Foy fait l'objet d'une enquête de la Commission d'accès à l'information du Québec (CAI).

L’organisation qui s’assure de la protection de la vie privée et des renseignements personnels investigue sur la technologie utilisée par Ivanhoé Cambridge, propriétaire de Place Ste-Foy. Des caméras collectaient des données sur les clients de trois marchands participants, soit La Vie en Rose, Tristan et la lunetterie BonLook.

La CAI ne commente pas le dossier avant la fin de l’enquête, mais elle s’intéresse à la portée de cette technologie, confirme sa porte-parole, Isabelle Gosselin.

Anonymat des consommateurs

Le propriétaire du centre commercial ainsi que son partenaire dans l’élaboration de ce projet, l’entreprise Galiléi, assurent de leur côté que la technologie vidéo utilisée garantissait l’anonymat des consommateurs.

Le président de Galiléi, Stéphan Marceau, affirme également que les images captées par les 19 caméras utilisées pendant le projet pilote n’ont pas été conservées.

« L'analyse de vidéo anonyme consiste à prendre une image avec une caméra et à en extraire de l'information démographique », explique-t-il.

Tracey Smith, vice-président principal marketing et innovation chez Ivanhoé Cambridge, ajoute que l’expérience a été réalisée en toute transparence et en tout respect de la vie privée.

Des experts ont été consultés avant sa mise en place, des affiches ont été installées en vitrine et des dépliants informatifs étaient disponibles chez les marchands participants, souligne Tracey Smith.

Un message destiné aux clients les informe du projet-pilote.

Un message destiné aux clients les informe du projet-pilote.

Photo : Radio-Canada / Guylaine Bussière

Dizaine de plaintes

Malgré ces initiatives, Ivanhoé Cambridge a reçu une dizaine de plaintes de consommateurs.

Les affiches expliquant le projet, placées en bas de vitrine, étaient peu visibles et les employés n’étaient pas toujours en mesure de répondre aux questions et inquiétudes des clients. De plus, le projet a suscité plusieurs questions dans l’espace public et sur les réseaux sociaux.

« On a répondu à chacune des plaintes et à la plupart des commentaires en ligne, assure Tracey Smith. On s’aperçoit qu’on aurait pu être encore plus clairs en rendant les affiches plus visibles, en préparant les employés à mieux répondre aux questions et peut-être même en installant des kiosques pour démontrer la technologie utilisée. C’est le genre de chose qu'on analyse ».

À gauche, Stéphan Marceau, président de Galilei, et à droite, Tracey Smith vice-président principal marketing et innovation chez Ivanhoé Cambridge.

À gauche, Stéphan Marceau, président de Galilei, et à droite, Tracey Smith vice-président principal marketing et innovation chez Ivanhoé Cambridge.

Photo : Radio-Canada / Guylaine Bussière

Bilan positif chez les détaillants

Ivanhoé Cambridge trace néanmoins un bilan positif du projet qui pourrait être reconduit et même mis en place dans ses autres centres commerciaux.

« Pour l’instant, on évalue le projet-pilote et on se demande si on poursuit avec cette technologie », déclare Tracey Smith.

Les détaillants, qui ont obtenu des données précieuses pour améliorer leurs offres commerciales, sont pour leur part intéressés à poursuivre l’expérience.

Le président de la chaîne de magasins La vie en rose, François Roberge, souligne l’importance de participer à une telle expérience afin d’obtenir les données nécessaires pour améliorer ses stratégies commerciales.

« On voit si c'est un homme ou une femme, après ça on a une donnée qui nous dit si elle a tourné la tête ou pas, si elle a regardé notre vitrine, puis on a une autre donnée qui nous dit qu'elle est entrée ».

Pour concurrencer les géants du web

Pour François Roberge, ces données vont permettre au commerce de détail d’évoluer et d’être plus concurrentiel face aux géants du web qui recueillent déjà une multitude d’informations sur leurs clients.

Louis-Félix Boulanger, chef de l'exploitation et cofondateur de la lunetterie BonLook veut aussi continuer, mais pas à n’importe quel prix.

« On comprend qu'il y a des enjeux au niveau de l’accessibilité sociale, au niveau du confort de la clientèle par rapport à ces technologies-là. On serait intéressé à continuer, mais moi dans ma tête ça va main dans la main avec l’acceptabilité sociale. »

La lunetterie Bonlook souhaite que le projet se poursuive.

La lunetterie Bonlook souhaite que le projet se poursuive.

Photo : Radio-Canada / Guylaine Bussière

Légal ou non?

Pierre-Luc Déziel, professeur adjoint à la Faculté de droit de l'Université Laval et spécialiste de la protection de la vie privée, estime qu'il en revient à la Commission d'accès à l'information de déterminer si cette pratique est légale et éthique.

Pour l'instant, la Loi sur la protection de la vie privée permet la captation d'images par des caméras de surveillance pour des questions de sécurité, mentionne M. Déziel.

L'usage de caméras doit cependant être nécessaire.

« Est-ce que ça, c'est une fin que la Commission d'accès à l'information va considérer comme étant légitime, sérieuse et urgente dans les circonstances? Est-ce qu'on a besoin de faire une captation d'images comme ça pour des fins d'expérience client ou pour dresser des profils? », se questionne le spécialiste.

Pierre-Luc Déziel pense qu’il pourrait être plus adéquat d'utiliser des moyens moins invasifs comme des sondages et des questionnaires.

Si toutefois la Commission d'accès à l'information permet l'analyse de vidéo anonyme et la captation d'images pour des fins commerciales, il faudra que ses utilisateurs s'assurent du consentement manifeste et éclairé des consommateurs, conclut M. Déziel.

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